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Favori de la rédaction
20 septembre 2024
Chez les indiens Mapuche en Argentine,, le Walicho est une créature personnifiant tous les maux et les malheurs. En créole et en espagnol, il est le Mandinga, le diable du petit peuple, un Satan syncrétique arborant des signes et des vérités aussi cachées qu’ambiguës.
Notre histoire ne commence pas dans la nuit des temps avant l’avènement de la chrétienté, mais au contraire, à une date bien précise : 1740, année de l’arrivée sur le continent américain de trois femmes mystérieuses et d’un bouc sournois, qu’aucune autorité ne semblait régenter.
Installées dans une grande demeure en province, les siècles passent sans que personne n’ose pénétrer dans leur domaine. Les rumeurs et les disparitions mystérieuses qui s’accumulent à proximité de cet endroit, constituent le corpus de l’album, à travers neuf récits mêlant horreur, comédie, animisme et sorcellerie.
Ce trio qui traverse les époques sans vieillir, grâce à des pouvoirs surnaturels, et de leur famille d’enfants adoptés se révèle à travers des histoires où les trois sorcières laissent une empreinte profonde sur la vie de nombreuses personnes, parfois de manière directe, parfois plus subtile.
Pour les lecteurs amateurs d’originalité graphique, Walicho sera certainement une découverte agréable. Le graphisme très personnel de l’autrice allie son goût pour les couleurs pures à des formes simples, rondes et accentuées par la disproportion des anatomies. Ce « boterisme en BD » [1], lui permet aussi d’apporter une touche naïve aux tribulations de ses personnages et contrebalancer le caractère excessif de certaines scènes.
Jouant sur la dimension émotive et symbolique des couleurs, il nous est de ce fait constamment rappelé que nous ne sommes pas dans le monde réel, mais plutôt dans une sorte de grande fable populaire, ou de « pataquín », comme on préfère l’appeler dans la tradition afrolatine. Des récits chargés de sens cachés que le lecteur doit découvrir, voir même traquer, au fil de compositions dynamiques qui se prêtent bien au jeu de cache-cache, en vérité…
Si dans Naphtaline Otero nous avait fait découvrir l’histoire de son pays au travers d’une famille, ici nous suivons celle de personnes, surtout de femmes, dans les marges du grand récit national, créant ainsi une sorte de portrait fragmentaire d’une petite ville, dans un mélange subtil de cultures indigènes, de mythes urbains et de confidences indiscrètes. Un monde à part en somme. Du Réalisme merveilleux gone dark diront certains...
Un monde où les hommes, avec leurs curés, leurs soldats et leur virilisme (les trois "institutions sacrées" ayant fondé l’Argentine d’après les anciens manuels scolaires) sont des créatures volubiles, facilement bernées par leur orgueil ou leur libido, ridiculisés ou transformés en zombis sexuels au service des magiciennes.
Ce récit des antipodes est celui d’un syncrétisme populaire, où se retrouvent en cachette (et à minuit) les héritages niés de deux mondes : le païen de l’Europe et celui des peuples originaires du continent. Mais loin de l’idéaliser, ou de jouer de son exotisme : nous les voyons se rencontrer et parfois s’affronter dans cette fresque historique.
Contrairement aux récits folkloriques impliquant des fées et des sorcières, Sole Otero veut nous confronter à un récit réaliste, complexe et incertain, en dehors du cadre binaire de la morale chrétienne et des happy endings moralisateurs.
Si les catégories de héros et de vilains ont du mal à entrer dans ces histoires, le réalisme des situations, ne reste pas pour le moins touchant. En particulier, lorsqu’elles abordent la condition féminine et les nombreuses injustices infligées au fil des siècles aux autochtones. L’empathie pour ces personnages survient dès les premières planches, où l’autrice nous propose, parfois avec une pointe d’humour, des personnages résolus, tentant avec leurs forces et leurs limites, de prendre en mains leur vie.
Par Jorge SANCHEZ
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Walicho - Par Sole Otero, traduction par Anne Plantagenet. Éditions çà et là. 376 pages - 28€.
– La chronique "Angoulême 2022 : féminisme au poing" par Didier Pasamonik
– Sole Otera fait partie des invités de [Formula Bula qui démarre aujourd’hui à Paris.’>https://www.actuabd.com/La-12eme-edition-de-Formula-Bula-demandez-le-programme]
[1] Artiste colombien connu pour ses personnages ronds et voluptueux.