Bon
6 novembre 2025
Démonter le cliché de « la bonne malade »
À mesure que Camille fait le deuil de sa « vie normale » et cherche à apprivoiser les nouvelles limites de son corps, elle se met à intérioriser (et par la même occasion somatiser) sa maladie. Ne souhaitant pas être réduite à sa condition, la jeune femme fait tout pour ne pas en parler et minimiser sa situation tout en se sentant intimement blessée lorsque les autres se permettent de la banaliser.
Coincée entre son syndrome de l’imposteur et son désir de reconnaissance professionnelle, l’illustratrice vit des moments lunaires. Littéralement louée pour le fait de ne jamais se plaindre ou de ne pas tout ramener à sa maladie, celle-ci s’interroge sur cette forme de validisme que l’on n’infligerait pas à une personne avec un handicap visible (fauteuil roulant, amputation etc).
Donner de la visibilité à la charge mentale
Le propre d’une maladie chronique est son invisibilité. L’autrice en expose la réalité dès les premières pages de l’ouvrage en illustrant son travail quotidien dans un magasin de sport. Elle y subit de plein fouet les remarques acerbes voire ouvertement cruelles que ses collègues adressent à sa condition physique. La jeune femme se débat tout au long de la BD avec le douloureux cliché de la « malade imaginaire » que lui attribuent les personnes valides.
Afin de représenter sa maladie, l’artiste alterne entre une allégorie morbide drapée de noir et des fleurs qui lui poussent dans le ventre et la déchirent de leurs épines. En multipliant les images abstraites et en exacerbant le lyrisme de son témoignage par moment, Vamille change ainsi un simple témoignage en une composition poétique d’une grande justesse.
Par Anthea MARIANI
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Fleurs Intestinales - Vamille - éditions Sarbacane
Parution : 20 août 2025
Nombre de pages : 160
Prix : 25€