La Dernière Nuit de Mussolini - Par Chapuzet et Girard - Glénat

Par Romain BLANDRE Pas mal 29 mars 2025 
« La violence peut être nécessaire, même sacrée ». C’est par cette citation de Mussolini que débute ce roman graphique. La représentation de cette violence dans la bande dessinée doit-elle occuper la même place que dans l’univers mental des fascistes ? On peut se poser la question à l’issue de cette lecture ?

L’ouvrage débute en avril 1945, au bord du lac de Côme où Mussolini s’est réfugié après avoir été chassé du pouvoir. Il se planque temporairement ici avant que ses amis nazis ne l’escortent dans le but de fuir le pays après l’échec de la République de Salo.

Son désir : passer en Suisse, espérant pouvoir bénéficier de la neutralité du pays pour peut-être y poursuivre son existence avec sa maitresse. C’est cette dernière nuit, celle du 27 au 28 avril 1945, qui est racontée presque heure par heure par les deux auteurs. Chaque parole du Duce, chacun de ses souvenirs sont l’occasion de revenir sur la carrière de celui qui a marché sur Rome, s’est allié à Hitler et a plongé l’Europe dans la plus grande des tragédies.

On nous décrit une enfance et une adolescence passées dans un milieu populaire et viriliste dans lequel le chef de famille, socialiste convaincu, ne lésine pas sur les coups pour éduquer son rejeton. Plus âgé, Benito, devenu étudiant, fait régulièrement le coup de poing, engagé dans les jeunesses révolutionnaires d’où il est exclu à cause de ses sentiments guerriers et militaires à l’orée de la Première Guerre mondiale.

Dès lors, tout bascule. La guerre, les violences vécues et prodiguées et le sentiment de s’être fait trahir poussent le futur dictateur dans l’extrémisme inverse. Liant l’ultra-nationalisme aux idées révolutionnaires, il donne naissance au mouvement fasciste qui ne fait que croitre jusqu’à sa prise du pouvoir en 1922.

L’historien Jean-Charles Mazuret et le dessinateur Christophe Girard dépeignent un Benito Mussolini violent, mégalomane et obsédé par le sexe et le projet totalitaire fasciste. Les grands épisodes qui ont marqué le règne du Duce sont exposé dans un flashback constant entre le récit de son arrestation par les partisans italiens et sa dernière nuit et l’histoire de l’Italie fasciste. De l’assassinat du député Matteoti, à l’exécution et au lynchage du couple Mussolini-Petacci, tout y passe à grands coups de viols, dégorgement et d’autres scènes ultra-violentes, crues et particulièrement explicites.

L’excellente scène qui montre le guet-apens tendu à Pasolini en 1975, épisode de la bande dessinée visant à montrer les résurgences à long terme du fascisme en Italie, est conclue, elle-aussi par la représentation sans filtre d’un massacre.

Force est alors de se questionner sur les objectifs, la nécessité et l’efficacité de mettre en images de telles horreurs. La suggestion n’est-elle pas plus forte qu’un dessin sidérant et choquant de corps mutilés pour faire passer un message ? Le débat est ouvert. En tout cas, les choix adoptés ici par les deux auteurs les privent d’une grande partie du lectorat de la bande dessinée actuelle : les jeunes. Et c’est bien dommage car cette histoire, dans le contexte européen actuel, aurait bien besoin d’être connue du plus large public.

Par Romain BLANDRE

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Code EAN : 9782344056158
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