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Les Exilés de Mossenheim T. 2 - Seul compte le Silence - Par Runberg, Truc et Carette - Dupuis

Par Romain BLANDRE Pas mal 22 août 2026 
La centrale nucléaire de Mossenheim (une allusion à Fessenheim) a explosé il y a quelques mois. Des réfugiés venus de toute l’Europe occidentale ont dû fuir les territoires ravagés et contaminés par les radiations. Ils se retrouvent en Suède, où ils sont désormais parqués dans des camps et vivent dans des préfabriqués. Les trois auteurs inversent ainsi les rôles : cette fois, les migrants sont des Européens maltraités par d’autres Européens. Quelles leçons tirer de cette dystopie catastrophe ?

Le second tome de ce diptyque s’ouvre sur des échanges téléphoniques entre chefs d’État européens qui tentent de gérer une situation parfaitement inédite et de négocier entre eux la prise en charge de ces centaines de réfugiés technologiques qui ont dû quitter précipitamment leur pays à la suite de l’explosion de la centrale de Mossenheim. L’Union européenne a failli et il ne reste plus que les tractations entre dirigeants pour tenter de gérer au mieux cet afflux de personnes, d’autant que les extrémistes ont désormais noyauté les gouvernements et s’opposent à cette arrivée massive d’étrangers.

Les Exilés de Mossenheim T. 2 - Seul compte le Silence - Par Runberg, Truc et Carette - Dupuis

En Suède, des camps de rétention sont aménagés pour contenir cette population dont on ne veut pas et que l’on juge particulièrement dangereuse, car elle pourrait compter dans ses rangs des éléments terroristes qui auraient d’ailleurs commis l’attentat contre la centrale, à l’origine de toute cette déstabilisation de l’Europe. Des mesures drastiques sont alors mises en place : brouilleurs d’Internet, surveillance par drones, grillages, contrôle des entrées et des sorties et interdiction formelle de quitter le camp.

À l’intérieur, les réfugiés tentent de s’organiser au mieux. Les jeunes nouent des relations entre eux, tandis que les adultes travaillent ou procèdent à des élections pour désigner leurs porte-paroles. Mais, dans ce microcosme improvisé, les dissensions règnent entre les diverses nationalités qui s’y côtoient et se renvoient mutuellement la responsabilité de la catastrophe.

Des personnages se détachent de cette mini-société. Christophe, chef cuisinier, doit gérer ses enfants en pleine crise d’adolescence, qui supportent mal le manque de liberté. Verdier, mortellement irradié, veut quant à lui, avant de mourir, transmettre le secret de l’explosion qu’il détient sur une clé USB. Mais c’était sans compter sur les services secrets qui ont infiltré le camp et ne veulent absolument pas que soient divulguées les véritables raisons de l’explosion de la centrale. Car, effectivement, l’attentat terroriste n’est qu’un leurre destiné à dissimuler les véritables causes du cataclysme nucléaire…

On perçoit assez bien le propos des auteurs, qui veulent montrer à leurs lecteurs que nul n’est à l’abri et que chacun peut, du jour au lendemain, devenir celui que d’autres rejettent ou détestent. Cet épisode rappelle certains discours entendus il y a quatre ans, lorsque l’on rappelait aux Français qui contestaient l’arrivée de réfugiés ukrainiens que, pendant la Seconde Guerre mondiale, nombre de leurs aïeux avaient eux-mêmes dû fuir devant l’avancée des nazis.

L’ouvrage met aussi en garde contre la vétusté de certaines installations nucléaires françaises et les risques potentiels qui y sont liés. Ce n’est d’ailleurs certainement pas un hasard si les auteurs ont choisi la centrale de Fessenheim, la plus ancienne centrale nucléaire française lorsqu’elle était encore en activité, comme référence pour leur BD. Ils rappellent également que les extrémismes fleurissent dans les moments les plus tragiques et profitent des crises, quelles qu’elles soient. Ils montrent enfin que les dissensions peuvent naître même entre des communautés qui partagent les mêmes épreuves et que la loi du plus fort règne souvent lorsque la survie est en jeu.

Le sujet principal de cette histoire se dilue cependant un peu trop dans la superposition des intrigues secondaires qui parsèment le scénario. Alors qu’on apprend assez vite que la véritable cause de l’explosion n’est pas un attentat terroriste, on oublie progressivement cette problématique pour se concentrer sur la crise d’adolescence de la jeune Louise et sur les états d’âme de son père, qui se demande pourquoi sa femme l’a trompé et reste rongé par d’éternels regrets depuis la mort de cette dernière. Là-dessus vient se greffer une amourette entre son fils et une réfugiée allemande, laquelle doit affronter les autres jeunes de sa nationalité qui ne comprennent pas cette liaison — on peut d’ailleurs se demander comment tous communiquent entre eux.

Une vision assez caricaturale de cette jeunesse est également proposée : alors que les conditions de vie dans le camp sont pour le moins précaires, les adolescents semblent n’avoir qu’un but, trouver le moyen de recharger leur portable pour aller sur Internet.

Et puis il y a l’histoire de Verdier, qui va mourir, et celle de cette maîtresse voilée qui donne des cours et se fait agresser parce qu’elle devient le bouc émissaire de tous les malheurs qui frappent le camp. Et puis les règlements de comptes entre Christophe et Éric. Et puis… et puis… et puis…

Au final, le résultat est quelque peu terni par l’accumulation de tous ces récits annexes, qui auraient gagné à être épurés afin que l’on puisse se concentrer sur l’essentiel. C’est assez dommage, car les questions que pose cette mini-série sont intéressantes, voire essentielles.

Par Romain BLANDRE

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Code EAN : 9791034767137
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