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8 octobre 2025
Dans de nombreux récits imaginant la chute du vivant sur Terre, la disparition des insectes pollinisateurs apparaît comme l’un des scénarios les plus plausibles et les plus rapides. Jenny, employée de la société Pyrrhocorp, explore d’immenses étendues désertiques et rocailleuses à la recherche de traces d’ADN d’abeilles. Depuis leur extinction, la végétation et la biodiversité ont périclité, contraignant l’humanité à survivre dans d’immenses cités roulantes traversant un paysage dévasté.
Ces explorateurs solitaires, envoyés en mission tels des chasseurs de primes, incarnent le dernier espoir d’un monde à la dérive, un univers à la Mad Max, où tous tentent de survivre.
Il aura fallu plus de quatre ans de travail et un changement d’éditeur pour que Mathieu Bablet mène à bien ce projet titanesque. Désormais publié chez Rue de Sèvres, l’auteur s’affirme ici dans une veine plus littéraire qu’il ne l’était déjà. L’intrigue, dense et ample, prend le temps dont elle a besoin pour se déployer. Servie par un dessin libre, spontané, parfois proche de la grâce moebiusienne.
Comme toujours chez Bablet, la force du récit repose sur ses personnages : complexes, humains, porteurs d’une véritable profondeur psychologique. Leur écriture minutieuse donne vie à un univers riche de sa propre mythologie.
Avec Silent Jenny, Mathieu Bablet clôt symboliquement une trilogie de science-fiction entamée avec Shangri-La (exploration spatiale et hard science) et poursuivie avec Carbone et Silicium (cyberpunk et humanité augmentée). Il s’impose cette fois dans le registre post-apocalyptique, livrant un récit d’aventures sensorielles et introspectives.
Fabrication soignée, prix abordable, Silent Jenny s’inscrit dans les standards du Label 619. Au-delà du simple message écologique ou d’un discours collapsologique inspiré par le GIEC, Silent Jenny est une méditation sur la fin et la survie, sur la communauté et la transmission. La conclusion d’une trilogie sensible, qui observe nos sociétés contemporaines à travers les miroirs d’un futur possible.
Par Kelian NGUYEN
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Silent Jenny - Par Mathieu Bablet - Ed. Rue de Sèvres/Label 619