Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
56 ans, c’est bien jeune pour mourir. Ce n’est pas la maladie, le temps, ou un accident qui a emporté Marjane Satrapi, mais le chagrin. Un an après la mort de son époux, Mattias Ripa, décrit comme l’amour de sa vie, elle s’est éteinte à son tour. Quelque chose comme le syndrome de tako-tsubo, ou syndrome des cœurs brisés ?
Née en Iran en 1969, Marjane Satrapi vient d’une famille très proche des combats politiques. Dès sa jeunesse, Marjane développera un intérêt pour le cinéma français. Ce serait d’ailleurs à ce moment-là qu’elle découvre Catherine Deneuve, qui prêtera plus tard sa voix dans Persepolis. Elle rejoint la France en 1994. Après des études à l’école des arts décoratifs de Strasbourg, elle se lancera finalement en BD dans les années 2000.
Entre 2000 et 2003, introduite par le dessinateur David B, Marjane Satrapi publie son magnum opus, la tétralogie Persepolis, sous la bannière de L’Association. Le succès est à la fois critique et commercial pour cette autobiographie qui raconte son enfance à Téhéran sous le joug des mollahs, son exil en Autriche, et son retour en Iran. La saga est primée au Festival d’Angoulême en 2001, et s’est écoulée aujourd’hui à plus d’un million d’exemplaires, rien qu’en France. La série est devenue une vraie icône de la BD indépendante, et rares sont les titres qui ont pu l’égaler. Elle a même servi aux étudiants de l’école militaire de West Point aux Etats-Unis pour parfaire la connaissance de l’Iran auprès des élèves !
Mais Marjane Satrapi, ce n’est pas que de la BD. En 2007, elle co-réalise avec Vincent Paronnaud l’adaptation cinématographique de Persepolis en un film d’animation en noir et blanc. Un petit chef d’oeuvre qui remporte le Prix du Jury au Festival de Cannes, deux Césars (Meilleur premier film et Meilleure adaptation), et est même nominé aux Oscars en 2008 dans la catégorie « Film d’animation ».
Finalement, l’autrice prend ses distances avec le 9e art en 2004, après la sortie de Poulet aux prunes (toujours chez L’Association), pourtant sacré Fauve d’Or à Angoulême 2005. Elle se tourne alors vers le cinéma, où elle adapte précisément Poulet aux prunes, et réalise plusieurs films, dont le plus récent, Paradis Paris, est sorti en 2024. Elle se fait également une place en tant que peintre et dans le domaine des arts décoratifs, allant jusqu’à être mandatée pour réaliser une tapisserie inspirée des Jeux Olympiques à l’occasion des JO de Paris 2024.
Mais on ne pouvait pas parler de Marjane Satrapi sans évoquer ses prises de position politiques. Très engagée pour le droit des femmes, elle est le moteur en 2023 du collectif BD Femme, Vie, Liberté qu’elle scénarise, et a notamment fait les gros titres en refusant la Légion d’honneur en 2025, pointant du doigt l’hypocrisie de la France vis-à-vis de l’Iran.
Elle a notamment critiqué dans une lettre ouverte et une vidéo le fait que « des jeunes Iraniens épris de liberté, des dissidents, des artistes, se voient refuser des visas [...], vous avez les enfants des oligarques iraniens qui se baladent à Paris, comme à Saint-Tropez, sans que cela pose aucun problème. » L’autrice campe fermement sur ses valeurs, et a donc refusé la décoration, comme l’avait fait Jacques Tardi en 2013.
En ligne, les réactions sont nombreuses. Plusieurs bédéistes et artistes lui ont rendu hommage, parmi lesquels Joann Sfar, Riad Sattouf et bien d’autres. Les hommages soulignent l’énergie, les convictions, et la détermination de l’autrice.
Marjane Satrapi est ainsi une artiste qui a eu une présence assez brève mais déterminante dans le 9e art, et qui aura su, en moins de cinq ans, chambouler toute l’industrie et donner à la BD alternative ses lettres de noblesse. Une étoile filante, pleine d’espoir et de convictions dans le monde de la BD. Nos pensées et condoléances vont à sa famille et à ses proches. Nous sommes effondrés par la nouvelle.
Par Akira OIKAWA Perrine LAVOREL
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Participez à la discussion