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Bon
2 mars 2026
Fresque historique, Nouvelle France conte l’histoire de Pierre de l’Archange, soldat français qui a refait sa vie parmi les Amérindiens et y a fondé une famille. Quand les événements le rattrapent, il est séparé de son fils, obligé de participer à une guerre qui le dépasse. Il assiste à une négociation qui tourne mal : son commandant, Joseph de Jumonville, est abattu par un guerrier iroquois, lui-même au service de… George Washington !
L’album se découpe en plusieurs parties : une introduction dans les neiges de l’actuel Québec dépeignant l’incident diplomatique, l’enrôlement de Pierre dans la guerre en Europe (que certains historiens considèrent comme la « première guerre mondialisée »), puis son retour au pays, à la recherche de son fils, kidnappé par l’Iroquois Akaash en quête de vengeance. Du côté des Anglais, on suit les périples d’une jeune soldat, qui va petit à petit s’émanciper après la mort de son père contre les Français. Elle croisera le destin de Pierre et du vindicatif Akaash.
L’histoire, bien que dans les grandes lignes assez classique, rappelle les grandes épopées du Far West (ici la partie la plus au Nord donc) d’un héros rattrapé par son destin. On peut penser à des figures intemporelles de la BD tels que Thorgal, ou encore Blueberry en voyant Pierre, ce personnage pris dans un engrenage politique et guerrier qui le dépasse complètement. On apprécie aussi l’antagoniste Akaash, cet Iroquois clairvoyant dont la haine se porte sur les « Blancs », qu’il préfère massacrer avant que ces derniers ne massacrent.
Côté dessin, Bernard Vrancken signe pour la première fois un album entièrement réalisé en couleurs directes. Un choix ambitieux, et pleinement abouti : les paysages de forêts enneigées sont somptueux, les jeux d’ombres et de silhouettes particulièrement évocateurs. On retrouve les qualités qui font sa signature, précision du détail, rigueur documentaire, forme de stoïcisme dans l’expression des personnages, mais, à la différence de la série IR$, son trait se fait ici plus fougueux, plus libre, mieux accordé à cette nouvelle approche picturale. Certaines planches atteignent ainsi une réelle splendeur. Son art semble toucher à une forme de quintessence, nourri par l’héritage des grands encreurs américains comme Kirby ou Caniff et une touche personnelle insoupçonnée par l’apport de couleur directe à l’aquarelle.
Difficile, dès lors, de ne pas ressentir le charme d’une bande dessinée « à l’ancienne », d’aucuns diront franco-belge, dans ce qu’elle a de plus noble. Pierre incarne cet archétype du héros épique : grand cœur, esprit rebelle, droiture instinctive. On lui trouvera même un air d’Alain Delon dans Les Aventuriers, bien que Bernard Vrancken assure qu’il s’agit là d’un simple hasard. Sa véritable inspiration serait plus intime : son propre père, Québécois, ami d’un Amérindien. Une filiation assumée, qui confère à l’album une résonance sensible.
Par Colin BESNIER
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Nouvelle France - Par Bernard Vrancken et Stephen Desberg - Ed. Daniel Maghen
Les planches de Nouvelles Frances sont actuellement exposées dans la Galerie Daniel Maghen, 36 rue du Louvre, 75001 Paris jusqu’au 14 mars 2026.