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Excellent
17 juin 2026
Tsutomu, alerté par un vieil ami de son père, prend des congés et revient dans sa ville natale. Son père a fait une crise de démence et, même s’ils ne se sont plus parlés depuis de nombreuses années, il décide d’aller s’occuper de lui. Il va retrouver son environnement dont il s’était éloigné le plus possible. De nombreux souvenirs ressurgissent, et pas forcément les plus agréables : un père entièrement dédié à son travail, peu présent en famille, mais très autoritaire lorsqu’il l’était. Tsutomu se remémore aussi la présence bienveillante de sa mère, disparue quand il était adolescent, douce et soumise, mais rempart indispensable face à la violence de son père.
Ayant peu parlé avec lui, il voit dans ce retour l’occasion d’initier un dialogue qui lui a toujours manqué. Mais la maladie ronge son père bien plus vite que ce qu’il pensait, et les échanges sont de plus en plus difficiles, même si quelques petites choses nouvelles arrivent à se dire.
Tsutomu reçoit ensuite la visite de sa femme, Asuka, et de sa fille, venues passer quelques jours chez son père. Cette nouvelle famille, que Shin-Chan ne connaissait pas, va l’aider à évoluer un peu, tout en douceur. La personnalité d’Azuka, volontaire et lucide, sera d’une aide précieuse pour Tsutomu, que l’on sent un peu perdu face à ce nouveau contexte de vie pas vraiment espéré.
On découvre aussi le milieu du Kutani, ces objets en céramique finement ouvragés, porteurs d’une tradition séculaire, mais utilisables au quotidien : des œuvres d’art que l’on peut garder à portée de main. On apprend beaucoup sur ces ateliers installés loin de Tokyo et sur ces artisans qui voient leur métier disparaître doucement. À l’histoire familiale vient se superposer celle de cette pratique artisanale ancestrale.
L’auteur présente les différentes étapes de fabrication et l’on est finalement rassuré de voir que des jeunes viennent de nouveau travailler dans ces ateliers, apprendre les secrets de conception de ces porcelaines, convaincus que ces pièces ont encore toute leur place dans la société japonaise contemporaine.
Avec Ama Le souffle des femmes, dessiné par Cécile Becq, Franck Manguin nous emmenait déjà dans ce Japon fait de contrastes entre tradition et modernité. On y découvrait ce travail de pêcheuses d’ormeaux en apnée, l’indépendance que cela avait apporté aux femmes du village, mais aussi la disparition programmée de cette activité hors norme.
On retrouve dans Kutani cette confrontation entre le passé et le présent, la perte de repères des Japonais d’aujourd’hui, qui souhaitent à la fois conserver leurs traditions et ne pas se sentir exclus du grand mouvement mondial vers la modernité.
Franck Manguin est un fin connaisseur du Japon après en avoir étudié la littérature et la civilisation, puis y avoir passé quelques années. Il y retourne régulièrement, une partie de sa belle-famille y résidant. Il a écrit un mémoire sur l’art traditionnel d’Okinawa et travaille encore aujourd’hui étroitement dans le milieu culturel Japonais. Pour ce livre, sa deuxième bande dessinée, il est à la fois scénariste, dessinateur et coloriste.
Le scénario montre un Japon oscillant entre tradition et modernité de manière claire, posée et particulièrement agréable à suivre. Le mélange entre vie personnelle de Tsutomu, rapports avec son père, sa femme et sa fille, traditions, et comportement face à la maladie, sont traités de manière sensible et juste. On suit avec intérêt ses hésitations et tâtonnements, cherchant avec lui ce qu’il faudrait faire pour que ce soit au mieux pour tout le monde.
Le dessin est simple, épuré mais expressif et les décors sont travaillés et réalistes. On se sent vraiment dans ces villes et maisons japonaises. La simplicité de l’atelier est clairement montrée et les détails de ce travail minutieux sont bien présentés. Une attention particulière est apportée à la finesse des céramiques. La mise en page est efficace et l’inventivité pour montrer l’entremêlement entre passé et présent est très bien vue, notamment les moments de confusion du père malade et du fils, un peu perdu. On pense notamment au moment passé ensemble à l’hôpital, où les cases prennent la forme d’une assiette brisée.
La mise en couleurs est originale : monochrome avec des contrastes forts, mais soit en bleu, pour le présent, soit en rouge, pour le passé. Un mélange des deux s’opère quand les souvenirs surgissent brusquement dans l’esprit du personnage principal de l’histoire.
Par Laurent MENUT
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