Le tome 4 d’Hirayasumi à la conquête d’Angoulême !

Par Gaëlle BEDIS Excellent 22 janvier 2025 
Depuis 2023 et grâce aux éditions du Lézard noir qui ont l'exclusivité des droits sur les œuvres de Keigo Shinzo, les aventures de Hiroto et de sa cousine Natsumi continuent de fasciner le public français. Le FIBD lui-même ne s'y est pas trompé, en sélectionnant pour la compétition officielle de sa 52ème édition le tome 4 de cette série. Retour sur un succès et public bien mérité, pour une série d’apparence banale et pourtant bien plus profonde qu'il n'y paraît.

En plus de l’hiver qui s’installe, ce 4e tome marque le premier anniversaire de la mort d’Hanae, la vieille amie d’Hiroto qui lui a légué sa petite maison dans laquelle il vit avec sa cousine Natsumi. Cette dernière est étudiante aux Beaux-Arts et mangaka en devenir. Même s’il continue sa petite vie, le jeune freeter [1] qu’est Hirito se retrouve aux prises avec davantage de complications que d’habitude.

De son côté, Yomogi, l’agente immobilière désordonnée, est invitée par l’écrivain Ryô Ishikawa, un minimaliste maniaque, à venir chez lui. La réunion de ces deux extrêmes réserve de bons moments de franche rigolade, notamment la lecture de leurs apartés souvent à l’opposé l’un de l’autre. Pendant ce temps, Natsumi et son amie Akari organisent une soirée de Noël, qui s’avère riche en émotions et leur ouvre des horizons jusque là insoupçonnés.

Le tome 4 d'Hirayasumi à la conquête d'Angoulême !
Hirayasumi T4 - Extrait
© 2025 Keigo SHINZO / SHOGAKUKAN

Un hiver qui réchauffe les cœurs !

Ce qui fonctionne toujours autant dans cette série feel good de l’auteur de Mauvaise Herbe, c’est la justesse des moments de vie qu’il dépeint. Keigo Shinzo explore dans ce quatrième tome toutes les facettes des relations humaines, des premiers émois amoureux aux relations familiales, en passant par l’amitié et la relation employeur /employé. Le tout, sans jamais tomber dans la caricature ou la facilité.

Les moments difficiles ou banals vécus par ses personnages, leurs caractéristiques, leurs émotions et leurs humeurs permettant à un large public de se reconnaître, dans ces bouts de vie posés là. Qui n’a pas un jour dans sa vie eu un appartement encombré comme celui de Yomogi, en l’assumant à moitié face à des visiteurs ? Qui n’a pas eu envie un jour de courir pour évacuer sa colère, après une journée de travail pénible ? Qui n’a pas explosé de frustration devant une nouvelle dépense pour sa maison, sans en avoir les moyens ?

Hirayasumi - Planche représentant Hiroto se baladant dans Tokyo.
© 2025 Keigo SHINZO / SHOGAKUKAN

La galerie de portraits d’Hirayasumi, Hiroto en tête, permet d’exorciser tous ces tracas du quotidien et de remettre les choses en perspective aux yeux du lectorat. Oui, Hiroto n’a pas les moyens de payer les réparations de sa chaudière... pour l’instant. Mais plutôt que de se morfondre, il applique le mantra qu’il a énoncé à Natsumi au début de la série : "ruminer ne fait pas avancer les choses". Après avoir piqué un sprint libérateur avec Yomogi (on vous laisse aller lire la scène pour mieux comprendre), il décide de prendre un autre job pour pouvoir récolter l’argent des réparations et patiente sans jamais se plaindre. Il a déjà évacué sa colère et est passé à la suite. De plus, il a bien sélectionné son job d’appoint, puisqu’il nettoie un établissement de bains publics. Ce qui lui permet de ne pas sacrifier son petit rituel de bain !

Étant à l’opposé de l’autre, Yoogi et Ryo comprennent en se côtoyant qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvais façon de gérer son intérieur. Ils tirent même de leurs moments communs le meilleur de chaque extrême. Yomogi arrive à se débarrasser de beaucoup de superflu et récupère l’astuce de la télécommande aimantée, pour résoudre son problème. Ryo quant à lui finit par acheter un siège de bain, après avoir réalisé que cet objet est finalement utile.

Natsumi et Akari ont elles aussi un beau nombre de préjugés, au moment de la réalisation de leur petite fête de Noël. Toutefois, ils tombent les uns après les autres, après de simples phrases factuelles énoncées par Yamada.

Par ces biais, Keigo Shinzo évoque beaucoup le jugement, celui qu’ont les autres sur nous comme celui que l’on porte sur soi-même, sans juger ses personnages. Ce qui rend son récit apaisant et libérateur. Il rappelle aussi par ces petites histoires qu’il est toujours préférable d’oser parler, même simplement, pour éviter les quiproquos, les incompréhensions mutuelles (comme entre Natsumi et son rédacteur Yazuki Naikaido) et résoudre des situations à priori déplaisantes.

Hirayasumi - Extrait
© 2025 Keigo SHINZO / SHOGAKUKAN

L’amour s’exprime également dans toute sa subtilité, avec les prémices très doux et touchants de la relation naissante entre Akari et Yamada, les deux camarades de Natsumi. C’est là aussi que la magie Shinzo opère. Il pourrait tout à fait mettre l’accent sur le triangle amoureux Hiroto / Yomogi / Ryo, mais ne le fait jamais car ce serait trop facile et n’apporterait rien à ses intrigues. Il choisit de mettre en scène des relations simple, sans céder aux sirènes de la facilité et de l’attendu.

Le mangaka profite donc du froid de l’hiver dans lequel s’ancre ce volume, pour réchauffer les cœurs avec des histoires qui s’adaptent encore une fois à tous les publics. Il tient compte de bon nombre de sensibilités et s’affranchit des codes classiques du manga, en restant simple et épuré, comme son dessin. Pas étonnant que le FIBD ait sélectionné ce tome en particulier pour sa 52ème édition !

Par Gaëlle BEDIS

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Code EAN : 9782353483525

Hirayasumi, T4 - Sorti le 24 janvier 2024 - Le Lézard noir - 13€

[1] Terme qui désigne un employé à temps partiel au Japon.

Hirayasumi Le Lézard Noir ✏️ Keigo Shinzo Tranche de vie 🏆 Sélection officielle Angoulême
 
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