Cette fois, Rodolphe convoque le grand Victor Hugo pour une curiosité historico-littéraire où il sera question de spiritisme. Le sous-titre La Bouche d’ombre est tiré d’un poème des Contemplations : Ce que dit la bouche d’ombre.
Un titre déjà emprunté par une autre bande dessinée Bouche d’ombre (2014 - Casterman) qui évoquait lui aussi les séances de spiritisme au temps de l’exil de Victor Hugo à Jersey. On se rappelle peut-être que Rodolphe et Roman aiment flirter avec le paranormal : ils avaient déjà mis en scène le couple Curie (Pierre et Marie) dans leur album Marie et les esprits (2023 - déjà chez Anspach).
Le canevas et les personnages : en 1843, l’une des filles de Victor Hugo, Léopoldine toute jeune mariée, se noie avec son époux sur la Seine dans le naufrage de leur embarcation. Son père ne s’en est jamais remis. Son fameux poème Demain dès l’aube est d’ailleurs dédié à son enfant disparue.
Dix ans plus tard, Victor Hugo est reclus à Saint-Hélier sur l’île de Jersey, « proscrit, exilé par celui qu’il appelle Napoléon le petit » et c’est un jeune poète, grand admirateur de l’écrivain, un personnage de fiction imaginé par Rodolphe, qui va nous commenter la visite guidée.
À cette époque en plein romantisme, la mode était au spiritisme, à ce que l’on appelait les « tables tournantes ou parlantes » qui faisaient « fureur dans les salons parisiens ». Madame Delphine de Girardin a quitté son salon de l’hôtel Marbeuf à Paris et se trouve en visite sur l’île, elle aussi, et c’est elle qui embarque Victor Hugo dans ses séances de spiritisme.
« Cette mode des tables tournantes ou parlantes qui nous vient d’Amérique est dangereuse. Madame de Girardin fait non seulement tourner les tables, mais aussi les têtes ! »
Hugo est tout d’abord un peu sceptique : les spirites avaient même imaginé un code pour les réponses de l’esprit frappeur (un coup = A, ... !) et « certains utilisent d’autres procédés : des tables munies d’aiguilles et de cadrans qui indiquent les lettres ».
Jusqu’à ce qu’un beau soir, l’esprit de Léopoldine, sa fille disparue, se manifeste par le truchement du guéridon. Toc, toc, toc !
Victor Hugo est évidemment bouleversé, conquis par ces séances de spiritisme au cours desquelles il pourra converser avec « Shakespeare, Dante... et même l’océan ! » et qui vont lui inspirer d’autres écrits. Quand à la résidence de l’écrivain sur l’île : « il parait qu’elle est hantée. Une certaine Dame Blanche. Plusieurs visiteurs l’ont vue ».
Si certains propos peuvent aujourd’hui prêter à sourire, il faut bien noter que ces séances de spiritisme sont tirées des notes prises par Victor Hugo lui-même ou ses amis au cours de ces séances.
Rodolphe et Roman nous dessinent un portrait étonnant, curieux, instructif, de l’écrivain-poète, bienveillant mais sans complaisance pour « le plus grand poète de notre temps, le plus illustre de nos contemporains ! Le seul homme habitant une adresse portant son propre nom. Car c’est ainsi qu’on lui écrivait : Monsieur Victor Hugo, avenue Victor Hugo. Paris. France ».
Le dessin d’Olivier Roman est celui, c’est assez logique, déjà expérimenté dans l’album Marie et les esprits : une ligne claire minutieuse, précise, qui convient bien à cette évocation en costumes d’une époque révolue mais qui n’hésite pas à se montrer grandiose ou dramatique quand il s’agit de faire parler l’océan ou de faire apparaître les esprits frappeurs.
Par Bruno MÉNÉTRIER
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Victor Hugo - La Bouche d’ombre
Scénario de Rodolphe
Dessin de Olivier Roman
Éditeur : Anspach
48 pages – 15,50 €
Date de parution : 20 mars 2026
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