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Mary Bell : L’histoire vraie d’une enfant assassin

Par Damien BOONE Favori de la rédaction 8 août 2025 
Coup sur coup, deux enfants, de quatre et trois ans, sont assassinés. Les soupçons se portent sur Mary Bell, une jeune fille de 11 ans ! De quoi rendre les meurtres encore plus glaçants. Ce récit de true crime est une authentique histoire, restituée ici avec brio.

La mort d’un enfant est déjà insupportable, alors deux... Au cours de l’été 1968, du côté de Newcastle, en Angleterre, un petit village est meurtri : les jeunes Martin puis Brian sont tués, le premier d’un coup de poignard, le second étranglé. Lors des obsèques, on remarque le comportement étrange d’une jeune fille, qui semble indifférente aux événements, voire même s’en amuser. Confondue, la petite Mary Bell est condamnée à la perpétuité. En attendant sa majorité, elle est accueillie à Red Bank, un établissement spécialisé dirigé par Monsieur Dixon. Elle y est cadrée, apprend la vie en collectivité, et rattrape autant que faire se peut l’éducation que sa mère ne lui a pas donnée.

En 1995, Mary Bell a désormais 38 ans. Elle retrouve Gitta Sereny, une journaliste spécialisée dans l’histoire des traumas et des sévices sur mineurs. En 1972, elle avait raconté l’histoire de Mary Bell, après l’avoir interrogé elle-même (Elles se sont beaucoup vue jusqu’aux 13 ans de la jeune accusée). La journaliste avait mené l’enquête aussi auprès des familles, des amis et des autorités investies dans ce double meurtre.

Désormais, Sereny a un autre projet : comprendre l’histoire de Mary, de son point de vue : quelle a été sa trajectoire personnelle, son enfance avant les meurtres ? Et surtout, il s’agit ici de trouver une réponse LA question : comment une gamine a-t-elle pu tuer deux enfants ? Les deux femmes dialoguent, et déterrent des souvenirs profondément enfouis, réels ou hallucinés.

Les autrices, Théa Rojzman, française, et Vanessa Belardo, dessinatrice italienne, s’engagent sur un terrain glissant : il est question de mort, de sévices sexuels, de psychanalyse. Mais disons-le de suite : c’est remarquable. Elles explorent avec talent les possibilités narratives qu’offre la bande dessinée, entremêlant, sur divers registres, dessins et récits, pour former un ensemble qui restitue avec compréhension et empathie des faits dramatiques, tout en laissant à distance raisonnable tout misérabilisme, tout voyeurisme (les faits les moins supportables tiennent sur deux pages, qui sont écrites), et sans dédouaner Mary d’avoir ôté la vie de deux jeunes garçons.

Les autrices font le choix de représenter trois périodes différentes avec, pour chacune, une ambiance, un registre narratif, et des tonalités propres : la réalité présente, colorée, qui montre les discussions entre les deux femmes ; la jeunesse de Mary, aux tonalités sépias et grisées ; et des parties plus oniriques, parfois poétiques, dans lesquelles Mary voyage, à la recherche de son passé, dans des tons monochromes. Les trois registres se confondent, créant d’un côté une réalité factuelle, formelle (celle des échanges entre Mary Bell et Gitta Sereny), et de l’autre une ambiance trouble, habitée de fantômes, de cauchemars, de réminiscences de l’inconscient. On y découvre une enfance misérable, marquée par la figure d’une mère dont les mœurs et les comportements ont façonné une jeune fille qualifiée à l’époque de « psychopathe ». Une posture bien commode pour se persuader que les « monstres » sont extérieurs à l’humanité. À rebours de ce qu’a été le procès à l’époque, il est ici question de restituer la complexité de la personnalité de Mary, et de montrer que le mal n’existe pas en soi.

Justice est également rendue à celles et ceux qui tentent de comprendre et d’expliquer les faits, à travers la figure de Gitta Sereny : sa patience, son opiniâtreté, permettent de voir les choses en face et d’améliorer le cours de la justice. Comprendre et expliquer, sans complaisance, c’est ce qui fait la grandeur d’un Etat de droit, même pour les actes les plus horribles.

L’origine de ce livre se trouve dans une série d’humour noir qu’écrivait Théa Rojzman dans Fluide Glacial entre 2016 et 2018, au sujet des « psychopathes célèbres ». Elle y trouvait bien peu de cas féminins, et le cas de Mary Bell lui a donné envie de prolonger ce récit. Une riche idée.

Par Damien BOONE

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782344046272

Mary Bell, l’enfance meurtrière – Par Théa Rojzman & Vanessa Belardo – Ed. Glénat

Glénat ✍ Théa Rojzman ✏️ Vanessa Belardo Drame Documentaire Psychologique Maltraitance
 
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