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Très bon
26 janvier 2026
Les éditions de la Boîte à bulles ont déjà publié plus de 100 albums dans leur collection Témoignages et documentaires. En 2026, un changement de nom (Pictavita), sans changement de ligne éditoriale. Ainsi, après un premier album intitulé Loin des eucalyptus (plutôt documentaire), Chères marâtres constitue un nouveau témoignage.
Le mot « marâtre » vient du latin « matrastra », qui signifie la femme du père. Le dictionnaire Le Robert nous signale que le terme est vieilli ou péjoratif. C’est à partir du XIIIᵉ siècle qu’il prend le sens péjoratif de « femme qui maltraite les enfants que son mari a eus d’un mariage précédent ».
Personnage important des contes, la marâtre correspond à la méchante belle-mère (qui, exemples au hasard, prive de bal, incite le père à abandonner ses enfants dans la forêt ou va jusqu’à empoisonner). La marâtre n’est guère éloignée de la méchante sorcière. On pourrait tout autant citer Sophie, la petite fille modèle, et sa belle-mère Madame Fichini chez la comtesse de Ségur.
La littérature jeunesse n’est guère tendre avec cette « pièce rapportée », jalouse de l’amour que portent les pères à leurs enfants, ainsi que des qualités ou de la beauté physique des enfants issus de la précédente compagne.
La femme du père, par rapport aux enfants nés d’un précédent mariage (ou Pacs ou union libre), est désignée en France par le terme de belle-mère. Ce qui peut être ambigu, puisque c’est aussi de cette façon que l’on désigne la mère de son conjoint.
Bref, il y a là comme un impensé sociétal, une absence d’intérêt, hormis quelques travaux littéraires ou sociologiques.
Solenn Bardet (scénario) et Marion Chancerel (dessin) présentent, en un prologue, huit témoignages et un chapitre final, différentes situations : la belle-mère jetable (chapitre 2), courage (chapitre 3), coupable (chapitre 4), aigrie, débordée…
Cet album a le mérite de sortir des stéréotypes de voleuse d’enfants et de briseuse de couple, et d’illustrer la diversité des situations et des parcours actuels des familles recomposées.
La scénariste, elle-même belle-mère comme elle le confie dans l’avant-propos, choisit le personnage de Gwen, qui doit quitter son appartement. Elle vit une relation depuis neuf mois avec Samuel, père d’une adolescente, Lison. Gwen s’interroge et, pour avancer dans sa réflexion (va-t-elle faire le saut de la vie en commun et devenir marâtre ?), elle convie huit femmes qui vont lui raconter, chacune, son expérience.
C’est une BD humainement riche, qui explore des vécus : du conflit de loyauté dans lequel est pris l’enfant, entre la mère biologique et la belle-mère — qui peut être tout aussi, voire plus, maternelle —, au manque de légitimité accordé par l’homme ; de la belle-mère qui refuse de l’être, à celle qui voudrait bien se faire une place, etc.
Embarquez avec Lola, Anna, Claire, Jeanne, Firmine, Daphnée et Soria pour un voyage d’une grande sincérité, au cœur des couples et des relations entre hommes, femmes et enfants. Un voyage où, loin des chemins tracés, chacune expérimente et tente de s’inventer un nouveau rôle, une nouvelle identité.
Voir en ligne : Site de la dessinatrice, Marion Chancerel
Par Christian GRANGE
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Chères marâtres, quand les belles mères se confient
Auteurs : Solenn Bardet (Scénario) et Marion Chancerel (Dessin)
Editeur : Pictavita
Disponible depuis le 07 janv.2026
Format : 128 pages - Couleur
Prix : 22,00 €