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Très bon
16 mai 2026
Dans une existence terne et répétitive, Kim Dokja n’a qu’une véritable échappatoire : la lecture. Employé sans histoire, presque invisible dans le tumulte du quotidien, il trouve son unique plaisir dans un webroman-fleuve, Les Trois Façons de survivre dans un monde en ruine. Une œuvre interminable (3149 chapitres !), ignorée de tous, dont il est pourtant le seul lecteur fidèle — le seul à en avoir parcouru les milliers de chapitres jusqu’à leur conclusion. Mais au moment-même où il en découvre la fin, la fiction bascule dans la réalité.
Le monde s’effondre soudainement selon des modalités étrangement familières. Des créatures surgissent, des règles nouvelles s’imposent, et l’humanité se retrouve contrainte de participer à des « scénarios » mortels, semblables à des quêtes de jeu vidéo. Survivre devient un objectif, progresser une nécessité, et chaque instant se transforme en épreuve. Très vite, une structure invisible mais implacable se met en place : une interface, des statistiques, des missions… comme si le réel lui-même avait été reprogrammé.
Un monde devenu scénario
Dans ce chaos organisé, Kim Dokja possède un avantage unique — et vertigineux. Il sait. Il est le seul à connaître l’histoire telle qu’elle doit se dérouler, le seul à anticiper les événements, les dangers, les retournements. Là où les autres subissent, lui peut prévoir. Mais cette connaissance, loin d’être une garantie de survie, devient un fardeau autant qu’une arme. Car savoir ce qui arrive ne signifie pas forcément pouvoir le changer.
Très vite, Dokja comprend que le monde obéit à des lois qui dépassent la simple logique du jeu. Des entités mystérieuses, appelées « constellations », observent les humains comme des spectateurs, commentent leurs actions, les soutiennent ou les manipulent, à la manière d’un public invisible fasciné par leur lutte. Chaque individu devient une « incarnation », un acteur pris dans une mise en scène cosmique où survivre signifie aussi divertir.
Autour de ce système gravite un univers dense et complexe : le Star Stream, les scénarios successifs, les sponsors, les créatures surnaturelles comme les dokkaebis… Autant d’éléments qui structurent un monde dont les règles ne cessent de se dévoiler, lentement, fragment par fragment. Rien n’est jamais totalement expliqué, et chaque réponse ouvre de nouvelles zones d’ombre.
Au centre de ce labyrinthe narratif, Kim Dokja avance avec prudence et lucidité. Il n’est ni le plus fort ni le plus héroïque, mais il est peut-être le plus conscient. Sa force réside dans sa compréhension du récit lui-même, dans sa capacité à naviguer entre ce qui est écrit et ce qui peut encore être infléchi. Peu à peu, il cesse d’être un simple lecteur pour devenir un acteur à part entière — voire quelque chose de plus ambigu : un homme qui tente de s’approprier une histoire qui ne lui appartenait pas.
Apparition du héros du roman
Lors d’un affrontement sur un pont dévasté par un serpent de mer, Dokja se retrouve acculé face à une horde de démons-humains. Alors que tout semble perdu, le héros du roman, Yu Junghyeok, fait enfin son apparition. Persuadé d’être sauvé, Dokja déchante rapidement : leur rencontre tourne au cauchemar. Loin d’être un allié rassurant, Junghyeok se révèle imprévisible, froid, et potentiellement plus dangereux que les monstres eux-mêmes. Une question s’impose alors : et si le véritable danger de cette histoire n’était pas le monde en ruine… mais son héros ?
Lecteur Omniscient, scénarisé par Umi (Redice Studio)et dessiné par Sleepy-C, déploie ainsi un récit à la fois spectaculaire et réflexif, où l’action se double d’une mise en abyme constante. Le lecteur suit un personnage qui, lui-même, a été lecteur, dans un monde devenu fiction vivante sous le regard d’autres spectateurs. Cette construction vertigineuse nourrit une intrigue où chaque élément — du système de jeu aux entités cosmiques — participe à un ensemble cohérent, dense et en perpétuelle expansion.
À mesure que l’histoire progresse, une question s’impose : que devient un monde lorsque quelqu’un en connaît déjà la fin ? Et surtout, que devient celui qui refuse de s’y soumettre ? Entre survie, stratégie et exploration d’un univers aux règles mouvantes, ce second tome pose les bases d’une fresque ambitieuse, où la connaissance est à la fois un pouvoir et une malédiction, et où lire ne suffit plus — il faut désormais écrire sa propre place dans le récit. Pourra-t-il l’écrire avec le héros du roman, Yu Junghyeok, à ses côtés ?
Par Jessy LEMESLE
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Lecteur omnscient T.2, Umi (Redice Studio) et Sleepy-C , Editions Pika, 14,95 €