En selle Sakamichi T.9 & 10 - Par Wataru Watanabe – Éd. Kurokawa

Par Milan MORALES Très bon 2 mars 2026 
La montée en puissance de Sohoku continue. Avec les tomes 9 et 10 d’ « En selle, Sakamichi ! », on quitte les longues séances d’entraînement pour plonger au cœur de la compétition reine. Deux volumes sous haute tension, où chaque coup de pédale pèse aussi lourd que les doutes des coureurs.

Le tome 9 marque le véritable début du tournoi inter-lycées, ce grand rendez-vous national où les meilleurs cyclistes lycéens de tout l’archipel se retrouvent pour trois jours de course d’endurance en équipe.
Hakone, Kyoto Fushimi, Sohoku… les grands noms sont là, et l’ouvrage insiste d’emblée sur les retrouvailles explosives entre anciens rivaux : Kinjô face à Fukutomi, Imaizumi à nouveau confronté au dérangeant Midôsuji, et bien sûr, Sakamichi qui recroise le grimpeur céleste Sangaku Manami.
Toute la première partie s’attarde sur l’installation du décor à Hakone : ambiance de village de course, tension dans les cars, révisions de stratégies et reconnaissance du parcours. La pression psychologique monte ; chaque équipe jauge les autres en silence, tandis que Sakamichi, fidèle à lui-même, alterne naïveté radieuse et fulgurance dès qu’il s’agit de vélo.

Lorsque le départ de la première journée est donné, on bascule dans le grand récit choral qui fait le charme de la série : relais, prises de vent, cassures de peloton et micro-duels s’enchaînent.
Les anciens entraînements (les 1000 km d’Imaizumi, les progrès de Naruko, la découverte du potentiel de grimpeur de Sakamichi) trouvent soudain leur sens dans la tactique collective, et chaque personnage mesure le chemin parcouru depuis les débuts au club de Sohoku.
Le tome 9 se termine sur un sentiment d’urgence : la journée n’est qu’entamée, mais les rivalités sont déjà vives et l’on comprend que la moindre erreur se paiera cash.

Le tome 10 embraye sans temps mort sur la bataille des sprinteurs, qui ouvre la course comme un sprint lancé à froid. Le récit se focalise sur la lutte entre les cadors des différentes écoles, et notamment sur Izumida, le sprinteur hors norme de l’Académie d’Hakone, célèbre pour son obsession quasi charnelle de ses muscles et de son corps de « machine de guerre ».
En face, Naruko doit prouver qu’il n’est pas qu’un grande gueule rouge écarlate : ses qualités de rouleur-sprinteur, déjà mises en valeur sur terrain plat et vallonné, sont ici poussées dans leurs retranchements, avec le risque permanent d’exploser en voulant trop en faire.
Pendant que les sprinteurs jouent leur partition à l’avant, le reste de la journée voit se mettre en place le futur affrontement des grimpeurs, où Sakamichi et Manami sont destinés à se retrouver sur les pentes d’Hakone.

En filigrane, plusieurs chapitres reviennent sur le poids des défaites passées pour certains vétérans et sur la peur de décevoir pour les plus jeunes, ce qui donne à ces volumes une dimension plus introspective qu’il n’y paraît au premier coup d’œil.

À ce stade de la série, la mécanique narrative du manga est désormais parfaitement rodée, et ces tomes 9 et 10 le démontrent brillamment.
Le rythme trouve ici un juste milieu entre pédagogie sportive (explications sur les rouleurs, sprinteurs, grimpeurs, travail d’équipe) et pure montée d’adrénaline, sans jamais noyer le non-initié sous un jargon cycliste imbuvable.
Même si l’on ne connaît rien à la course sur route, on comprend très vite les enjeux d’une échappée, d’un relais mal pris ou d’un changement de tempo, ce qui rend chaque chapitre étonnamment lisible et addictif.

On apprécie aussi fortement cette galerie de personnages qui continue de s’épaissir sans se diluer :
–  Izumida, avec ses muscles saillants et sa théâtralité, pourrait n’être qu’un gag, mais il gagne ici en intensité au fil du duel de sprinteurs.
–  Naruko, de son côté, reste un concentré d’énergie shōnen, mais ses doutes affleurent, ce qui le rend plus humain que simplement « rigolo qui roule vite ».
–  Quant à Sakamichi, il est un peu en retrait en termes de temps de présence pure, mais sa simple perspective de confrontation avec Manami plane sur ces tomes comme une promesse de feu d’artifice.

Sur le plan graphique, on reste fasciné par la lisibilité des courses : Wataru Watanabe parvient à rendre la sensation de vitesse et de fatigue sans sacrifier la clarté des positions et des trajectoires.
Les pleines pages de sprint ou de montée, les gros plans sur les visages déformés par l’effort, ainsi que les détails des vélos et des muscles donnent à l’ensemble une tension presque physique.
On note néanmoins une tendance au bavardage intérieur typiquement shōnen – monologues, flashbacks en pleine montée – mais si l’on parvient à dépasser cette impression, cet excès peut nourrir la densité dramatique, notamment lors des passages centrés sur la culpabilité des anciens coureurs vaincus.

Enfin, ce qui revient souvent dans les retours des lecteurs, c’est le capital motivationnel de la série : ces tomes donnent envie de remonter sur un vélo, mais aussi de se dépasser dans n’importe quel domaine. L’inter-lycées fonctionne comme un grand récit initiatique où chaque personnage confronte ses limites concrètes (le corps, la fatigue, le niveau) et symboliques (la peur de perdre, le souvenir d’une défaite, l’ombre d’un rival plus fort).

Dans les tomes 9 et 10, cette dimension est particulièrement sensible, ce qui en fait une excellente porte d’entrée dans l’arc de la compétition nationale : si l’on adhère ici, il y a de fortes chances que l’on avale les volumes suivants comme une étape de montagne dans la roue de Sakamichi… (et ça tombe bien, car notre prochaine chronique sur les #11&12 arrive très vite !)

Par Milan MORALES

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Code EAN : 9791042015930

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Vous pouvez retrouver ici nos précédentes chroniques :
– le Tome 1
– le Tome 2

En selle Sakamichi Kurokawa ✏️ Wataru Watanabe à partir de 10 ans Kyoto
 
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