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Mikki et la traversée des mondes - plongée dans les univers des neuroatypiques

Par Rémi BARNAULT 23 juillet 2026 
Avec Mikki et la traversée des mondes, Stéphane Betbeder et Paul Frichet voient les choses en grand. Les auteurs enchaînent les concepts, multiplient les ambiances et débordent d’imagination. Une épopée qui pousse le cardio, au risque d’essouffler.

Originaire du Laos, Mikki est une jeune fille hypersensible. Lors de ses crises, il lui arrive de se murer dans le mutisme. Ses parents adoptifs ont tout essayé pour l’aider, en vain. Lorsqu’ils entendent parler du programme hautement expérimental de la très glauque « professeure Mortelente », ils y voient une ultime chance. Mais avec un tel nom, il ne faut pas s’attendre à de la médecine douce. Il n’y a qu’à voir son visage repoussant et son sourire narquois. On lui donnerait le diable sans confession. Son regard d’un noir profond et impassible pourrait suffire à transmettre le mauvais œil. Il ne faut pourtant pas toujours se fier aux apparences, dit-on. Encore que… Mortelente n’est décidément pas une thérapeute/psy/pédopsy comme les autres. Elle est à l’origine d’une invention : une sorte de portail donnant accès à des mondes de simulation, des sortes d’escape games conçus sur mesure. Plongés dans un sommeil artificiel et allongés dans des cuves, au cœur d’un laboratoire digne des plus grands savants fous, ses jeunes patients neuroatypiques doivent résoudre des énigmes, affronter mille dangers pour dépasser leurs difficultés, leurs craintes et finir par se réveiller.

Mikki et la traversée des mondes - plongée dans les univers des neuroatypiques
© Glénat.

Dans le premier tome, le concept est assez intéressant : Mikki rencontre « Super-héros sauvage », un garçon ultra-débrouillard, si cultivé et érudit qu’on en oublierait presque que c’est un enfant. Il lui sert de guide et lui explique le fonctionnement de cette simulation, régie par un principe assez symbolique : en temps normal, lorsqu’on franchit une porte, on sait où l’on va. Mais ici, les portes ont « cessé de faire leur boulot de porte ». À chaque franchissement, la destination devient ainsi totalement imprévisible. C’est une façon d’affronter l’inconnu. Mais très vite, Mikki va se rendre compte que ces lieux ont un point commun.

Bouche cousue dès le début de l’album, il faut dire que la Mortelente ne met pas tellement en confiance, Mikki connaît toutefois une évolution marquante : elle gagne en assurance, tisse des liens, et finit assez vite par parler et s’imposer. La thérapie serait-elle concluante ?

© Glénat.

D’aucuns seraient conquis par ce qui s’apparente à un jeu vidéo des plus réalistes et immersifs. Mais Mikki est de plus en plus sceptique. Quelles sont les véritables intentions de Mortelente, dont les discours ne font que renforcer l’ambiguïté ? Et pourquoi tient-elle absolument à garder des artéfacts ramenés par les enfants ? Il y a clairement un loup. Plus question pour Mikki de suivre les consignes de la professeure. N’en faisant désormais plus qu’à sa tête, elle s’introduit dans les univers des autres enfants. C’est là que les choses deviennent un peu plus laborieuses pour le lecteur. Après s’être familiarisé avec les règles, parfois complexes et un brin tirées par les cheveux, du premier album, il faut tout réapprendre dans le second, même si certains codes reviennent. Cette fois, place à un nouveau monde-rêve, qui prend la forme d’un jeu de téléréalité sans concession où chacun lutte pour rester en tête du classement et conserver sa popularité. Le tout dans un univers à la gravité inversée, où il faut s’agripper en permanence sous peine de finir… sur la Lune, pour ne pas dire dans la lune, ce monde étant celui d’une jeune fille aussi maladroite que distraite. Toujours accompagnée par « Super-héros sauvage », Mikki va tout faire pour aider la dénommée Pétronille.

© Glénat.

Rebelote dans le troisième tome, où Mikki atterrit dans le monde-rêve de jumeaux. La narration et le concept se révèlent plus accessibles. En contrepartie, c’est l’atmosphère qui se fait pesante. Le récit nous plonge dans un univers obscur, dans lequel il vaut mieux redouter les endroits baignés de lumière que les ténèbres. Une ironie qui fonctionne particulièrement bien. Ici, les ombres ont pris le pouvoir sur leurs propriétaires, et s’exposer à la lumière revient à se mettre en danger. Cette fois, nous sommes tenus en haleine concernant la singularité des jumeaux.

À l’issue de cette troisième aventure, de nombreuses questions et zones d’ombre demeurent (sans mauvais jeu de mots). Le bilan provisoire est donc mitigé. On ressort avec un certain sentiment d’overdose : les retournements de situation, les uns prévisibles, les autres totalement inattendus, auxquels s’ajoute un lot de nouveaux questionnements ; des règles du jeu et des concepts toujours plus nombreux. De nouveaux personnages apparaissent parfois sous plusieurs déclinaisons, ce qui contribue à rendre l’ensemble difficile à suivre et poussif. D’autres, pourtant intéressants, ne font que de brèves apparitions ou restent en retrait, alors qu’ils auraient mérité d’être davantage développés. C’est notamment le cas de l’animal-totem de Mikki : présenté comme un élément important qu’elle devait découvrir, il s’avère finalement peu utile dans l’intrigue et disparaît quasiment aussi vite qu’il a été apprivoisé, avant de refaire un petit caméo plus tard. Pourtant, ce tandem commençait à être intéressant.
Par ailleurs, on relève que la limite entre les mondes virtuels et la réalité reste parfois difficile à cerner.

© Glénat.

En outre, il faudrait relire les différents tomes et prendre le temps de s’attarder sur certains éléments, entre autres les théories parfois alambiquées de « Super-héros sauvage », bavard qu’il est. Or, en arriver à un tel constat n’est pas vraiment de bon augure.

Et pourtant, malgré ces imperfections, cette impression de trop-plein, voire de surchauffe, l’univers reste prenant et passionnant. Son potentiel est indéniable. La série a également le mérite d’aborder des thématiques très actuelles, comme la santé mentale, en proposant des personnages atypiques, traités avec justesse, sans jamais sombrer dans la caricature. Et ce, même si l’action et les dialogues prennent parfois un peu le dessus sur l’exploration de ces particularités.

Reste que tout semble désormais reposer sur un quatrième et ultime album, annoncé prochainement. On l’attend de pied ferme pour savoir à quoi s’en tenir.

Par Rémi BARNAULT

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Code EAN : 9782344070505
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