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En Hollande, on retient de lui le trublion télévisuel inspiré par l’avant-garde artistique. Car Schippers est avant tout un artiste de son temps, fréquentant le groupe Fluxus – un groupe plutôt qu’un mouvement inspiré par Dada, Duchamp, la philosophie Zen et John Cage, fréquentant la galerie Amstel 47 à Amsterdam tenue par Willem de Ridder. Il fonde avec Ger van Elk et le photographe Bob Wesdorp un manifeste qui prône la « véritable inintéressance », l’absence de style et des œuvres qui n’existent que par leur caractère irréalisable, histoire de marquer son opposition l’expressionisme abstrait à la Jackson Pollock ou à la Willem De Kooning alors en vogue.
Son fait d’arme le plus célèbre a lieu à Petten en 1961 où, sous l’œil de la presse, il vida une bouteille de limonade dans la Mer du nord, soulignant lui-même le caractère « véritablement inintéressant » du happening. On lui doit aussi, dans la lignée de Dada et de Duchamp, une salle recouverte de beurre de cacahouète, un « concert » d’emballages froissés et d’autres fantaisies dadaïstes du même acabit. Dans les années 1970, il va trouver dans la télévision de la chaîne VPRO le moyen de développer cette logique de l’absurde érigée en méthode, déjouant les lois de la décence et de la réalisation, tout en accueillant des stars comme Mick Jagger comme invités.
Une incursion remarquée dans la bande dessinée
Il crée en 1972, toujours pour VPRO, le personnage de Sjef van Oekel, d’abord un personnage secondaire de son spectacle Fred Haché Show, incarné par le comédien Dolf Brouwers. Schippers en fait un vendeur de frites belge originaire du village de Reet (un nom aperçu sur une enseigne d’accessoires automobiles, mais qui signifie littéralement « raie des fesses » en néerlandais), habillé en tuxedo avec nœud pap, s’exprimant de façon ampoulée. Toutes les situations dérapent et se concluent par sa formule culte : « Ik word niet goed ! » (« Je ne me sens pas bien »).
Cette version hollandaise des blagues belges (van Oekel signifie littéralement « d’Uccle », cette banlieue de Bruxelles où sont parqués les riches, comme à Neuilly dans Paris) devient en 1976 une bande dessinée conçue par Theo van den Boogaard pour l’hebdomadaire Nieuwe Revue bientôt publié en français par les éditions Magic Strip sous le titre « Léon Van Oukel s’en tire toujours » (1980), repris ensuite dans L’Echo des Savanes sous le titre Léon la Terreur (1982).
Van Den Boogaard, d’abord inspiré par le dessin de Franquin et par l’Underground américain, procéda à cette occasion un virage graphique qui en fit une des maîtres historiques de la Ligne claire. Dans une interview qu’il accorda à Christian Missia Dio dans ActuaBD en 2013 , Van den Boogaard se souvenait de ce qui l’avait d’abord séduit dans le personnage télévisé : « Il me faisait rire car il y avait ce décalage entre l’image d’un homme d’un âge mûr et visiblement respectable mais qui se comportait avec une telle désinvolture que je trouvais l’effet vraiment marquant. »
Magic Strip prénomma le héros Léon en souvenir de Léon Zitrone. La traduction du premier album avait été réalisée par Yvan Delporte qui rendit le travail en le qualifiant de « La BD la plus conne que j’ai jamais lue ! » Toujours au micro de Christian Missia Dio, van den Boogaard précisait son mode de collaboration : « Wim T. Schippers et moi écrivions toujours les scénarios ensemble. Wim a toujours voulu travailler ainsi. Il retranscrivait devant moi chacune de nos idées en saynètes et y ajoutait les dialogues, comme s’il s’agissait d’une pièce de théâtre. »
Fini de rire
La BD était bien plus trash que son pendant télévisuel, ses auteurs se laissant aller à des sujets bien plus scabreux que ce que permettait le petit écran : allusions à la religion, à la pornographie, la scatologie, la prostitution… Ce qui n’est pas du goût de l’acteur qui l’inspira : Dolf Brouwers, qui assigna Schippers et Van den Boogaard devant les tribunaux, un procès qu’il gagne en 1991. La série s’arrête.
Cette incursion-happening de Schippers dans la bande dessinée aura néanmoins eu la vertu de marquer le 9eArt.
Par Didier PASAMONIK
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En médaillon : Photo DR