Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Très bon
11 juin 2026
Son nom est Suzanne, « juste Suzanne ». Hier encore, elle commandait une bande de cambrioleurs parisiens. Mais un affrontement avec les forces de l’ordre l’a conduite à changer de camp et à entrer au cabinet des services secrets de Sa Majesté. Désormais intégrée au Secret du Roi, elle forme avec Max, Jeannot et Makwa une équipe hétéroclite placée sous la houlette d’un pouvoir discret, mais bien réel, dans une Europe secouée par la guerre de Sept Ans.
Le point de départ du récit est simple et efficace : un complot d’envergure menace de faire vaciller l’ensemble des monarchies européennes, et les premiers agents secrets de l’Histoire doivent agir vite. La mission prend alors des allures de grande traversée, puisque l’intrigue s’étend jusqu’en Inde, terrain de rivalités coloniales et d’intrigues diplomatiques où l’« opération Déluge » se déploie comme une menace aussi secrète que potentiellement dévastatrice. Le récit combine ainsi espionnage, action et rebondissements dans un cadre historique solidement documenté, sans jamais renoncer au plaisir du feuilleton.
Une suite plus dense, entre pastiche et véritable aventure
Par rapport au premier tome, Opération Déluge approfondit les relations entre les personnages et installe davantage de tensions au sein du groupe. Là où Bons baisers de Prusse posait avant tout les bases d’un collectif déjà attachant, cette suite élargit les enjeux émotionnels et dramatiques. Les alliances, les désaccords et les fidélités fragiles gagnent ainsi en épaisseur. Le scénario joue toujours de ses influences assumées — de James Bond à Mission : Impossible, en passant par l’élan du Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne —, mais il ne se contente pas de la citation ludique : il cherche également à proposer une véritable aventure franco-belge, portée par le rythme, le panache et le goût du rebondissement.
Cette ambition doit beaucoup au travail conjoint de Mr Istolainen, alias Mikko, et de Benjamin Jurdic. Le premier, passé par le thriller historique puis par le dessin humoristique, apporte au récit son sens des dialogues vifs et des situations à la fois sérieuses et malicieuses. Le second insuffle à l’ensemble son énergie visuelle, son goût du mouvement et ses décors généreux, sublimés par les couleurs de Maxime Teppe. Le résultat dépasse le simple exercice de style pour s’inscrire dans une tradition d’aventure à la française où l’exactitude historique sert de tremplin au romanesque plutôt que de frein.
L’album s’appuie également sur des figures et des repères historiques qui renforcent son ancrage dans le réel. Le Secret du Roi a bien existé : fondé en 1746 par Louis XV comme un réseau diplomatique parallèle, il compta dans ses rangs des personnalités telles que Beaumarchais ou le chevalier d’Éon. Cette institution secrète, parfois présentée comme un lointain ancêtre de la DGSE, fournit au récit une matière historique suffisamment riche pour nourrir le fantasme de l’espionnage sans jamais le déconnecter de l’Histoire. Dans ce contexte, Opération Déluge apparaît comme un second volume plus ambitieux, mieux structuré et plus aventureux encore, capable de séduire autant par son humour que par son sens du suspense.
Par Jessy LEMESLE
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Le Secret du Roi T.2 - Opération déluge - Par Mr Istolainen et Benjamin Jurdic, Editions Le Lombard, 15,45 €