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Très bon
25 janvier 2025
Stéphane vit dans le sud et a pour voisin un ami d’enfance, Luc. Ensemble, ils ont été invités à se rendre dans leur région natale, dans le nord, à Autreville, ce afin de retrouver Grâce, Rudy et Étienne. Sans Francesca, épouse de Luc retrouvée noyée voilà plusieurs années, le groupe d’anciens écoliers s’annonce être au grand complet.
Sur la route menant à Autreville, la radio fait mention d’un meurtrier qui perturbe la tranquillité de la vallée d’Ernelse, proche du bourg où ils ont vécu l’aube de leur vie. Plusieurs sacs oranges sont retrouvés par la police. Ils contiennent des membres qui appartiennent à un seul corps, celui d’une femme inconnue. Le premier meurtre signalé remonte à deux années. Le mode opératoire est toujours le même : la tête et les mains manquent à l’appel lorsque le puzzle macabre est reconstitué avec les pièces disponibles.
Arrivés à Autreville, la joie des retrouvailles plane sur la maison de Grâce et Rudy, tandis qu’Étienne, proche voisin, surgit sans s’être annoncé. Qu’importe pour ces compagnons d’enfance. Petit à petit, entre les rues hantées par les fantômes du passé, dont leur école abandonnée après leur départ, un climat de tension et de défiance grandit au détour de leurs conversations. Un angoisse s’empare de Stéphane. Connaît-il véritablement ses amis ?
Ce questionnement donne à Stéphane des sueurs froides. L’excellente composition de la couverture témoigne de cette frayeur. On aperçoit notre héros d’Autreville fuir la forêt, comme terrifié, afin de gagner la lumière. En arrière-plan, Rudy, Luc, Grâce et Étienne se dressent dans la forêt comme autant de meurtriers ou victimes potentiels parés d’un blanc sépulcral. Sur une traînée rouge rappelant ce sang qui gicle, le nom de la ville s’écrit en lettres tressaillantes et revêt un jaune de circonstance - la couleur du mensonge, de l’hypocrisie et de la trahison.
Un tel récit ne saurait être réussi sans présenter aux lecteurs/lectrices des protagonistes finement écrits qui entretiennent le suspense. Sur ce point, David de Thuin comble nos attentes. Les personnalités étranges de celles et ceux qui gravitent dans ces pages peuvent aisément nous amener à emprunter des chemins d’accusation au bout desquels n’existent en réalité que l’innocence et un tempérament abracadabrantesque, hors des normes sociales.
Ce one-shot regorge d’un humour noir qui se mêle habilement à la nostalgie et la tristesse qui planent sur nos héros d’Autreville. Tous semblent feindre une joie de situation, comme si leur vie était métastasée, ne pouvant se conjuguer qu’au bonheur passer - « Je crois que les souvenirs sont plus beaux que la réalité » (Stéphane). Étienne le premier. Cet homme misogyne au métier inconnu de ses amis et rejetant les conventions sociales, un célibataire endurci.
Que dire de Luc qui a quitté Autreville juste après la mort de sa femme afin de vivre dans le sud ? Un constat qui interroge Grâce. Quant au couple formé par Rudy et Grâce, une ombre plane. Une étrange tension est sous-jacente. Doit-elle pour autant susciter la suspicion de leurs amis ?
Avec Autreville, David de Thuin détourne des codes de l’enquête policière et du polar pour les mettre en scène lors de délicieuses retrouvailles entre amis. Dans une ambiance remarquable de tension, de suspense et d’angoisse, Stéphane essaye de comprendre ce mal qui gangrène ses nuits et la région de son enfance.
Avec un dessin d’une grande lisibilité aux couleurs toujours justes, l’auteur livre une bande dessinée prenante dès les premières pages, chacune étant moulée dans un gaufrier de six cases. Les univers anthropomorphes de David de Thuin sont toujours aussi réussis, lui qui est aussi l’auteur de l’excellent Le Roi des bourdons. Le style, tant narratif que graphique, pourra rappeler à certain(e)s lecteurs/lectrices le travail de Lewis Trondheim, tous deux partageant probablement des influences communes.
In fine, on ne peut que vous encourager à vous laisser embarquer dans cet univers un peu déjanté et faussement naïf où se tapissent dans l’ombre un serial killer et de vieux secrets qui ne demandent qu’à être révélés. Bienvenue à Autreville !
Par Romain GARNIER
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Autreville - Par David De Thuin - Éd. Sarbacane - Paru le 01-05-2024 - Format 20,6 × 26 cm - 112 pages - 22 €
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