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Favori de la rédaction
23 juin 2026
Dans le cas de Marc Bloch, historien émérite, spécialiste du Moyen Âge, cofondateur avec Lucien Febvre de la Revue des Annales d’histoire économique et sociale, il a été le soldat de la Première comme de la Deuxième Guerre mondiale, avec cinq citations à l’ordre militaire qui lui valent la Croix de guerre et la Légion d’honneur, puis résistant pour finir en 1944 sous les balles nazies, Jean-David Morvan a travaillé avec Suzette Bloch, elle-même journaliste, grand reporter pour l’AFP, petite fille du grand homme.
Marc Bloch fait partie de cette génération de chercheurs qui abandonnèrent l’histoire des événements et des grands hommes au profit d’une histoire pluridisciplinaire qui s’intéressait à l‘évolution des peuples et des mentalités. Relire le Moyen Âge au prisme de l’économie ou des événements climatiques, par exemple, change complètement la lecture que l’on avait pu en faire jusque-là. C’est l’un de ses apports. Tous les historiens actuels lui sont redevables.
L’autre caractéristique de Marc Bloch, fils d’une lignée d’intellectuels et de professeurs respectés, juif originaire d’Alsace dont la famille avait, en 1870, « fait le choix de la France », est la qualité de son engagement.
Pas question de rester planqué à l’arrière face aux ennemis de la France et de la République ! il est, d’abord comme sous-officier, puis comme officier, aux côtés de ses soldats. Lors de la Seconde Guerre mondiale, en 1940, en raison de son âge (il a passé la cinquantaine), de sa position (il est prof d’université) et de sa situation familiale (il a six enfants), il est largement dispensable du service militaire. Mais non, patriote, il tient à défendre son pays.
On sait que la Bataille de France dura un peu plus d’un mois et se conclut par l’armistice scélérate du maréchal Pétain. Marc Bloch publia le « témoignage » de sa campagne dans un ouvrage intitulé L’Étrange Défaite, publié après sa mort.
Une fois l’Occupation de la zone nord et le régime de Vichy installés, les mesures de discriminations des nazis à l’égard des Juifs (une loi signée de la main même de Pétain), Marc Bloch devint un proscrit et entra tout naturellement dans la Résistance. Arrêté, emprisonné à Lyon dans la prison de Montluc, par les sbires de Klaus Barbie, il est fusillé par la Gestapo le 16 juin 1944, avec 29 de ses camarades à Saint-Didier-de-Formans.
Panthéonisation
C’est par l’intermédiaire de Suzette Bloch, la petite-fille de Marc et Simonne Bloch, notamment autrice d’un documentaire sur Auschwitz (Arte), que Jean-David Morvan et Hélène Lemoine-Picard (sa collaboratrice historique) ont réalisé cet ouvrage avec, au dessin, Laurent Bidot, le dessinateur d’Après la rafle.
C’est un album bien structuré qui suit le parcours de Marc Bloch, comme soldat, comme universitaire et comme résistant dans un récit alimenté par des documents (notamment sa correspondance). Élément précieux : une bibliographie commentée des principales publications de l’historien ; Rois et serfs, Les Rois thaumaturges, L’Histoire rurale, La Société féodale, L’Apologie pour l’histoire, et bien sûr L’Étrange défaite, son ouvrage connu du grand public.
Est-ce que cette panthéonisation est une instrumentalisation de l’histoire à des fins politiciennes ? « Une panthéonisation, ce n’est jamais gratuit, répond franchement la journaliste, il y a un objectif politique derrière. C’est une instrumentalisation mémorielle au service de la politique. Maintenant, le Panthéon est incontournable. Ceux qu’il y a dedans : Victor Hugo, Jean Moulin, ne sont pas mal… Donc cela n’aurait pas complètement déplu à Marc et à Simonne Bloch de pouvoir discuter outre-tombe avec ces gens-là. Marc Bloch a été très souvent instrumentalisé parce que c’est un homme exemplaire, une sorte d’icône : l’historien, le savant, le soldat héroïque, le résistant qui est allé jusqu’au bout de son engagement, jusqu’à la mort, etc. Il y a beaucoup de gens mal intentionnés, comme par exemple le Rassemblement National récemment, qui revêtent ces beaux habits pour leur idéologie. Mais, comment faire pour les combattre ? Par cette BD justement, par la justesse de ce que l’on y raconte… »
L’Histoire est-elle un produit de consommation comme un autre ? « Si c’en est un, dit Jean-David Morvan, c’est un produit de consommation intéressant. S’il y a une éthique dans ce que l’on raconte, autant lire l’Histoire plutôt que des Light Novels ! Ça dépend de ce qu’il y a dans les livres : s’ils sont intéressants et justes historiquement, à mon avis, c’est un des meilleurs produits de consommation que l’on puisse avoir. »
Par Didier PASAMONIK
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Marc Bloch, l’ancien combattant - Par Suzette Bloch, Jean-David Morvan et Laurent Bidot - Ed. Tallandier.
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