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Excellent
21 janvier 2025
Effroyable plongée dans l’inhumain, La Forteresse Volante est le récit uchronique d’une Italie fasciste confrontée en 1933 au crash d’un OVNI près de Vergiate, un village en Lombardie. Cet incident, gardé secret défense, permet d’introduire le lecteur au contexte politique de l’époque. Et ce, grâce aux points de vue de différents personnages, tous liés les uns aux autres par des rapports de subordination, de famille, d’amitié, d’amour et de haine.
Un récit d’une cruauté sans concession
Dès le prologue qui se déroule en 1996 à Milan, le scénariste Lorenzo Palloni ne fait pas de mystère quant à la dimension tragique de l’ouvrage. Deux survivantes des événements de 1933 et 1936, Benedetta et Santina, se retrouvent pour chercher à faire la lumière sur la série d’incidents atroces qui se sont succédés après l’arrivée de la technologie extraterrestre. Dans un récit enchâssé qui permet une intrigue à forts rebondissements, Benedetta commence par raconter ses retrouvailles, datant de 1943, avec un énigmatique prisonnier accusé de multiples meurtres : le boucher de Turin. Ce dernier livre alors les origines de ses maux et permet ainsi une superpositions de ses propres souvenirs avec ceux de Benedetta.
Emporté dans le flot mémoriel des deux narrateurs, le lecteur remonte au début de l’intrigue, en 1933, lorsqu’un objet volant non-identifié s’est écrasé à Vergiate. Un funeste présage de la décadence humaine qui marche au pas du fascisme.
Un dessin qui éviscère la BD académique
L’écriture fragmentaire de Lorenzo Palloni se marie à merveille avec le dessin de Miguel Vila. Suivant l’idée du flot mémoriel, ce dernier a choisi d’éclater la construction en gaufrier (format habituel de la BD franco-belge) pour réinventer les pages de la bande dessinée. Cases rondes, en losange, en carré, minuscules (2cm²) ou énormes, l’explosion du carcan stylistique classique permet à Miguel Vila de réaliser des successions de dizaines et dizaines de cases sur une seule et même page. Le procédé offre même une certaine souplesse dans la narration, jouant parfois avec une lecture des cases qui se lit de gauche à droite ou de droite à gauche.
Outre le jeu de mise en page, le trait inimitable de Miguel Vila confère une atmosphère particulièrement sordide au récit. Faisant couler de sa palette un ensemble de tons roses, verts et gris, l’illustrateur joue de ce camaïeu pour livrer une mosaïque dont chaque case est un petit fragment. Fragments qui, mis bouts à bouts, orchestrent une succession de catastrophes d’un impact visuel ravageur.
Par Anthea MARIANI
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
La Forteresse Volante - Lorenzo Palloni, Miguel Vila - éditions Sarbacane
Parution : 3 janvier 2024
Format : 21,5 × 29 cm
Nombre de pages : 208
Prix : 25 €