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Très bon
26 juin 2026
Lola et Amel sont amies de longue date. L’une enchaîne les déceptions sur les applications de rencontre, l’autre sort d’une séparation douloureuse. Toutes deux partagent une passion assumée pour les émissions de téléréalité sentimentale : Love is Blind, Mariés au premier regard, L’Amour est dans le pré et consorts. Elles vibrent, rient, s’indignent devant les coups de foudre fabriqués, les mariages express et les drames montés en épingle, tout en se demandant ce que cette fascination dit d’elles-mêmes et de notre société.
On pourrait a priori penser qu’il est contradictoire d’apprécier ce type de programmes tout en étant féministe. Au contraire, le regard des deux principaux personnages les considèrent comme un objet divertissant qui mérite aussi d’être analyser, permettant ainsi de concilier plaisir et regard critique. Ainsi, l’ouvrage ne condamne ni les participantes ni les spectatrices. Il montre plutôt comment ces émissions recyclent des archétypes romantiques classiques auxquels on veut croire (le grand amour, le mariage comme happy end) tout en les adaptant à l’ère des réseaux et de la performance permanente. Il interroge les injonctions contradictoires pesant surtout sur les femmes : être à la fois indépendantes, désirables (mais pas trop), naturelles et prêtes à tout pour le couple hétéronormé. Le discours est plus piquant envers les producteurs et animateurs de ces émissions, qui psychologisent à outrance le comportement des participants. Ceux-ci ont alors l’impression de ne devoir s’en vouloir qu’à eux-mêmes s’ils ne trouvent pas l’amour.
Portée par le trait rond, doux et expressif d’Anaïs Schenké, la BD alterne scènes du quotidien des deux héroïnes (séances de visionnage, discussions, rendez-vous ratés) et des séquences plus analytiques. Aziliz Kondracki, chercheuse à l’École des hautes études en sciences sociales, apporte la profondeur de ses travaux sur le sujet, sans lourdeur académique. Le résultat est une réflexion féministe sans dogmatisme : les autrices assument leurs contradictions, refusent le mépris de classe souvent réservé à ces programmes « coupables » et décortiquent avec tendresse leurs mécanismes (manipulation éditoriale, normes de genre, marchandisation des émotions, pression sur les corps et les performances amoureuses).
Par Damien BOONE
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