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Favori de la rédaction
3 avril 2026
En 1982 paraissait Rhapsodie hongroise, le premier tome des aventures de Max Fridman, publié dans la revue italienne Orient Express, puis en France, chez Glénat. Ce fut à l’époque une belle découverte, avec un auteur, Vittorio Giardino, qui faisait preuve d’une grande maîtrise, avec un scénario dense et passionnant, et une ambiance rappelant les romans de Graham Greene ou de John le Carré, le tout magnifié par un superbe dessin « ligne claire » par endroits mâtiné de Tardi. Le héros de cet album est un ancien agent des services secrets français, qu’il a quittés, fatigué par les trahisons et les manipulations de ses supérieurs. Mais, forcé par un chantage d’accepter la mission, cet homme calme, déterminé et efficace se rend à Budapest, en Hongrie, où toute une section secrète des renseignements français, le groupe Rhapsodie, a été éliminée. Au terme d’une enquête complexe, de nombreux cadavres et de multiples péripéties, Max confondra les coupables, et constatera une fois de plus qu’il a été manipulé par ses supérieurs.
Après cet album inaugural, les aventures de Max Fridman se poursuivent avec La Porte d’Orient, une intrigue passionnante en Turquie, puis avec un triptyque sur la guerre d’Espagne, dont le dernier tome est paru en 2008. Ensuite, Giordano voguera vers d’autres productions : dramatiques (Jonas Fink), policières (Vacances fatales, Voyages de rêves), ou érotiques (Little Ego). Et, belle surprise en 2025, voici le retour de Max Fridman avec un superbe album de près de 200 pages intitulé Les Cousins Meyer. Vittorio Giardino n’a pas perdu la main. Dans ce récit qui se décline en deux parties, tout commence à Vienne, en avril 1938, lorsque l’Autriche est annexée par l’Allemagne. Chez les Meyer, une famille bourgeoise juive installée dans cette capitale depuis des siècles, on est stupéfait de voir comment les « chemises brunes » terrorisent chaque jour un peu plus les citoyens juifs. Le père, Franz, un médecin cultivé, est effaré par la situation, mais il reste convaincu que ses compatriotes vont réagir face à la folie nazie.
Ses espoirs sont douchés lorsqu’il se voit interdit d’exercer dans sa clinique, tandis que sa fille Myriam est bientôt licenciée. Alors que les lois se durcissent et que la stratégie de terreur prend de l’ampleur, la famille Meyer décide de quitter le pays. Découvrant qu’il est presque impossible d’obtenir un visa, Franz Meyer se désespère et envoie à sa cousine Ruth une lettre où il décrit la situation dramatique que subit sa famille. C’est là que commence la deuxième partie de l’ouvrage, avec la cousine Ruth à Genève, qui envoie son fils au secours des Meyer. Comme vous l’avez sans doute compris, son fils n’est autre que Max Fridman, qui, dans la capitale autrichienne, retrouve l’ignoble Oberst Schminck, responsable local du contre-espionnage de la Gestapo. Notre héros aura fort à faire pour mener à bien sa mission et exfiltrer la famille Meyer du Reich, mais, grâce à son calme et à son expérience, il garde toujours un coup d’avance sur les ennemis.
Et, comme dans chaque histoire de la saga, notre séducteur au charme discret mais efficace vit une histoire d’amour (il est vrai que les femmes dessinées par Giardino, belles et intelligentes, sont irrésistibles). Ce qui impressionne avec la série Max Fridman, outre le haut niveau de qualité de tous les albums, c’est que les six tomes de cette saga se déroulent sur le temps très court d’une année. Rhapsodie hongroise commence en février 1938, La Porte d’Orient se joue durant l’été 1938 tandis que le triptyque « Guerre d’Espagne » s’étale sur l’automne 1938, une année qui se conclut avec l’histoire des Cousins Meyer. Comme dans les précédents tomes, le scénario est une belle mécanique de précision où le suspense est total, et le dessin « ligne claire » de Giardino soigné, que ce soit les personnages, les décors ou les couleurs. La sortie de cet album permet aussi à Glénat de rééditer toute la série dans un nouveau format de style « roman graphique ».
Par Dominique ERNST
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