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Très bon
10 juin 2026
Robert Jordan est un universitaire américain engagé dans les Brigades internationales, pour prêter main-forte aux républicains espagnols lors de la terrible guerre d’Espagne (1936-1939). Sa mission ? Faire sauter un pont, sa spécialité, pour empêcher l’arrivée des franquistes. Mais, à la tête d’un petit groupe d’hommes et de femmes (dont Maria, dont il tombe vite amoureux), Robert n’a que trois jours et les franquistes n’ont pas l’intention de se laisser faire.
Résumer un livre de 500 pages dans une BD qui en compte moins de 200, pas spécialement bavarde par ailleurs, relevait d’une gageure, bien relevée par Jean-David Morvan [1], expert du scénario. S’il ne pouvait être question de tout dire, l’essentiel est là : la thématique de l’engagement et de la lutte pour ses idées, celle de l’amour bien sûr, et, enfin et surtout celle de la mort, celle que l’on donne (et dans quelles limites ? "Si je le regarde d’aussi près, je ne pourrai plus le tuer", p.162) et celle qui vous prend. C’est cet horizon qui donne son sens à la vie et nous concerne toutes et tous, individuellement certes mais aussi collectivement. D’où la très belle citation de John Donne (1624) placée en exergue du livre d’Hemingway et de cette BD et qui explique le titre : "...la mort de tout homme me diminue, parce que je fais partie du genre humain, et en conséquence, n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas ; il sonne pour toi."
Néanmoins, ce qui impressionne le plus dans cette BD, et peut aussi surprendre, voire mettre à distance, c’est son traitement graphique tout en rondeurs et en couleurs. On ne l’attendait pas sur un tel sujet. Et pourtant, une fois passée la surprise, cela fonctionne et même épate, surtout quand on apprend que c’est là la première BD de Pierre Dawance, qui a passé plusieurs années (trois !), armé de ses crayons de couleur (400 !), le tout garanti sans IA. [2] P. Dawance sait varier ses planches avec une grande inventivité, ayant parfois recours à une construction classique, avec des cases (dont certaines en escalier, car on grimpe beaucoup dans la Sierra Guadarrama).
Mais bien souvent, la planche est structurée de tout autre manière, soit en multipliant et en superposant personnages et visages, ou bien en plaçant les personnages à plusieurs endroits d’une même image.
Dawance sait par ailleurs tout aussi bien utiliser le noir et blanc, dans de très belles pages de flashback, ce qui permet de jouer sur les temporalités.
Pour qui sonne le glas nous donne donc à la fois la joie de retrouver un scénariste connu et reconnu et de découvrir un dessinateur prometteur, le tout dans un ouvrage à l’édition soignée, avec un dos toilé du plus bel effet.
Par Philippe LEBAS
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
[1] Parmi ses nombreux ouvrages, beaucoup sont centrés sur la guerre, la seconde surtout, avec sa tétralogie fort remarquée sur Madeleine Riffaud ou bien son dernier opus consacré à un sonderkommando
[2] Tous ces renseignements nous sont donnés en début de livre.