Bon
6 février 2026
Calcutta, 1756. Le nawab du Bengale reçoit des émissaires français et britanniques, officiellement pour traiter d’affaires commerciales. Officieusement, personne n’est dupe : une guerre se prépare.
Un homme en retrait observe la scène, le visage dissimulé sous un masque de métal et une perruque de boucles brunes. Il s’agit d’Aymond de Terre-Noire. On murmure que ce dernier est obligé de revêtir cet accoutrement pour se protéger des allergies qu’il aurait contractées à force d’étudier les plantes. L’homme est présenté comme un scientifique. En réalité, il s’agit d’un alchimiste, dont les expérimentations versent davantage dans les sciences occultes que dans l’observation innocente de quelques pétales.
Si Terre-Noire porte un masque et d’épais vêtements malgré le climat indien, c’est pour dissimuler le caractère invisible de son corps, conséquence d’une expérience qui a mal tourné. Il n’aurait jamais dû tester ce breuvage préparé d’après les écrits d’un vieux grimoire.
Transparent aux yeux du monde comme de lui-même, le voilà condamné à dissimuler sa nature et à jouer les espions pour le compte du roi. Il devra bientôt faire équipe avec le chevalier d’Éon et Aglaïa Demetrova, une redoutable espionne russe, pour contrer les plans de la Grande-Bretagne et de la Prusse...
Partant d’un postulat original, Invisible vire rapidement à une intrigue d’espionnage plus convenue qui plaira aux amateurs du scénariste du Scorpion : de l’action, du suspense et de la romance « sensuelle ».
Desberg s’est attaché à développer la psychologie d’un héros partagé entre le désir de retrouver son apparence réelle et celui de profiter des avantages offerts par sa condition invisible. Il y a de très belles trouvailles, comme cette séquence à l’ambiance ineffable où Terre-Noire marche sous la pluie, dont le ruissellement anormal laisse deviner sa présence aux yeux d’une passante. On est cependant moins à l’aise quand, à la fin de l’album, l’homme se sert de son pouvoir pour se muer en voyeur et avoir une relation avec une femme dont le consentement est recueilli... disons... de justesse. Si l’action est légitime pour le scénario, son traitement n’en demeure pas moins assez complaisant...
Du côté du dessin, le découpage de Reculé installe une narration dynamique efficace, réhaussée d’une mise en couleur vive et contrastée signée Céline Labriet. En ressort un album consistant de 112 pages, loin de l’inconsistance matérielle de son personnage...
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Invisible T.1 - Par Stephen Desberg et Henri Reculé - Ed. Glénat