Madeleine, Résistante T. 4, L’Ange Exterminateur - Par Bertail, Morvan & Riffaud - Ed. Aire Libre

Par Romain BLANDRE Favori de la rédaction 3 mars 2026 
Madeleine est assise dans la pénombre de son appartement parisien. Elle n’est pas très contente du retard des trois auteurs qui sont confus d’être arrivés si en retard au rendez-vous fixé. Depuis des jours, Madeleine Riffaud leur livre son témoignage. Elle leur raconte les années pendant lesquelles elle avait pris le surnom de Rainer, nom de combat choisi pour faire partie de la Résistance à l’envahisseur nazi. « Bon, J.D. Sers-moi donc un p’tit whisky ! », demande-t-elle au trio qui compose son auditoire. « Et c’est reparti pour de nouvelles aventures… »

Plus que d’ « aventures  », nous devrions parler d’exploits tant l’odyssée de Madeleine Riffaud est semée d’embuches et d’horreurs dont elle s’est quasi miraculeusement tirée. Le tome 3 était certainement le plus fort et le plus violent. Madeleine s’était fait attraper à la suite de l’assassinat d’un soldat nazi dans les rues de Paris. S’ouvre alors pour elle le calvaire des interrogatoires pour obtenir des informations sur son réseau de résistance. Baladée entre la prison de Fresnes et la rue de Saussaies où siège la Gestapo, Madeleine subit les violences de la torture physique et mentale : coups, privations, électrocutions, noyades… mais rien n’est pire que d’assister, ligotée et impuissante, à la torture de ses proches. Si la douleur ne l’a fait pas parler, son empathie pour les autres aura peut-être raison de son silence. Rien n’y fait. Mourir en héroïne, en martyre de la Résistance comme ceux fusillés au Mont Valérien, voilà ce qui l’a fait tenir. En tout cas, jamais elle ne livrera ses compagnons.

Un concours de circonstances et une évasion plus tard, voilà Madeleine revenue sur le front parisien. De retour parmi ses Forces Françaises de l’Intérieur, elle ne se range pas et poursuit le combat. Désormais marquée par ce qu’elle a subi dans les geôles tenues par l’occupant et les collabos, l’ « Ange exterminateur » qu’elle est devenue est animée par une soif de vengeance qui la pousse à prendre des risques fous pour dénicher le moindre tireur embusqué sur les toits de la ville. Sa réputation dans le milieu résistant la conduit à se voir confier les missions les plus délicates afin d’éliminer ceux qui désormais se cachent ou pactisent avec l’ennemi en secret pour échapper à la justice.
Dans Paris en voie d’être libérée, c’est le moment des règlements de compte et des lynchages. Le collabo, le milicien qui a profité de la présence des nazis est désormais soumis à la vindicte populaire. Que faire ? Laisser libre cours à la violence aveugle, ou tenter au mieux de rétablir une justice légale. Madeleine devra là encore prendre ses responsabilités.

Madeleine Riffaud et ses compagnons évoluent dans cet univers parisien bleuté si bien dessiné par Dominique Bertail dont on a déjà parlé dans d’autres chroniques. Le témoignage de la résistante, adapté par Jean-David Morvan, est livré sans filtre ni concession. Ensemble, les trois auteurs relatent cette période si tragique de la libération de la capitale et des débuts de l’épuration où l’on se rend coup pour coup ; les uns pour débarrasser le territoire de la dictature nazie et de celle de Pétain ; les autres pour poursuivre de façon encore plus radicale le « travail » engagé depuis juin 1940.

Madeleine Riffaud n’est plus. Elle nous a quittés le 6 novembre 2024. Presque un an jour pour jour après sa disparition paraissait ce dernier volume qui clôt une tétralogie absolument remarquable tant par la qualité graphique que scénaristique. Une œuvre magistrale à l’image de la vie et du combat de la combattante pendant la Seconde Guerre mondiale.

Par Romain BLANDRE

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Code EAN : 9782808508896
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