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Juanalberto Maître de l’univers T. 7 - par José Roosevelt - Ed. du Canard.

Par Laurent MENUT Favori de la rédaction 27 juin 2026 
Juanalberto a créé un univers et en est donc le Maître. Il a choisi qui allait le composer, défini des caractères, des groupes, des civilisations, des comportements. Tout a été pensé pour voir croître un monde intelligent et respectueux. Mais les choses ne se passent pas vraiment comme prévu : les différentes sociétés n'évoluent pas toutes comme espéré et des tensions apparaissent entre les ethnies. Juanalberto doit intervenir pour que tout ne dégénère pas en conflit. Et pour la première fois, dans ce tome 7, il va rencontrer son créateur, le Maître des Maîtres, et des révélations vont être faites. On y retrouve tous les personnages de José Roosevelt, évoluant d'un monde à l'autre dans un ensemble au scénario complexe mais limpide, tout comme le dessin, riche et précis. Les actions s'accélèrent, les faits inattendus commencent à se bousculer, le dénouement est proche, mais, en attendant, on en découvre encore un peu plus sur ce monde étonnant, et c'est drôle, original, grandiose et stimulant.

Les principaux évènements précédents

Pour cette série, l’auteur propose un volume par an. L’histoire est présentée sous forme de feuilleton et chaque volume est la suite directe du précédent, l’ensemble ayant été pensé et écrit dès le départ. Comme pour la plupart des histoires de l’auteur, on retrouve ses personnages que sont Juanalberto le canard, Limérius le lapin moustachu néo-oraliste, Alice jeune femme aux cheveux bleus, Syprisse la représentante des Naturels, Ian l’Inhiphot, Victoria la reine-déesse et compagne de Juanalberto. Si leur physique et leurs noms sont connus, leur rôle peut différer d’une histoire à l’autre, comme des acteurs qui se mettent dans la peau d’une nouvelle personnalité à chaque nouvelle histoire. On a, par exemple, connu Juanalberto dessinateur de BD cherchant difficilement un éditeur.

Juanalberto Maître de l'univers T. 7 - par José Roosevelt - Ed. du Canard.
Arrivée du Maître des Maîtres.
Juanalberto Maître de l’univers tome 7 par José Roosevelt, éditions du canard.

Pour entrer pleinement dans le tome 7, il peut être utile de se remémorer les évènements précédents. Au tout début de l’histoire, tome 1, Juanalberto organise la 29e réunion normative, un outil de discussion pour gérer l’univers qu’il a créé. Sont conviés Dalkstronk III, le représentant des plantes carnivores, Zwyx du clan des Évolutifs Aléatoires, Krapch des Inhibiteurs Photoniques, Limérius des Néo-Oralistes et Syprisse des Nympho-Naturistes. La situation est délicate, chacun a des doléances à présenter. Des conflits se font jour, la tension monte, les insultes fusent et Krapch s’emporte : il atomise Syprisse (en fait juste un hologramme). Et même s’il le regrette vite, le mal est fait, le conflit est officiel.

Louise Carole et Lymérius voyagent sur un lit plein de livres.
Juanalberto Maître de l’univers tome 7 par José Roosevelt, éditions du canard.

Juanalberto retourne chez lui dépité et retrouve sa compagne Victoria. Il lui transmet un bilan assez négatif de la gestion de son monde. Sans qu’ils soient invités, mais pour essayer d’arranger les choses, Limérius et Syprisse décident d’aller chez Juanalberto. En apprenant à les connaître, Juanalberto et Vi découvrent que les êtres créés dépassent leurs caractéristiques initiales : Limérius lit des livres, trouvés sous un arbre à livres, à la suite d’un rêve avec un homme sans visage, et Syprisse est sensible à la beauté, ce qui conforte Juanalberto dans l’idée que la beauté n’est pas subjective mais une vérité absolue indépendante des êtres et des époques. Juanalberto confesse qu’il était lui-même juste un rêve et que son désir de créer un monde lui a permis de se matérialiser. Nous sommes renvoyés à la question éternelle : qu’était Juanalberto avant d’être matérialisé ? Qui l’a créé ?

Syprisse rencontre le Maître des Maîtres.
Juanalberto Maître de l’univers tome 7 par José Roosevelt, éditions du canard.

Chacun des autres protagonistes va faire son chemin : Ian l’inventeur, spécialiste en télépathie arrive lui aussi chez Juanalberto. Limérius va découvrir avec émerveillement la musique, et Krapch et Zwyx tentent, eux, de rentrer dans la dimension du monde Evo-AI : Krapch veut y rencontrer le Régent pour faire alliance avec les Évolutifs Aléatoires. Il rencontre pour la première fois Edom Ryxopoz le Jeune, le Régent au physique de bébé. Paul Tergaiste et Hector Plasme, des Surveillants, arrivent à leur tour chez Juanalberto et Victoria. Juanalberto propose à tous les présents d’entrer en salle de Conférences. Chacun dans leur tribune, ils s’envolent et s’éloignent les uns des autres, n’arrivant pas à s’entendre. Mais Tergaiste et Plasme avertissent Juanalberto : « Elle » est de retour. Un nom qui suffit à faire peur à tous les protagonistes.

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Limérius dérive dans l’espace puis arrive sur une planète désertique où il trouve tout d’abord un arbre à livres, puis Louise Carole, jeune femme aux cheveux bleus, accro aux réseaux sociaux sur son portable. Pendant ce temps, Juanalberto et Victoria sont arrivés sur une plage entourée de palmiers. Entre mythe et théorie, la « mythéorie », il explique l’histoire de « Elle », sœur cadette de celle à l’origine de l’entropie dans l’univers. Par son action de contrebalancement, « Elle » serait à l’origine de la vie. De son côté, Syprisse est sur une planète forestière. Elle constate qu’elle a perdu ses dons magiques. Au milieu d’un lac, elle rencontre Andréa, femme ailée à sexe masculin, et découvre qu’elle en est aussi pourvue. Sur son monde, Krapch reconnaît son échec diplomatique, qui n’était en fait qu’une mission d’espionnage. Sa Maîtresse le lui rappelle : ils dominent une partie de l’univers et il est temps de prendre possession de la totalité. Son idée : proposer la démocratie, car tout peuple qui pense décider est finalement à la merci du pouvoir, car il ne pense finalement qu’à ses intérêts personnels.

Ian et Syprisse se retrouvent dans le monde de Juanalberto.
Juanalberto Maître de l’univers tome 7 par José Roosevelt, éditions du canard.

Juanalberto confie à Victoria ses origines : une apparition, un jour, sans explication. Cela angoisse Juanalberto, car il a peur que ce qui est apparu disparaisse de la même manière, or il ne pourrait plus se passer de sa compagne. Elle confie en retour qu’elle ne sait elle-même rien de son passé et que c’est aussi une question angoissante pour elle. Leur monde risque-t-il donc de disparaître ?

Dans l’avant-dernier tome publié, une explosion majeure détruit la maison de Juanalberto et blesse gravement Vi. Tous les autres protagonistes sont impactés. Un rayon lumineux détruit tout et Krapch utilise sa bague guerrière pour se transformer en robot combattant, mais se fait détruire. Ils sont tous éjectés dans l’espace. Ils vont être propulsés sur d’autres planètes, vers d’autres dimensions, dans un déluge d’images riches et complexes, à déguster comme des tableaux indépendants. Victoria se réveille de ce long cauchemar. Elle retrouve Juanalberto, Syprisse, Limérius et Ian. Juanalberto raconte qu’il a lui aussi fait un rêve étrange où il rencontrait son créateur. Ce dernier apparaît à ce moment-là...

Réunion chez Juanalberto et Victoria.
Juanalberto Maître de l’univers tome 7 par José Roosevelt, éditions du canard.

Le nouvel album du Maître de l’univers

Si le volume 6 était quasi muet, les 36 premières planches étant sans texte, ce nouveau volume est riche en dialogues et en explications. C’est l’avant-dernier tome prévu de cette série débutée en 2020. Si l’univers créé peut sembler vaste et complexe, on ne se sent jamais perdu. Le rythme de l’histoire est apaisé, les dialogues sont subtils et le scénario bien élaboré. On se laisse facilement porter dans cette histoire à la découverte presque paradoxale : un monde complètement nouveau mais facile à suivre et à appréhender. Parce que dans ces rêves, ces voyages entre dimensions, il y a une logique : les personnages agissent selon un cheminement indiscutable et on peut se mettre à leur place et comprendre que l’on agirait probablement de même dans les mêmes circonstances.

Juanalberto aux origines de tout.
Juanalberto Maître de l’univers tome 7 par José Roosevelt, éditions du canard.

On retrouve Juanalberto chez lui, dans sa maison qui s’agrandit chaque jour, en compagnie de Victoria. Mais il y a aussi ses visiteurs Limérius et Syprisse, ainsi que Zwyx et Edom, le Maître des Maîtres. Syprisse se souvient d’une visite sur Evo-AI, la planète dont Edom est le régent, et d’avoir entendu un secret. Edom s’explique sur les récents évènements : il a créé Juanalberto et l’a vu se débattre avec la mauvaise évolution de certaines populations qu’il avait créées, dont les Ethérés, devenus des guerriers en quête de pouvoir. Il a donc décidé de rompre sa solitude et de créer Victoria. Ce faisant, il a généré une chaîne de confusion entre dimensions mais aussi entre temporalités, ce qui explique certains évènements étranges comme la découverte de livres par Limérius ou sa rencontre avec Louise Carole. En continuant d’essayer de corriger ses erreurs, Edom déclenche la colère des deux déesses à l’origine de l’univers : « Elle » et « Celle que l’on ne nomme pas »...

Ce nouveau tome contient de nombreuses révélations et donne envie de tout reprendre depuis le début pour encore mieux apprécier toutes les subtilités contenues dans le texte ainsi que dans les dessins, toujours extrêmement riches. Le style graphique est toujours aussi limpide, avec de grands paysages, certaines planches à image unique mais riches en détails. Pour certaines, les cases prennent toute la largeur de la planche et montrent un effet de cinéma, la caméra tournant et s’éloignant du personnage dans un effet de travelling arrière ; le mouvement est clair, fluide, contemplatif, proche de l’animation, les regards des personnages toujours très expressifs, précis.

Les albums sont aussi des vecteurs d’hommages plus ou moins cachés. Dans beaucoup de décors, on retrouve des corps allongés, détendus ou fondus et coulants qui font penser aux peintures de Salvador Dali. Le tome 3 rend hommage à Tintin et de nombreuses références sont cachées dans le texte et les cases. Le tome 5 cite Hugo Pratt et Shakespeare. Et si l’on connaît le côté « peintre » de l’auteur, on peut aussi s’amuser à retrouver de nombreuses poires glissées dans ses dessins comme dans ses toiles.

Cet album, comme les précédents de la série, peut se lire à plusieurs niveaux : au premier niveau, c’est une saga de science-fiction, avec de multiples personnages originaux, des mondes colorés et différents, des aventures, de l’action et de l’humour. Au deuxième niveau, on peut s’arrêter sur les citations de début d’albums, les références à des livres, des écrivains, des philosophes. On peut se pencher sur les différentes réalités, les différentes dimensions spatio-temporelles de l’histoire. Au 3e niveau, et pour les connaisseurs de l’œuvre de José Roosevelt, on peut réfléchir à la personnalité et au comportement des personnages, aux références aux autres histoires (comme l’écrivaine Isabelle Dolbiac, notamment quand elle écrit un livre dont le titre contient CE, autre série de l’auteur), ainsi qu’au rappel d’autres thèmes, d’autres sujets, leur récurrence et leur évolution.

Andrea et Krapch arrivent à l’éphémère marché des merveilles.
Juanalberto Maître de l’univers tome 7 par José Roosevelt, éditions du canard.

Un auteur-philosophe, original et prolifique

José Roosevelt a lui aussi, comme Juanalberto, créé son monde avec ses règles, son style, son graphisme, ses scénarios très élaborés et surréalistes. Il se définit lui-même comme un créateur influencé par le surréalisme de Dali et le dessin de Moebius. Il est vrai que l’on retrouve des sentiments, des mouvements, des ambiances de ces deux artistes, mais José Roosevelt a su initier et consolider son propre univers, complet et original.

À l’origine peintre sur toile, J. Roosevelt commence la bande dessinée dans les années 2000, avant de s’y consacrer complètement et exclusivement dès 2015. Il va développer ce nouvel univers en imaginant énormément, créant une multitude de personnages dont les interactions sont toujours matière à réfléchir. Ses livres sont publiés aux Éditions du Canard, une maison créée par l’auteur pour s’auto-publier en toute liberté éditoriale. Un univers à découvrir à la fois pour son imagination sans limite, ses réflexions pertinentes et pour son dessin réaliste et virtuose.

Par Laurent MENUT

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Code EAN : 9782940512294
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