Bon
27 janvier 2025
1910, tribunal de St Alban, Vermont, Etats-Unis. Mme Lilian Miner obtient l’autorisation de reconstruire un hôtel dans la zone frontalière avec le Canada. L’hôtel en question porte toutefois un nom particulier : Le « palace of sin ». Raison pour laquelle le shérif américain Gross s’insurge qu’ « une femme de la ville vienne faire la traite des banches dans (son) comté » ; tandis que le douanier Fyles rappelle que « l’indécence morale est aussi un crime au Canada. » (page 12)
Si l’album ne dit pas pourquoi « the Madam » a dû quitter Boston et est devenu Queen Lil, il nous raconte cette période historique qui vit des groupes de tempérance. Ces derniers exigent l’interdiction de l’alcool aux Etats-Unis et, pendant la prohibition (1920-1933), les trafics intenses et lucratifs par trains et voitures qui en découlèrent : alcool bien sûr, mais aussi, opium, cannabis, armes, …
Lorsque Queen Lil dit à son personnel, « mes enfants, nous devons prendre soin de ces dames… autant que de leurs maris ! » (page 17), elle exprime avec lucidité l’état de la société, en ce début du 20e siècle, plus favorable à une moitié de l’humanité qu’à l’autre. Les femmes qui manifestent contre l’alcool réclament aussi le droit de vote. Raison pour laquelle la tenancière du Palace of sin fait des dons généreux à leur mouvement.
Avec les lois américaines qui interdisent la fabrication et la vente d’alcool, ainsi que la traite des blanches et des mineures, les villages frontaliers ont connu une expansion économique considérable basée sur le tourisme sexuel, le jeu et l’alcool pour une clientèle masculine.
Basé sur des faits historiques, la BD bénéficie d’un dossier documentaire de Laurent Busseau. Cet aspect historique constitue le point fort de cette BD.
Lilian Miner est un femme incroyable. Elle est capable de se créer un réseau d’influence considérable, qui lui permet d’obtenir une ligne de chemin de fer s’arrêtant devant son hôtel ou encore le raccordement à un réseau électrique. C’est une femme d’affaires capable de s’imposer dans le commerce de l’alcool et la prostitution, mais aussi favorable aux droits des Indiens, à travers le personnage de Joe Shoes.
L’album apporte de nombreuses infos historiques, présente une indéniable richesse thématique et réserve quelques surprises au niveau du scénario, notamment en ce qui concerne le personnage du shérif Gross. L’usage de termes québécois donne une touche intéressante. Le dessin de Stéphane Lemardelé, s’il ne démérite pas, aurait parfois gagné en force avec des visages plus expressifs et des personnages plus en mouvement. Cela donne au final, une lecture agréable.
Voir en ligne : Site de l’historien Laurent Busseau, scénariste de la BD
Par Christian GRANGE
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