Favori de la rédaction
25 juillet 2025
Né sous le crayon de Carlos Sánchez, Les Mille visages, premier tome de la trilogie Runes, est sorti en mars de cette année aux éditions Casterman. Prévue en trois tomes, cette série invite le lecteur à suivre les aventures de Daï et Chiri, deux orphelins qui se retrouvent par hasard dans le monde fantastique de Pudding. Transportés par des ruines magiques, les deux amis vont devoir se battre contre le mystérieux roi des ombres, entité maléfique cherchant à dominer le monde en libérant une magie sauvage très ancienne. Aux côtés de personnages hauts en couleur tels que la sorcière Sophie, le guerrier Oko, ou encore l’excentrique archéologue Yayo, ils vont devoir se battre pour triompher du roi des ombres.
Premier point intéressant du livre : l’héroïne Chiri est sourde et s’exprime principalement en langue des signes. Pour représenter ce langage, Carlos Sánchez utilise des flèches sur les mains des personnages pour illustrer les signes. De plus, comme le précise l’avant-propos du livre, les bulles de dialogue colorées sont parlées en langue des signes. Un moyen très ingénieux de représenter la langue des signes, sans ralentir le récit par des explications.
De plus, l’auteur intègre intelligemment le langage des signes au récit. En effet, les sorciers du monde de Pudding utilisent des gestes de la main pour lancer des sorts et des incantations magiques. Il est donc logique que Chiri puisse utiliser avec aisance la magie, ayant naturellement l’habitude de parler avec les mains. Un excellent exemple de représentation du handicap, qui se mélange très naturellement à l’histoire.
Mais ceux qui portent toute l’histoire, ce sont les personnages attachants créés par Sánchez. Les protagonistes Daï et Chiri ont des traits de personnalité bien définis qui les rendent tout de suite identifiables. Par exemple, Chiri a constamment faim et plaisante beaucoup sur son appétit. Dans un monde qui s’appelle Pudding, et où leur première étape s’appelle Gaufreville, autant dire qu’elle est servie ! Daï, quant à lui, agit comme la voix de la raison, plus peureux et plus rationnel. Son symbole à lui est l’appareil photo dont il se sert pour documenter le périple, un moyen pour l’auteur d’intégrer des photos (dessinées) au récit pour donner l’impression d’un carnet de voyage. Mais les personnages secondaires ne sont pas en reste ! Sophie, la sorcière, Oko, le grand gaillard, et l’archéologue Yayo sont tous mémorables à leur façon, et ont chacun un passé qui va les rattraper tout au long de la série. Heureusement pour nous, ce premier tome fait bien son travail et propose une histoire complète, autosuffisante, et ne force pas le lecteur à attendre les prochains volumes.
Côté graphique, Sánchez utilise un style très facilement reconnaissable aux couleurs pastel, qui ne sont pas sans rappeler Holly Molly, également sorti plus tôt cette année. Les décors sont très détaillés, dissimulant des éléments au sein même des paysages. Sans trop en révéler, nous recommandons au lecteur curieux de compter les posters « disparu » placardés un peu partout dans la forêt… Le tout baigne dans une atmosphère onirique aux tons violets et roses qui donne une touche caractéristique au livre. Un très beau style graphique qui attire le regard. C’est d’ailleurs cette patte graphique qui a attiré l’œil de votre serviteur en premier lieu. N’oublions pas cependant les nombreuses scènes d’action, qui sont d’un dynamisme impressionnant !
Pour conclure, ce premier tome de Runes propose une histoire onirique aux personnages attachants. À destination de la jeunesse, il ne cherche pas pour autant à tout rendre mignon et inoffensif, et aborde parfois des thèmes profonds comme la solitude. Très original par son intégration de la langue des signes dans les dialogues et par son style graphique, il a su nous séduire. On attend la suite !
Par Akira OIKAWA
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Runes, T.1, Les Mille visages, par Carlos Sánchez, éditions Casterman, sorti le 19 mars 2025.
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