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Très bon
4 mars 2026
Maggy, Anghel et Iulia habitent tous les trois en colocation en Transylvanie moderne, dans ce monde où humains et vampires coexistent. En principe, leurs droits sont égaux, mais dans les faits, des rapports de forces subsistent, et les dominants restent majoritairement les vampires. Harcèlement, inégalité au travail, remarques déplacées, et pire encore, morsures...
Les morsures sont la métaphore à peine voilée des « VSS », traduisez Violences sexistes et sexuelles. Quand le jeune Anghel, qui rêve de devenir acteur, se fait mordre dans la rue par un vampire inconnu, tout un processus s’enclenche pour les trois amis. Maggy amène son ami à la pharmacie, puis Iulia au commissariat, mais ils y sont accueillis plus que froidement, et le traumatisme du jeune homme est minimisé. Pour ne rien arranger, il commence à se transformer en goule, maladie qui se révèle parfois après une morsure...
Autrice d’Eurydice, de Racines ou encore de Goupil ou Face, Lou Lubie n’en est pas à son coup d’essai quand il s’agit de dépeindre par la fiction (voire autofiction dans le cadre de Racine) de véritables problématiques sociales et structurelles de notre système. Anghel, récemment mordu, doit se battre chaque jour pour ne pas sombrer et devenir une goule, mais chaque jour est plus difficile. Maggy s’introduit au militantisme humaniste et se rend compte que les mordeurs peuvent être plus proches qu’elle ne le pense, parfois même au sein du cocon familial. Iulia, de son côté, vit une romance qu’elle cache aux deux autres et pour une bonne raison : elle sort avec une vampire !
Chacun présente des problématiques et des défis à relever différents. Du côté du dessin, Lou Lubie s’affirme avec son trait simple et lisible. La bichromie rouge et noire (tirant sur le mauve) rappelle bien sûr les tons usuels des vampires.
C’est un récit engagé, presque militant. On se régale (sans mauvais jeu de mots) d’ailleurs des nombreux traits d’esprit que l’autrice trouve pour retourner les slogans : « Me tooth, C’est bien ma veine, la cup est pleine... ». Les personnages problématiques tels que l’empereur ou Violeta Lupescu sont assez évidemment des pastiches de personnalités réelles qu’on gardera ici sous silence.
Si le récit a pour cible principale les jeunes, avec une visée à la fois pédagogique et divertissante, Lou Lubie nous propose encore une fois un album qui pourra plaire aux petits comme aux grands. À croquer à pleines dents !
Par Colin BESNIER
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Saigneurs - Par Lou Lubie - Delcourt - 22.50€ - 20.5x26.7x2.2cm - 160 pages