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Pourquoi Bichette ! confirme qu’Émilie Gleason est une voix à part de la BD contemporaine

Par Christian MISSIA Dio Très bon 15 juillet 2026 
Révélée en 2019 avec Ted, drôle de coco !, Émilie Gleason n’a cessé depuis d’explorer de nouvelles formes narratives, de l’autobiographie au documentaire en passant par la fiction. Avec Bichette !, l’autrice belgo-mexicaine signe un roman graphique aussi drôle que troublant sur les mécanismes de l’emprise, tout en confirmant la remarquable cohérence d’une œuvre qui conjugue humour, empathie et introspection.

Révélation du Festival d’Angoulême en 2019 avec Ted, drôle de coco, Émilie Gleason s’est imposée en quelques années comme l’une des voix les plus singulières de la bande dessinée francophone. De l’autobiographie (Ted, drôle de coco, Les Gugusses en vacances) au documentaire (Junk Food), en passant par la biographie (J’perds pas la boule), les récits jeunesse, l’autrice belgo-mexicaine refuse de s’enfermer dans un registre unique. Pourtant, derrière cette apparente diversité se dessine une remarquable cohérence : un dessin d’une expressivité débordante, un humour absurde hérité autant des cartoons que de l’underground américain, et surtout une volonté constante de comprendre les êtres humains dans toute leur complexité.

Avec Bichette !, inspiré d’une collaboration professionnelle qui a profondément marqué l’autrice, le récit prend pourtant soin d’éviter le piège de l’autobiographie confessionnelle. Au lieu de retranscrire fidèlement les faits, Émilie Gleason transpose cette expérience dans l’univers d’un parc municipal, où Gui, jardinier aussi fainéant que grande gueule, voit débarquer Xóchitl, une jeune femme enthousiaste qu’il rebaptise aussitôt « Bichette ». Entre eux naît une relation ambiguë qui dépasse rapidement le simple compagnonnage. Sans jamais verser dans la romance, leur complicité glisse progressivement vers une forme de dépendance mutuelle dont aucun des deux ne semble réellement maîtriser les contours.

Pourquoi <i>Bichette !</i> confirme qu'Émilie Gleason est une voix à part de la BD contemporaine
Bichette !
Émilie Gleason © éditions Casterman

C’est précisément là que réside l’intelligence du scénario. Là où nombre de récits sur l’emprise opposent un manipulateur tout-puissant à une victime impuissante, Gleason refuse toute lecture binaire. Comme elle l’explique, Bichette ! raconte avant tout une relation entre « un opportuniste et une addict ». Gui profite de Bichette, mais devient lui aussi dépendant de sa présence. Bichette recherche désespérément la validation de Gui, jusqu’à s’oublier elle-même. L’autrice préfère ainsi parler de codépendance plutôt que d’emprise, une nuance qui donne à son récit une profondeur psychologique rarement atteinte sur ce sujet.

Cette ambiguïté irrigue l’ensemble de l’album. Les premières pages prennent les allures d’une sitcom déjantée où les répliques fusent, les personnages secondaires rivalisent d’excentricité et les situations absurdes s’enchaînent avec un sens du timing comique remarquable. Le lecteur se surprend à rire des combines de Gui, de sa mauvaise foi permanente ou encore de l’enthousiasme débordant de Bichette. Puis, presque imperceptiblement, quelque chose se dérègle. Sans jamais modifier radicalement son ton, Gleason installe un malaise grandissant. Comme dans les mécanismes de l’emprise qu’elle décrit, la bascule est progressive, insidieuse, jusqu’à conduire le lecteur à reconsidérer tout ce qu’il croyait avoir compris.

Cette évolution tient autant à l’écriture qu’au dessin. Plus que jamais, Émilie Gleason démontre combien son trait constitue un véritable langage narratif. Héritière revendiquée de l’animation américaine, des cartoons et d’auteurs aussi différents qu’Édika ou Alejandro Jodorowsky, elle privilégie les expressions outrancières, les déformations des corps et une gestuelle constamment en mouvement. Loin de rechercher le réalisme, elle construit un univers où chaque attitude traduit un état émotionnel. Le parc municipal devient lui-même un personnage à part entière, à la fois espace public foisonnant et territoire mental où s’enracinent peu à peu les mécanismes de la dépendance.

Bichette !
Émilie Gleason © éditions Casterman

À travers Bichette !, Émilie Gleason poursuit également une démarche déjà perceptible dans ses précédents albums : utiliser la BD comme un outil de compréhension plutôt que comme un tribunal. Ted, drôle de coco cherchait à mieux appréhender le quotidien de son frère autiste ; Les Gugusses en vacances revisitait les relations familiales avec une étonnante bienveillance ; Bichette ! explore à son tour une blessure intime, mais sans jamais céder au règlement de comptes. Au contraire, l’autrice prend le temps de comprendre les deux protagonistes, leurs failles, leurs contradictions et les raisons qui les conduisent à s’enfermer dans une relation toxique. Cette empathie constante constitue probablement le véritable fil rouge de son œuvre.

On pourrait croire que Bichette ! marque une rupture dans sa bibliographie tant le sujet paraît plus sombre. Il n’en est rien. L’album prolonge au contraire une réflexion entamée depuis ses débuts : comment parler de sujets douloureux sans renoncer au rire ? Comment transformer une expérience intime en récit universel ? Comment faire cohabiter humour, tendresse et gravité sans que l’un ne prenne le pas sur l’autre ? En trouvant un équilibre remarquable entre ces différents registres, Émilie Gleason livre un roman graphique d’une grande maturité, aussi drôle que dérangeant, qui confirme sa place parmi les autrices les plus inventives de sa génération.

Bichette !
Émilie Gleason © éditions Casterman

Par Christian MISSIA Dio

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Code EAN : 9782203283794

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Bichette ! - Émilie Gleason – éditions Casterman. Album paru le 1er avril 2026. 192 pages, format 18.7 x 25.9 cm, 24,00 euros.

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7 Messages :
  • Nul. Dessin affreux. Ras le bol de l’apologie de ces BD mal dessinées. Frank Pé doit se retourner dans sa tombe.

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    • Répondu par Laurent Colonnier le 16 juillet à  12:47 :

      Mais quelle remarque de vieux con...

      (et l’inélégance de faire appel à un mort ! Frank était bien plus ouvert sur le travail de ses collègues que vous ne l’êtes)

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      • Répondu le 16 juillet à  16:58 :

        Lorsque Tex Avery rencontre les Simpsons, ça donne Émilie Gleason. Tout y est en plastique, en toc, des personnages aux couleurs, en passant par la narration et les décors. Typiquement le genre de BD qui mérite une publication en magazine (s’il en existait encore (sic)), mais l’exercice de l’album ne fonctionne pas. Et après on s’étonnera des mauvais chiffres de ventes de la BD…

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        • Répondu le 18 juillet à  20:24 :

          J’adore les avis péremptoires des quidams qui prennent leurs goûts personnels pour des vérités avérées. Emily Gleason est une artiste plus que légitime, et si ça ne vous plaît pas, allez lire les BD que vous aimez sans venir vomir ici.

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          • Répondu le 19 juillet à  07:33 :

            Ce sont peut-être vos goûts en matière de dessin qui sont à vomir…

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            • Répondu le 19 juillet à  21:14 :

              Ce qui vous fait vomir me fait peut-être plaisir, souffrez qu’on puisse avoir des goûts différents des autres et que vous ne détenez pas la vérité.

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              • Répondu le 22 juillet à  13:26 :

                C’est surtout qu’on a le droit d’être ouvert d’esprit et d’aimer des choses variées. En 2018, j’ai visité à Vienne en Autriche l’exposition du centenaire de la mort de Gustav Klimt et de Egon Schiele. Dans le pavillon consacré à Klimt, on pouvait à peine accéder aux toiles et aux dessins tant l’affluence était grande. Dans celui consacré à Schiele, il n’y avait presque personne. Il s’agit pourtant de deux immenses génies, qui s’admiraient mutuellement, et je serai bien incapable de les départager.

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