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Le groupe Delcourt-Soleil en passe d’être racheté par Editis

Par Didier PASAMONIK 24 juillet 2024 
On s’en doutait. Après une prise de participation du fonds d’investissement Florac en 2018, il y a six ans, où Guy Delcourt cédait 49% de ses parts, on devait s’attendre à ce que ces purs financiers cèdent leur participation quelques temps plus tard. Voici quelques semaines, un mandat avait été donné à la Banque Rothschild pour entamer les négociations sur cette fois 100% du capital. Plusieurs candidats étaient autour de la table comme Hachette contrôlé par {{Vincent Bolloré}} et Editis, récemment racheté à Bolloré par le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky. Un communiqué annonce une négociation exclusive avec ce dernier. La transaction porterait, selon certaines sources, sur un montant de l’ordre de 100 millions d’euros.

« Négociations exclusives » signifie que les partenaires ont topé mais que cet accord est soumis à l’examen préalable des instances européennes pour vérification du respect de la concurrence et des représentants respectifs du personnel des deux entreprises. La procédure peut prendre quelques semaines.

Pour Editis, c’est une bonne opération : elle renforcerait son pôle bande dessinée qui est un des segments porteurs du marché du livre en France (le 2e en chiffre d’affaires) avec un groupe solide, de bonne réputation qui contrôle sa propre diffusion (Delsol) et qui était distribué par Hachette, ce qui annonce un changement de distributeur dans les mois à venir.

Guy Delcourt, qui a souhaité vendre en l’absence d’un transmission familiale, restera bien évidemment à la tête de l’entreprise qui, déjà bien gérée, se trouverait adossée à l’un des plus puissants distributeurs français : Interforum, ce qui est une bonne nouvelle pour les auteurs. «  Aucun de mes enfants n’envisageait de prendre la suite, et c’est très respectable, nous explique Guy Delcourt. L’un d’eux m’a même dit : " - Cette histoire, c’est la tienne, pas la nôtre." Ayant créé cette maison pour des raisons très personnelles - ma passion intime pour la bande dessinée - je comprends très bien que mes enfants ne suivent pas la même route, c’est normal. Ceci étant accepté, il est inévitable que cette maison appartienne tôt ou tard à une autre entité. Il fallait bien que je m’en préoccupe. À 66 ans, je me sens en pleine forme et toujours passionné par mon métier, je me suis dit qu’il ne fallait pas trop attendre pour que l’opération se fasse dans de bonnes conditions. C’était important pour les auteurs, les salariés, les partenaires et, je dirais, la maison elle-même en tant que personne morale, pour laquelle j’ai à coeur qu’elle préserve son intégrité »

Le Groupe Florac cherchant logiquement après six ans à sortir du capital, Guy Delcourt s’attendait à cette évolution. « Le fait que j’aie déjà cédé 49% était déjà un premier pas », nous dit-il.

Le fait que la maison ne passe pas dans le giron de l’employeur de Cyril Hanouna est plutôt une bonne nouvelle pour certains auteurs de la maison. On imagine que Tardi ou Bourgeon n’auraient pas trop aimé. Discret sur ce point, « pour des raisons de confidentialité », Guy Delcourt insiste cependant pour souligner qu’il a les meilleures relations et la plus grande estime pour les dirigeants d’Hachette Livre.

Cornaqué par Denis Olivennes, conseiller de Daniel Kretinsky, jadis proche du Parti Socialiste, qui connaît bien la BD pour avoir été un temps directeur délégué du Festival d’Angoulême et le livre pour avoir dirigé la FNAC, ce nouveau pôle BD peut compter sur un éditeur de talent qui a su mener son groupe vers le succès avec des best-sellers durables (Les Légendaires, Walking Dead, Blagues de Toto, etc.) acquérant des labels comme Soleil (Lanfeust de Troy…) ou l’éditeur de mangas Tonkam, mais capable aussi d’expérimenter dans le domaine des webtoons (Solo Leveling…) et de la littérature (Marchialy, Les Avrils et La Croisée, le label jeunesse Sens Dessus Dessous...). Il dispose en outre de sa propre diffusion, Delsol, facteur-clé de succès dans un domaine aussi pointu que la BD, exploitant un catalogue de près de 10 000 titres de BD et un chiffre d’affaires annuel hors taxes de l’ordre 105 millions d’euros, « plutôt stable après la grosse progression de 2020-2021, comme le reste du marché de la BD. »

Le groupe Delcourt-Soleil en passe d'être racheté par Editis
Guy Delcourt recueillant en janvier dernier le Fauve d’or d’Angoulême pour Daniel Clowes
Photo : ActuaBD

La maison avait reçu en janvier le Fauve d’or d’Angoulême pour Monica de Dan Clowes. Elle compte 145 salariés basés à Paris et à Toulon dont le périmètre ne devrait pas changer outre mesure.

Editis dispose dans son escarcelle de près de 55 maisons d’édition prestigieuses (Nathan, Julliard, Plon, Le Cherche Midi, Robert Laffont, 10/18, Presses de la Cité, XO et Pocket), publie près de 5 000 nouveautés chaque année et dispose d’un fonds de plus de 37 000 titres.

Propriétaire d’Editis, le milliardaire tchèque Daniel Kretensly pilote le groupe de grande distribution Casino et est aussi le premier actionnaire de l’allemand Metro et de la Fnac Darty.

Par Didier PASAMONIK

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11 Messages :
  • Le groupe Delcourt-Soleil en passe d’être racheté par Editis
    24 juillet 2024 17:36, par Sergio Salma

    Vivement les commentaires !

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    • Répondu par Lady Slexique le 25 juillet 2024 à  13:02 :

      Que dire, la concentration continue....
      Je m’étonne quand même de la puissance financière de Monsieur Kretinsky. Il vient de racheter ce qui reste de Casino Guichard et était candidat au rachat d’une partie d’Atos.

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      • Répondu le 26 juillet 2024 à  06:52 :

        Très peu de commentaires. On s’en fout un peu, en fait.

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        • Répondu par lorentzo.B le 26 juillet 2024 à  12:52 :

          Personnellement je ne m’en fous pas, mais c’est vrai que si je me fie aux "échanges" que j’ai eu avec certains - gros - collectionneurs de bd rencontrés lors des festivals, je ne peux pas dire que leur citoyenneté m’ait sauté aux yeux (cela dit sans condescendance de ma part), encore plus pendant ces dernières semaines...
          Si je me fie aux conséquences sur le pays du traitement de l’info par les médias qui appartiennent à, je crois, neuf milliardaires dont le "fameux" Vincent Bolloré, ben ouais, cette mainmise sur tout ce qui est plus ou moins populaire m’inquiète quelque peu ; et peut-être que mon budget BD sera plus tranquille du coup...ce qui me permettra de relire mes vieux Astérix et autres albums plus qu’appréciés (si j’exècre le fatalisme, antichambre de la soumission, je fais avec ce que j’ai néanmoins)... dont ceux de l’écurie Delcourt avec De Cape, Garulfo, Smudja etc.

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        • Répondu le 26 juillet 2024 à  13:32 :

          Oui. Les requins se mangent entre eux et au fond tout le monde s’en tamponne.

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          • Répondu par lorentzo.B le 26 juillet 2024 à  21:56 :

            Les requins se mangent entre eux, certes, mais mangent aussi les petits poissons. Et je m’éloigne peut-être un peu du sujet (en référence à ceux qui acceptent et "s’en tamponnent" de tout), mais ça porte un nom le large fretin qui accepte tout ou presque : "le syndrome du larbin" (voir la définition sur le net). En ce qui me concerne, j’ai pas envie d’acheter et de lire une BD made in Bolloré avec un potentiel cahier des charges que les auteurs devront respecter pour rester dans l’esprit de la boîte (cf Cnews).

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            • Répondu par Henri Khanan le 27 juillet 2024 à  12:50 :

              apparemment, vous n’avez pas bien lu l’article, ce n’est pas le triste Bolloré qui reprend Delcourt Soleil et cie, mais le milliardaire tchèque Kretinsky, déjà actionnaire du Monde et de Libé, je crois !

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            • Répondu le 27 juillet 2024 à  12:51 :

              Évidemment mais pour l’instant on n’en est pas là. Jusqu’à présent, Bolloré supporte très bien d’abriter au sein d Editis les éditions de la Découverte qui sont totalement à l’opposé de ses idées politiques.

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              • Répondu par Michel Dartay le 27 juillet 2024 à  15:22 :

                Les lecteurs feront ce qu’ils veulent suite au changement futur de propriétaire. Quand on achète un groupe prés de cent millions d’euros, ce n’est pas pour faire fuir les principaux artisans de son succès passé et présent, même si évidemment cela coute moins cher de ne pas renouveler un contrat d’auteur que de licencier un salarié.
                A propos de son pole Presse-Edition qui comprend aussi Marianne, mais les parts dans le Monde ont récemment été cédées : DK a affirmé il y a quelques années que son but dans l’édition était de ne pas perdre d’argent, ce n’est donc pas d’en gagner. Je rappelle au passage qu’il est également actionnaire à hauteur de prés de 10% de Fnac-Darty. Il est pro-Otan et francophile (études à Dijon).

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                • Répondu par V le 21 août 2024 à  02:13 :

                  Il y a un précédent qui fut peut-être le début des financiers dans la BD, à ce niveau, les fameux "hommes en gris" de Dionnet dans son édito postérieur de Métal Hurlant : le rachat de Dargaud. Avec tout ce que cela a entrainé, dans une période beaucoup moins tendue ou binaire au niveau sociétal. Je ne vais pas entrer dans le détail des désirs stratégiques ou moraux du groupe acheteur à cette époque, je ne les connais pas et n’ai jamais eu que des "retours" mais juste pour rappeler que Bilal a été viré (trop gauchiste ?) même si Christin l’a été pour ce duo, mais pas vraiment car Valérian est resté au catalogue, Serpieri aussi (trop X) etc.
                  Je contextualise : Bilal a toujours été le petit génie de la BD francophone, et "Partie de chasse" 1er tirage c’était 100 000 exemplaires. Énorme à cette époque pour une BD rangée au rayon adulte des FNAC (qui avait de véritables libraires dans les années 80), grand format (il y en avait peu) vendu 62 FF de jadis de mémoire donc x fois le prix d’un livre de Bande Dessinée de format classique des années 80)…
                  Donc oui "on" peut virer des auteurs qui se vendent et pas seulement des auteurs qui ne se vendent pas (le prétexte absolu) qui ne seraient pas assez "rentables"…
                  On peut trouver des contre-exemple dans tous les secteurs : certains DVD des films de Michael Moore étaient chez TF1 Vidéo, alors qu’aux USA son éditeur a bloqué des palettes d’un de ses anciens livres, ne le distribuant pas, tout en voulant faire croire que le contrat était respecté (imprimé !). Certains ont une idéologie derrière leurs actions, certains autres ont des arrière-pensées que la plèbe et les gueux comme n’ont pas à connaitre.
                  Cela dépend des pouvoirs en place et des éventuels contre-pouvoirs et parfois, comme cet été à mon humble avis, des résultats de certaines élections…
                  Quand Editis est passé aux mains de EA Seillière Wendel en 2004, qui plus est patron du MEDEF à cette époque , il y a eu un changement d’orientation très net. Et je ne suis pas certains qu’il y avait un idéologie aussi prégnante (hormis celle du business / capitalisme) que celle de M. Bolloré par exemple évident ? Les secteurs sensibles sont ceux des livres scolaires et para) ou des livres Jeunesse (comme c’est déjà le cas depuis longtemps aux USA).
                  Editis est un gros diffuseur de livres scolaires : Bordas, Retz ou Nathan. Pendant des années, début des années 2000, quand c’était encore Interforum il y avait un espace "Enseignant Education Livres Jeunesse" Bd St Michel : tous les enseignants à l’IUFM étaient envoyés à cette adresse pour voir les livres scolaires et para scolaires… de cet unique distributeur en dépit de toutes les Lois sur livre ???
                  Bolloré (on reste sur lui même si ce n’est pas le sujet mais il y a des liens ou certains "font exemples") a bien racheté Canal+ en virant des auteurs ou des émissions à succès : seriez vous naïf ou lobbyiste ? Les guignols de l’info ou ses émissions de reportages (une vidéo très instructive du rédacteur en chef devant la commission d’enquête parlementaire) ou Le grand journal : des émissions qui ramenaient de la pub et faisaient de l’audience… 
                  Personne ne sait comment est considérée la BD pour ce qu’elle est dans le fond (pas ses chiffres de vente) : cela ne fait pas si longtemps qu’elle n’est pas accrochée au secteur Jeunesse comme jadis (Albin Michel ou Le Seuil jadis) voire les classements Jeunesse / Adulte des FNAC jusqu’aux années 90 ; comme c’est encore le cas dans les médiathèques…
                  Il suffit qu’elle soit considérée comme pédagogique ou plus si affinité. Regardez la couverture médiatique récente de l’oncle Bolloré Résistant, donc du bon côté, et son parcours d’éditeur par la suite. On sait bien ce que l’on peut faire avec la BD et sans IA pour l’instant. Pas seulement des fiches bricolages, et pas seulement avec Gala, Libération, Paris Match mais avec tout : télé, internet, médias traditionnels (presse papier), radios (on y retrouve quasi les mêmes qu’à la télé ???), édition. Il faut attaquer avec tout ce qui a une portée pour prendre le pouvoir : économique, politique ou autre.
                  Ne parlons pas des auteurs et de leurs contrats ou droits, c’est déjà si conflictuel non ? Pas tant d’acquis sociaux pour eux semble-t-il ?
                  La dernière pierre est la relation distributeur/librairies et certaines entailles aux Usages, voire à la Loi Lang (il y en a pas mal de petites ici et là depuis longtemps : j’ai un exemple ce jour, un libraire généraliste de Paris 5e vend un roman à une cliente dont la date de mise en vente "légale" est fixé à 48h plus tard !) : quand MDS refuse en 2021 (sortie de COVID !!!) de servir des commandes de fonds unitaires mais seulement à partir de 3 exemplaires… Cassant par là le rôle du libraire qui a toujours assuré des commandes unitaires pour ses clients.
                  Si un commence, d’autres peuvent vouloir changer des règles et s’aligner sur les autres secteurs économiques ?
                  On parlera des remises accordées un autre fois…

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              • Répondu le 27 juillet 2024 à  20:59 :

                Pardon je m’emmêle les pinceaux en effet, c’est dire à quel point ça m’intéresse. La Découverte appartient à Editis, mais Editis n’appartient plus à Bolloré. Il l’a cédé à Kretinski quand il racheté Hachette.

                Répondre à ce message

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