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Le Procès d’un immortel - Par Régis Penet - Ed. Pictavita

Par Christian GRANGE Excellent 19 mai 2026 
Les hommes rêvent d’éternité. Des dieux à la transhumance pour l’homme augmenté par l’intelligence artificielle, aller toujours plus haut, repousser les limites par peur ou refus de la mort. Mais renoncer à la matérialité, n’est-ce pas refuser son humanité ? Un album très visuel et un suspense qui questionne, pour cet album nécessitant une lecture attentive. Une réussite !
Le Procès d'un immortel - Par Régis Penet - Ed. Pictavita
(c) Régis Penet - Ed. Pictavita - 2026

Tu es poussière …
Au commencement était une feuille. Une feuille qui virevolte puis tombe sur une marelle. Une fillette lance une pierre, saute à cloche-pied et atteint le ciel.
Un garçon se moque. À onze ans, c’est ridicule de jouer encore à la marelle.

Les tons gris bleutés cèdent la place à des couleurs plus sombres pour l’enterrement de la fillette dont on ignore le prénom. Un cancer l’a tuée.

L’album de Régis Penet est à la première personne. Le personnage principal en est le narrateur, dont le nom restera inconnu au lecteur. D’ailleurs, on ne sait rien de la vie du héros. Seule sa quête d’immortalité le définit.

Traumatisé par cette mort, les mots que l’on prononce qui ne réconfortent pas, le froid, l’obscurité et l’immobilité d’un trou dans la terre, l’orgueilleux et maladroit amoureux ne se transforme pas en super-héros capé bien que sa famille soit riche. Nombre de comics abordent la mortalité/immortalité et piochent dans la mythologie. Le Procès d’un immortel convoque personnages historiques et mythes dans cette quête, dans ce rêve de briser la finitude de la condition humaine. Comment ne pas redevenir poussière ?

(c) Régis Penet - Ed. Pictavita -2026

« Le pari de Pascal avec les moyens de la Silicon Valley »
Si les hommes cherchent l’immortalité auprès de dieu(x), lui, devenu adulte, décide de se libérer de la matière. Depuis Platon, certains philosophes et penseurs religieux, du fond de leur(s) caverne(s), ont imaginé la séparation du monde des idées et de la physique, de l’âme et du corps.

Le récit de Régis Penet mélange l’immortalité à la sauce SF (genre Upload, série de Greg Daniels où le téléchargement de la conscience d’êtres humains leur garantit une immortalité numérique qui diffère cependant selon le niveau de richesse) et la mythologie.

Ce rêve de transhumanisme (ou cauchemar ?) pousse le personnage principal, devenu homme augmenté, à être le premier à fusionner avec une intelligence artificielle (IA).

Mais tout programme comporte une part d’inconnu. Ici, une vibration qui engendre une faille.
Les dieux l’ont-ils convoqué pour punir son orgueil de prétendre à l’immortalité, de se hisser à leur niveau ?

Après un blanc aveuglant, un miaulement le « réveille ». Est-il encore vivant ? Est-il mort ? Et qui est ce chat au sommet d’un tas de cailloux et dont la queue forme un point d’interrogation ?

Les quêtes d’immortalité font toujours l’objet d’un procès (selon la Perséphone de Penet). Hadès, le souverain des enfers sera le juge, Perséphone, son épouse, l’avocate et Minos, fils de Zeus et d’Europe et qui tenta de tromper Poséidon, le procureur.

Viendront témoigner Gilgamesh, le légendaire héros sumérien dont la déesse Ishtar tomba amoureuse ; Orphée, le malheureux amoureux d’Eurydice qui commit l’erreur, la faute de regarder en arrière avant d’être sorti des enfers ; la créature de Frankenstein, monstrueux symbole de la vanité humaine ; Blaise Pascal ; le jeune Icare qui voulut s’élever et s’approcha trop du soleil et même la reine égyptienne, Néfertiti, personnage historique dont la disparition fait encore l’objet de spéculations.

Dans ce procès, il est question de l’homme et des dieux, de comment les définir, de la mort, de l’amour et de la beauté aussi.

Ce qui est advenu est-il advenu ?
Peut-être, mais il reste bien des questions. Le chat est-il la déesse Bastet, intercesseur du divin, ou celui de Schrödinger, mort et vivant dans sa boîte ? Atteindre son but constitue-t-il toujours une victoire ou bien se leurre-t-on, s’aveugle-t-on ? À quoi sert un pont sur le Styx, le fleuve des enfers et où est donc Charon ? L’immortalité, est-ce l’absence de commencement et de fin ? Est-ce les souvenirs et les œuvres d’art qui traversent les siècles ? Les dieux ont-ils besoin des hommes et, inversement, les uns peuvent-ils exister sans les autres ?

Le Procès d’un immortel est un bel album, graphiquement réussi tant dans le dessin que dans la palette de couleurs. De question en question, le lecteur se laisse entrainer par l’histoire.
S’il existe nombre de films de procès avec un enjeu de tension tenu ou pas, l’unicité du lieu créerait une contrainte forte dans une BD. Aussi, s’échappe-t-on du huis clos pour une balade le long du Styx, des dialogues entre deux personnages ou pour des moments plus intimes entre deux des protagonistes.

(c) Régis Penet - Ed. Pictavita -2026

L’auteur Régis Penet a notamment signé la trilogie de Marie des Loups, créée en 2004 avec Frédéric L’Homme au scénario. Les Nuits écorchées, publié par Daniel Maghen, est sa première création en solo.
Il a adapté Antigone de Sophocle chez Glénat. Chez La Boîte à bulles, il a publié Beethoven le prix de la liberté et Vautrin contre Balzac aux côtés du scénariste Bruno Lecigne.
Le Procès d’un immortel s’inscrit bien dans la lignée de ses précédentes oeuvres tant au niveau de l’exigence visuelle que dans les thématiques, notamment philosophiques et mythologiques, et le choix de personnages d’exception.

Par Christian GRANGE

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Code EAN : 9782849535950
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