Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Installé au milieu des monts des Balkans occidentaux, à un carrefour européen entre l’Albanie, le Monténégro, la Macédoine du Nord et, bien sûr, la Serbie, avec laquelle il a été en guerre durant des années jusqu’à la toute fin du XXe siècle, se trouve le Kosovo. Petit pays en superficie, équivalent à un tiers de la Belgique, il abrite une jeunesse dynamique, créative, curieuse et ouverte sur le monde. Une jeunesse animée par une volonté de reconstruire mais surtout de raconter ses histoires, qu’elles soient inspirées de la grande ou de la petite Histoire.
C’est sur ce terreau fertile que s’est créé, il y a sept ans, le Gran Fest dans la capitale, Pristina. Un festival de bande dessinée et d’art narratif porté par Gani Jakupi, personnage insaisissable, autant auteur de BD et musicien que diplomate et directeur artistique. Aujourd’hui, avec Ensara Haliti, directrice du Gran Fest, le binôme conserve ce qui fait l’ADN et la particularité de cette manifestation pluridisciplinaire, citoyenne et humaniste. Des auteurs et autrices du monde entier, d’Europe occidentale, orientale, mais aussi du continent américain ou asiatique, viennent pour quelques jours à Pristina à la rencontre des aficionados, des curieux et des aspirants artistes.
Cette année, les invités d’honneur étaient Dominique Bertail, réalisateur de l’affiche, auteur au bleu caractéristique derrière Madeleine Résistante, un album orchestré au scénario par Jean-David Morvan et Madeleine Riffaud elle-même, ainsi que Régis Loisel, auteur de légende de la Fantasy française derrière La Quête de l’Oiseau du Temps avec Serge Le Tendre et une revisite de Peter Pan. Les deux auteurs étaient accompagnés d’une dizaine d’autres invités.
Tout au long du week-end, pas de traditionnelles files d’attente interminables pour obtenir une dédicace tant recherchée, mais une série de conférences publiques, le plus souvent données directement dans les établissements scolaires. On a pu voir Cécile Dupuis animer un atelier dans une école primaire, Dominique Bertail et Régis Loisel donner une masterclass à des classes d’élèves en graphisme, design et création, ou encore Francesca Marinelli partager son expérience dans l’animation auprès d’étudiants du domaine.
De ces échanges est ressorti beaucoup de curiosité des deux côtés. Ainsi, Régis Loisel a pu échanger avec les jeunes Kosovars sur leurs lectures dans un pays où le marché du livre est quasiment inexistant. Avant qu’ils lui répondent qu’ils arrivent à lire ce qu’ils trouvent en ligne, essentiellement des scans pirates en anglais de mangas ou de comics.
Dominique Bertail a, lui, été questionné sur sa vision de l’inexistence d’histoires racontant le passé de ce pays meurtri par la guerre, lui qui traite de la Seconde Guerre mondiale en BD depuis cinq ans. Et surtout sur les possibilités, pour les premiers concernés, de raconter ces mêmes histoires. Ce à quoi l’auteur a répondu que la bande dessinée numérique apparaissait comme le meilleur outil.
Car elle est là, la réalité du marché de la BD au Kosovo. En allant sur place, on apprend que la plupart des produits culturels, là-bas, sont accessibles gratuitement. C’est pour cela que le Gran Fest est gratuit. Mieux encore, les organisateurs prennent en charge l’achat des droits, la traduction en albanais et l’impression, chaque année, de près d’un millier de bandes dessinées pour qu’elles soient distribuées gratuitement durant le festival. Le Gran Fest organise aussi une grande exposition dans une galerie en plein centre de la capitale regroupant les œuvres des artistes invités, dont le succès, cette année, est tel qu’elle vient d’être prolongée pour la seconde fois jusqu’au 7 juin 2026.
Mais la principale victoire du Gran Fest, au bout de ces sept années, c’est l’émergence d’artistes locaux. Cette année, dans la grande exposition du Gran Fest, une sélection d’auteurs et d’autrices de BD kosovars a été présentée pour la première fois. Quatre d’entre eux feront partie de la délégation kosovare invitée d’honneur du prochain festival BD Boum de Blois. Pour l’occasion, une compilation de leurs histoires traduites en français, exclusivement pour le festival, sera proposée.
Autre réussite : l’installation d’une école et d’un studio d’animation à Pristina, qui connaissent aujourd’hui une reconnaissance internationale, jusqu’à représenter pour la première fois un pavillon kosovar au prestigieux festival d’Annecy l’an dernier.
Cerise sur le trilece (spécialité locale), le Gran Fest et ses organisateurs ont annoncé cette année la création d’une fondation pour le développement d’un musée de la BD à Pristina, le premier du genre dans cette région du monde.
Par Kelian NGUYEN
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Sauf mention contraire, photos : Kelian Nguyen