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Cela vous fout un coup. Clément Oubrerie, si talentueux, si jeune aussi, quelle tristesse ! C’était un baroudeur. Il n’a pas encore son diplôme de l’École supérieure d’arts graphiques (ESAG) qu’il filait aux Etats-Unis pour y bourlinguer, publiant ses premiers albums jeunesse entre la France et les USA, entrecoupés de travaux pour le dessin animé, notamment pour la série Moot-moots pour Canal+, avec Éric & Ramzy à la voix (2005) ou encore Les Zozors (2006). Plus tard, c’est l’Afrique qui le séduira.
En 2005, où il fait un virage sur l’aile en collaborant à la collection Bayou lancée par Joann Sfar chez Gallimard. C’est la magnifique série écrite par Marguerite Abouet, Aya de Yopougon qui l’inscrit au firmament de la bande dessinée de son époque. Un vrai best-seller. La série rafle le Prix du meilleur premier album au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême en 2006, se trouve adaptée au théâtre et recommandée par le ministère de l’Éducation nationale. Un dessin animé est aussitôt mis en chantier. Ce long métrage, qu’il réalise lui-même, est nominé aux César à Cannes en 2014 dans la catégorie Meilleur film d’animation. La saga se prolonge avec Akissi, une série dérivée davantage adressée à un lectorat jeunesse.
Dans la foulée, son activité pour la BD devient débordante. Clément Oubrerie adapte Zazie dans le métro de Raymond Queneau (Gallimard, 2008), entame une biographie fantaisiste de Django Reinhardt avec Joann Sfar (Gallimard, 2012), l’album Mâle Occidental Contemporain avec François Bégaudeau (Delcourt, 2013) tandis qu’il aligne, avec Stéphane Melchior au scénario, trois des six volumes du best-seller fantastique À la croisée des mondes, adapté des romans de Philip Pullman (Gallimard, de 2014 à 2021).
Sa rencontre avec Julie Birmant va être productive : quatre tomes d’une biographie de Picasso, Pablo (Dargaud, de 2012 à 2014), Il était une fois dans l’Est (Dargaud, 2015), la jeunesse d’Isadora Duncan, Isadora (Dargaud, 2017), une biographie de Salvador Dali, ou encore la série Renée Stone (3 volumes, Dargaud, 2018-2022).
Il réalise seul en 2017 deux volumes de Voltaire amoureux (Les Arènes) et dessine notamment une adaptation de À Mains nues de Leila Slimani (Les Arènes, 2020). On le voit, Clément Oubrerie « a donné » au petit monde de la bande dessinée.
À chaque fois, son dessin est rapide et juste. Depuis qu’il œuvre dans le 9e art, soit depuis vingt ans, il imprime, année après année, discrètement, sa marque. « Longtemps, longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu, chantait Charles Trenet, leurs chansons courent encore, dans les rues… » Il en est de même pour les dessins de Clément Oubrerie : ils ont une évidence qui les rend indémodables.
Par Didier PASAMONIK
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Photos : D. Pasamonik
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