Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Excellent
23 septembre 2026
Depuis 2003, Midam a construit un univers vidéoludique aussi absurde qu’exubérant : celui du Petit Barbare, double virtuel de Kid Paddle, qui traverse des niveaux infernaux peuplés de Blorks abominables et d’une Princesse aussi stupide que chaotique.
La singularité de Game Over réside dans son mutisme radical : aucune parole, uniquement des bruitages et des corps réduits en charpie boudineuse ou explosés en milliers de morceaux.
Ce parti pris a catalysé, en 2008, une révolution éditoriale : Midam lance un appel aux lecteurs pour proposer leurs gags. Ce système a transformé la série en atelier collectif. Depuis, plusieurs contributeurs sont devenus des scénaristes reconnus. Un modèle unique en Francophonie.
The Show Must Go On perpétue le modèle éprouvé : un florilège de gags muets où le Petit Barbare affronte des trépas aussi variés que spectaculaires. Transpercé, déchiqueté, brûlé, écrasé, dévoré… Midam rivalise toujours d’ingéniosité pour exhiber les morts du plus miteux des héros virtuels.
La douce mais ô combien niaise Princesse continue de semer le chaos aux portes de la fin de chaque niveau. Les Blorks, ces créatures grotesques et cruelles, perpétuent leurs machinations loufoques. Aucune parole, une physique de jeu vidéo décalée, des décors qui jouent avec les codes du médium, le tout finement colorisé pour donner chair à l’absurde.
Sur le plan scénaristique, de prime abord, on pourrait penser que Midam et son équipe nous présentent toujours la même chose : notre brave Petit Barbare arrive, trouve un ustensile « magique » (ou pas) et l’utilise pour éclater les Blorks, ces irréductibles et pugnaces monstres qui veulent attenter à sa vie, ou à celle de sa dulcinée couronnée, comme dans tout bon jeu vidéo d’arcade.
Malheureusement, ce pouvoir ou cette arme de destruction massive finit par se retourner contre lui : soit il meurt très bêtement, soit il tue sa belle à la fin, le tout en une, voire parfois deux planches.
Mais toute la subtilité de l’œuvre consiste justement à parvenir à renouveler sans cesse le gag ! C’est le principe, évidemment, d’un running gag, mais après plus de 950 fois, ils ont « remis leur métier sur l’ouvrage » et, près de 900 fois, ils nous ont surpris, voire complètement éclatés !
Et c’est sans nul doute à cela que l’on reconnaît les besogneux, les courageux, ceux qui ont besoin de travailler, de s’entraîner pour pouvoir toujours offrir le meilleur d’eux-mêmes et qui y arrivent ! Le talent, ça s’apprend, ça se construit parfois dans la sueur, ma bonne dame !
La couverture bénéficie d’une fabrication soignée, faussement épurée et immaculée, avec un vernis sélectif sur certains éléments du décor, que l’on ne peut percevoir que sous un certain angle de vision.
Vous hésitez à l’acheter ? Trois possibilités pour vous aider dans ce choix crucial :
• Vous êtes fan absolu du travail de Midam et de son studio ? Comment se fait-il que vous ne l’ayez point encore acquis ?!!
• Vous avez déjà les 24 premiers tomes et vous vous demandez quel intérêt il y a à acquérir un 25e ? Le plaisir, tout simplement, de passer vingt minutes à sourire, décroché de toute réalité.
• Kid Paddle vous fait simplement sourire, voire pas du tout ? Achetez ce tome, il ne sera pas perdu. Il plaira en prime à votre petit filleul !
À l’heure où la bande dessinée jeunesse se cherche, Game Over représente une affirmation tranquille. Le rire absurde, c’est suffisant. Pas besoin de grand message, de psychologie des personnages ou de tension narrative. Le Petit Barbare meurt depuis 23 ans, et personne ne s’en lasse.
Midam a compris quelque chose d’essentiel sur le jeu vidéo : sa logique répétitive, son cycle de mort-renaissance, est une forme d’art en soi.
Game Over en célèbre la poésie muette avec une constance admirée, voire enviée. On se retrouve dès lors à la rentrée littéraire 2027 pour célébrer ensemble le millième gag de la série, ainsi que le 30 octobre 2026 pour le 22e de la série-mère !
Par Milan MORALES
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Participez à la discussion