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Bon
18 avril 2025
Tchétchénie, mars 1998.
L’accord de Khassaviourt a été signé deux ans auparavant, mais le pays est à la veille d’un deuxième conflit qui durera de 1999 à 2009. Ceci, Katerina ne le sait pas encore, mais elle se doute probablement de l’arrivée d’un nouveau conflit lorsqu’elle remet les pieds dans ce pays qu’elle a quitté avant la première guerre.
Dans ce décor apocalyptique, il faut au moins le désir de justice d’une mère à la recherche de sa fille disparue pour trouver la volonté de continuer à avancer. Katerina a cette détermination à toute épreuve, et ne reculera devant rien pour savoir ce qu’il est advenu de sa fille, Katya.
Une errance sisyphéenne
Avec sa carapace de vêtements d’où n’émerge qu’un visage déterminé, Katerina évoque la droiture jusque dans sa silhouette monolithique. La justice, elle sait bien qu’elle ne l’obtiendra pas. Mais la vérité, elle fera tout pour s’y confronter. En ce sens, sa quête de vérité va également la mener à découvrir les deux côtés du conflit passé. Recueillie par des résistants qui en profitent pour la dépouiller, confrontée au régiment de soldats russes qui a détruit son village, Katerina voit l’envers du décor de chaque côté et y trouve autant de misère, de violence, que d’individus embrigadés qui n’ont pas toujours mauvais fond.
Sasha, un ancien voisin de son village, Malik l’adolescent vagabond, Imran le vieil estropié, Sasha un jeune soldat russe qui a tenté de protéger sa fille. Quelques belles âmes ponctuent le récit de cette sordide quête de rares et courtes bouffées d’air humanistes.
Faire face à l’innommable
L’un des éléments particulièrement dramatiques de cet événement, c’est l’attitude de Malik lorsqu’il fait ses adieux à Katerina qui rentre en Allemagne. Le cœur empli jusqu’à la lie d’une terrible colère, il se change en allégorie de cette jeune génération de Tchétchènes prise entre deux feux et qui retournera bientôt au front aux côtés des indépendantistes.
La grande tragédie, l’ironie ultime et profondément révélatrice de ce qu’est la guerre, c’est d’apprendre que Katya est morte sous les tirs des rebelles tchétchènes attaquant le convoi russe détenant son village en otage. À ce titre, Antoine Schiffers évite l’écueil d’une romantisation exagérée des forces rebelles et montre l’absurdité de la guerre pour ce qu’elle est : un conflit qui mène au fratricide. Autre détail frappant, le récit s’ouvre et s’achève avec l’arrivée et le départ de Katerina en bus, alors que c’est précisément dans un bus en flammes que sa fille a perdu la vie.
Par Anthea MARIANI
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Katya : La Guerre. Partout. Toujours. - Antoine Schiffers - éditions Casterman
Parution : 12 mars 2025
Nombre de pages : 144
Prix : 25 €