Très bon
23 août 2025
Si l’on vous parle de Sacha Lefebvre, vous aurez certainement en tête l’illustrateur du manga québécois Les Élus Eljun et de la série de SF U-Merlin, tous deux aux côtés de Jean-François Laliberté. Avec Shinougaia, l’illustrateur se lance cependant en solo, pour une série au format occidental (grand format, sens de lecture de gauche à droite). Attention cependant : L’histoire rend très clairement hommage au manga, un format dans lequel l’illustrateur s’est de plus en plus spécialisé ces dernières années. Que vaut ce début en solo ?
Shinougaia, c’est l’histoire de Pixy Duciel, une magicienne « Shinougaia » capable d’utiliser la magie sans avoir recours au puits enchanté qui alimentait les terres de Tiadora pendant des millénaires. Lorsque le maléfique Matthias De La Ruche assassine le roi Théophile II, son propre frère, et s’empare du trône, Pixy se voit alors confier une mission : elle doit ramener l’équilibre en rouvrant le puits de magie, scellé par les forces démoniaques de Matthias. Mais Pixy, malgré une détermination et un enthousiasme indéfectibles, n’a jamais connu le monde extérieur. Aux côtés de personnages hauts en couleur, elle va alors devoir apprendre à maîtriser ses pouvoirs et... sauver le monde ! Une promenade de santé sans stress, en somme !
Ce qui marque d’abord lorsqu’on lit Shinougaia, c’est l’identité très « manga » du récit. Sacha Lefebvre intègre beaucoup d’éléments typiques des shônen à son histoire. L’héroïne Pixy, par exemple, est une protagoniste typique de ce genre d’aventures. Elle fait constamment preuve d’un optimisme débordant et d’une volonté hors du commun, couplée à une maladresse non négligeable… C’est que, comme dit un personnage au cours de l’aventure, Pixy est « aussi discrète qu’un volcan en pleine éruption ». Ça donne le ton ! Mais c’est cette soif d’aventure qui la rend également si attachante. Il est évident que, en dépit des épreuves qui se dresseront sur son chemin, Pixy se relève toujours.
Bon point : l’auteur arrive à bien intégrer des éléments « manga » sans pour autant tomber dans le piège des imitateurs serviles de cette littérature. Il aurait été facile de limiter Pixy à un rôle de simple écervelée qui frappe d’abord et pose des questions ensuite.
En réalité, la personnalité de la jeune Shinougaia s’avère bien plus profonde que cela, et on décèle déjà les pistes intéressantes de développement qui pourraient être explorées dans la suite. Même chose pour les personnages secondaires : il est évident que Pixy va s’entourer au fil de l’histoire d’alliés divers et variés (tiens, un peu comme un certain Revner du corbeau…) Ainsi en est-il de Syrirel « l’étincelle », la marionnette magique humanoïde qui suit Pixy dans ses aventures. Il aurait été facile d’en faire un R2-D2, une « kuudere » robotique sans véritable sentiment, mais Sacha Lefebvre prend le parti d’en faire, au contraire, un personnage très expressif dont les émotions sont littéralement imprévisibles. L’auteur construit ainsi tout un casting de personnages attachants et impressionnants que l’on a envie de suivre dans de nouvelles aventures. Maintenant, le défi sera de garder cet équilibre délicat entre tropes de manga et idées originales qui font vraiment la force de Shinougaia.
Côté dessin, c’est sans surprise très bien exécuté. Sacha Lefebvre venant de l’illustration avant tout, son trait s’est bien défini et structuré au cours des années. Dans un style qui rappelle par moments Les Légendaires de Patrick Sobral, les personnages ont des traits expressifs et des silhouettes bien caractérisées. Qu’il s’agisse de Pixy, de Syrirel, ou du soldat retraité Trevor, ils ont tous une présence évidente sur la page. Entre la couleur fantomatique qui anime les sortilèges de Pixy et les plans de caméra qui mettent bien les combats en avant, on ressent clairement le rythme de l’action.
Si Syrirel tient d’ordinaire un vocabulaire très soutenu, même lors de ses crises de colère, certaines phrases de Pixy, en revanche, sont très drôles et très bien amenées, notamment dans les faits qu’elle relate. L’auteur a clairement appris pendant ses vingt ans de collaboration aux côtés du scénariste Jean-François Laliberté. Mais ce décalage entre des dialogues excellents et d’autres plus maladroits a quelque chose d’artificiel. Petit problème facile à fixer.
Shinougaia, c’est donc le début ambitieux et prometteur d’une série d’Heroic Fantasy qui sera publiée en alternance avec l’autre série de l’artiste, Élus Eljun. On ignore encore quel est le nombre final de tomes prévus, mais nul doute que les aventures de Pixy Duciel vont encore nous occuper pendant un certain temps !
Par Akira OIKAWA
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