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Très bon
20 avril 2026
S’il n’y avait pas eu de conséquences qu’elle juge trop graves, Mathilde aurait certainement détourné son attention et remballé proprement Christophe, mais elle se rend compte que ce dernier exerce une influence néfaste sur certains de ses élèves et sur leurs parents. Une mère a même certainement succombé aux biens mauvais conseils qu’il lui a donnés en lui préconisant de remplacer sa chimiothérapie par un régime crudivore. Mathilde décide de suivre en cachette son collègue, ce qui la conduit devant une paroisse traditionnaliste. Elle feint de le croire et de lui demander conseil. Par son biais, elle entre en contact avec des milieux complotistes et d’ultra-droite qui l’entraînent dans des actions violentes. Petit à petit, Mathilde change de comportement : elle devient mystérieuse, n’assiste plus que très rarement aux répétitions d’une pièce de théâtre qu’elle a pourtant adaptée. À l’origine, c’est pourtant de cet art qu’elle voulait vivre. Ses proches ne la reconnaissent plus, jusqu’au jour où elle est filmée et reconnue par ses amis dans une rixe provoquée par des militants néonazis.
Ce roman graphique, scénarisé par Julie Scheibling, est une immersion dans le monde des radicalités d’extrême droite. Un temps enseignante dans des établissements scolaires, elle semble au courant du fait que les idées haineuses peuvent parfaitement infiltrer le monde des pédagogues. Elle est ainsi bien placée pour montrer les conséquences désastreuses de la diffusion de ces idées, surtout quand celles et ceux qui les profèrent exercent une influence forte sur leur jeune auditoire.
Le roman graphique est également un guide efficace sur les différentes ramifications de l’extrême droite contemporaine. L’ouvrage s’appuie sur une documentation solide citée en bibliographie. On y retrouve, entre autres, les travaux du chercheur Stéphane François ainsi que ceux de Nicolas Lebourg, tous deux spécialistes de ces questions. Une sitographie complète l’ouvrage et permet aux lecteurs de se renseigner sur chacun des groupuscules mentionnés dans la bande dessinée. Les notes prises par Mathilde dans son cahier peuvent également constituer de premières bases de connaissances pour les profanes.
Le style graphique de Clara Chotil ne plaira sans doute pas à tout le monde. Le découpage des planches est audacieux. La colorisation est également légèrement débordante. Ces choix graphiques collent cependant plutôt bien au propos de l’ouvrage, qui se veut un reportage saisi sur le fil, dans l’instant.
À l’heure où les discours extrémistes se multiplient en bénéficiant de la dérégulation des médias sociaux et d’internet, au moment où ces derniers provoquent une polarisation de plus en plus forte de la société et alors que des bandes de jeunes ultras de tous bords se tabassent les uns et les autres, ce roman graphique semble particulièrement nécessaire.
Par Romain BLANDRE
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