Bon
22 août 2025
Faire ses devoirs n’est pas toujours un réflexe évident à adopter quand l’on rentre de l’école. Il est normal après six heures de cours de ne pas vouloir prolonger immédiatement l’expérience au sein du cocon familial.
C’est le cas de Mathis, un jeune garçon bourré d’énergie et d’imagination. Un beau jour, alors qu’il s’apprête à passer le pas de sa porte, il remarque un carton qui semble laissé à l’abandon près d’une poubelle. Une envie anime instantanément Mathis : s’en servir pour construire une station spatiale. Rien que ça.
Mais à sa grande surprise, le carton est doté de bras, de jambes et même d’un visage avec de gros yeux et un nez tout rond qui vont avec. De fait, cet objet communément réservé à l’emballage et au stockage est un être magique vivant et surtout doué de parole (à n’en pas douter).
Mathis change alors ses plans et se lance dans les travaux manuels avec son nouvel et inopiné ami. D’autant que “Carton” se trouve être plein de ressources, bien qu’un peu à côté de ses pompes… ou plutôt de ses rabats.
Mais l’inévitable arrive bien vite : les parents de Mathis tombent nez à nez avec l’objet fantastique, ce qui a pour effet de les figer tels des statues. Pour sauver ses parents, Mathis et son ami vont devoir partir à la recherche d’un sorcier reclus, propriétaire initial de Carton.
Né des plumes des Allemands Patrick Wirbeleit et Uwe Heifschötter, Mathis et le carton magique constitue un sympathique petit conte contemporain. D’ailleurs, l’œuvre emprunte quelque peu aux codes des contes fantastiques, sans trop rentrer dans une case. Au-delà d’une histoire facile à lire et fluide dans un format “grand poche”, l’album aborde quelques thèmes tels que le monde débordant d’imagination des enfants et le décalage avec celui, aussi sérieux que pragmatique, des adultes.
Les parents de Mathis étant sans nul doute ancrés dans leurs responsabilités et dans le métro-boulot-dodo. De surcroît, Mathis semble être fils unique, et Carton peut alors se lire comme l’incarnation de son ami imaginaire. D’où le “bug” qui s’ensuit chez ses parents, eux-mêmes figés… un peu comme un carton. Tout ceci est efficacement imagé dans cette aventure.
Même si Mathis ne paraît pas toujours aussi proche de Carton que le suggère la couverture — affichant parfois quelques lassitudes ou préjugés — l’œuvre offre néanmoins de jolis moments de mignonnerie entre ce duo particulièrement attachant.
Le style graphique assez cartoon (et non pas carton) est porté par un trait aussi souple que tendre et des couleurs vives. Le découpage plan par plan dans un temps assez serré se rapproche des storyboards d’animation (avec un dessin évidemment plus poussé). Il est à noter que le dessinateur, Heifschötter, a officié pour des films en tant qu’animateur et concepteur de personnages.
Cette histoire le montre bien : le matériel fantastique qu’est le carton n’est pas bon qu’à faire des colis. Il est aussi propre à l’épanouissement. Pour l’enfant, de simples espaces de rangement pour jouets et peluches, le carton, à la fois souple et rigide, sert également aux travaux manuels, à la peinture. Personnellement, je m’y installais souvent à l’étroit en imaginant piloter une fusée ou conduire une voiture. Mais qui ne l’a jamais fait ?
On ressort de cette lecture avec le sourire et l’envie de voir cet univers davantage approfondi. Si l’album, paru récemment en France, ne suggère pas de suite, un deuxième opus est d’ores et déjà disponible aux éditions Sarbacane. Trois autres devraient, quant à eux, être traduits prochainement.
Par Rémi BARNAULT
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La première aventure de Mathis et le carton magique est disponible aux éditions Sarbacane pour 13,50 €.
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