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Les Dents de la mer en BD : Les requins ont la dent dure

Par Kelian NGUYEN 25 août 2026 
Un an après un premier opus, les coulisses du tournage des Dents de la mer sont de nouveau adaptées en bande dessinée. Après Les Mâchoires de la Peur (Huginn et Mutin, gr. Media Participation), cette année, ce sont deux BD qui reviennent en profondeur sur le premier blockbuster d’Hollywood : Les Dents de l’enfer (Dargaud, gr. Media Participation) et Le Débutant (Casterman).

En 2025, Jérôme Wybon, documentariste et scénariste, a confié à Toni Cittadini la réalisation des Mâchoires de la Peur. Un album en bichromie bleue qui, pour les cinquante ans de la sortie américaine des Dents de la mer, ou Jaws en version originale, revenait sur les coulisses du tournage rocambolesque d’un des films les plus cultes du cinéma mondial. En 2026, ce sont deux albums de bande dessinée qui sortent simultanément pour célébrer les cinquante ans de la sortie du film, sur le territoire français cette fois-ci.

Bien qu’ancien, il est évident que le phénomène des coulisses de grands classiques en BD ait fait des émules depuis le succès retentissant des Guerres de Lucas. Mais les éditeurs de BD ne sont pas non plus à blâmer. Rien que sur les coulisses des Dents de la mer, il existe plusieurs dizaines de livres et une multitude de documentaires. Jérôme Wybon analysait le phénomène en ces termes l’an dernier dans nos colonnes : « Je pense qu’il y a un intérêt évident des lecteurs pour ce genre d’histoires ces dernières années. Mais il faut une histoire forte et un film iconique pour que cette tendance dure. »
Avec Les Dents de la mer, tous les ingrédients sont réunis : un film iconique, des péripéties inédites sur un plateau de tournage et LE réalisateur : Steven Spielberg. Quant au choix du format, il le justifie ainsi : « La bande dessinée permet d’incarner l’action, de l’écrire dans le temps présent et de s’attarder sur des points où, parfois, il n’existe pas d’archives. ». Cela permet ainsi de s’affranchir des contraintes liées aux documents disponibles et surtout des studios de production et des ayants droit, parfois un peu trop tatillons.

Ça rôde en librairie

Pour cette rentrée, deux nouveautés vont devoir coexister dans la baie parfois restreinte des librairies. Deux visions différentes l’une de l’autre, qui le sont tout autant que celle des Mâchoires de la Peur. D’abord, Les Dents de l’enfer par Mahi Grand chez Dargaud. Artiste protéiforme, il n’en est pas à sa première BD. Par ailleurs, Mahi Grand est aussi peintre, sculpteur et surtout scénographe pour le théâtre et le cinéma. C’est avec une bonne connaissance du 7e et du 9e art qu’il s’attaque alors à ce monument.

En adoptant quelques licences poétiques, dont un dialogue spirituel avec Hitchcock, l’auteur prend le parti d’un album incarné. Ici, Steven Spielberg est l’acteur principal et le narrateur. Avec lui, Mahi Grand fait le choix, évident, d’une construction chronologique rythmée par les anecdotes de tournage et leur lot de péripéties. Les autres membres de l’équipage du film sont traités comme des personnages, caractéristique commune avec Les Guerres de Lucas, ce qui les rend immédiatement attachants et supprime une certaine distance proche de l’écriture documentaire.

L’auteur intègre un ton léger et humoristique, notamment en dressant un portrait résigné et décontenancé de Spielberg, que n’ont pas les deux autres versions de l’histoire. Son trait semi-réaliste, rond, efficace et expressif, associé à sa palette graphique ensoleillée, aux couleurs saturées, rappelle indéniablement certaines ambiances du film et prodigue à l’album la même ambition grand public que le blockbuster de 1976.

La deuxième nouveauté sur le sujet de cette rentrée est Le Débutant d’Antoine Schiffers et Damien Maric (Casterman). Bien que le titre de l’album se concentre sur le réalisateur du film, cet album se place peut-être à la synthèse des deux précédents. Les choix scénaristiques sont ici encore très documentés, mais le ton et le regard que portent les deux auteurs sont plus distants que ceux de Mahi Grand. Spielberg est évidemment au centre de l’album et son personnage est plus développé que dans Les Mâchoires de la Peur. On le voit se battre pour son film et surtout défendre des choix artistiques, justifiés par l’exemple de ses maîtres. Cet album retrace le chemin qu’emprunte Spielberg alors âgé de seulement 27 ans.

Graphiquement, Antoine Schiffers, auteur du remarqué Katia, opte pour un trait moins poétique et abstrait. Il est ici réaliste et appliqué, tout en conservant la vie qui le caractérise.

Il est intéressant de voir les différentes versions d’une même histoire. Les artistes s’en emparent et les angles varient. Comme Jérôme Wybon l’an passé, trois nouveaux auteurs ont « imprimé la légende, comme disent les Anglo-Saxons » de l’un des films les plus importants du cinéma moderne. En s’inscrivant dans une longue tradition des secrets de tournage, les coulisses des Dents de la mer continuent donc de nourrir les auteurs. Espérons que ces trois regards parviennent à naviguer dans les eaux troubles d’un marché de la BD et que les lecteurs auront encore assez d’appétit pour retourner à l’eau.

Par Kelian NGUYEN

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782205215380

Les Dents de l’enfer - Par Mahi Grand - Ed. Dargaud

Le Débutant - Par Antoine Schiffers & Damien Maric - Ed. Casterman

Dargaud Casterman Huginn & Muninn ✍ Damien Maric ✏️ Mahi Grand ✏️ Antoine Schiffers Documentaire Cinéma France
 
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8 Messages :
  • Le succès des BD sur les coulisses de Star Wars et Lucas, vient de faire des petits. Trois albums avec le même angle scénaristique, le même type de dessins et à sortie simultanée, sur Jaws. Et l’on s’étonnera encore que le public déserte les librairies et la lecture… Elle est où la magie de la BD d’aventure qui vous sort de votre quotidien ?

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    • Répondu le 25 août à  22:19 :

      Mêmes concepts, en effet, mais des styles de dessin très différents et très inégaux en qualité. Ce n’est pas nouveau de constater que les éditeurs copient les formules qui marchent. Quant à la BD d’aventures populaire, elle n’existe plus beaucoup, sauf en Italie et au Japon (et aux USA), mais elle reviendra chez nous un jour.

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      • Répondu le 26 août à  09:55 :

        Je ne vous aucune différence de styles : les mêmes dessins pour les 3 albums, genre ruff rapide tendance BD du réel. Même dans ce domaine ils se copient entre eux.

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        • Répondu le 27 août à  06:57 :

          Tout le monde est obligé de dessiner rapidement aujourd’hui, car on est moins payés pour dessiner un roman graphique de 200 pages qu’on ne l’était pour un album de 46 planches. Cela dit, certains s’en sortent mieux que d’autres. Les deux bouquins sur Star Wars sont bien mieux fichus que ceux-ci.

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          • Répondu par Milles Sabords le 31 août à  09:31 :

            On dessine vite par souci de rentabilité, le dessin s’effondre, les éditeurs publient trop ce qui fait chuter les ventes, la surproduction alimente le pilon, le public qui déjà lit moins n’y trouve plus son compte, alors pourquoi tout le monde se lance dans des bouquins à plus de 150 pages ? Dans une telle conjoncture, c’est comme rouler une voiture les yeux bandés. Sans compter que l’IA ne va rien arranger.

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        • Répondu le 27 août à  16:03 :

          Critiquez les éditeurs mais ayez un peu d’empathie pour les auteurs qui dessinent ce qu’on leur donne à dessiner et qui sont peu rémunérés.

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          • Répondu le 28 août à  09:30 :

            Trois BD qui sortent simultanément sur le même sujet ?! Il y a vraiment quelque chose qui dysfonctionne dans le secteur de l’édition.

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            • Répondu par Gina Vanilla le 29 août à  16:10 :

              Ils essaient de se raccrocher à un grand succès au cinéma. OK, il y en a eu beaucoup, et on peut différencier les anniversaires (10 ans, 20, 25 ou 50).
              La BD sur la fabrication des Star Wars semble avoir lancé un nouveau genre en BD, où il y a beaucoup de suiveurs !

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