Emmanuel Lepage nous propose un récit tout en justesse, où nous suivons un microcosme du bout du monde composé de scientifiques, de militaires, de marins, d’ouvriers spécialisés et de journalistes, au sein d’une nature sauvage, parfois hostile, qui subit de plein fouet le réchauffement climatique. Ce deuxième voyage aux îles Kerguelen, attendu par l’auteur depuis longtemps, se fait, entre autres, en compagnie de spécialistes des éléphants de mer et d’une équipe d’Arte.
Emmanuel Lepage, dont j’avoue attendre toujours avec impatience les nouvelles « productions », nous émerveille par son talent de narrateur et de graphiste. Il capte l’âme des paysages, de la nature et des personnages, que ce soit en Bretagne, en Antarctique, à Tchernobyl ou dans ses Carnets de voyage.
Dans Danser avec le vent, cette relation privilégiée avec la nature prend une dimension spirituelle et pleine de promesses. Les planches, de toute beauté, invoquent les fonds marins sombres et mystérieux, la puissance des paysages majestueux, la brume épaisse qui s’effiloche pour laisser apparaître aux navigateurs les Kerguelen, les animaux sauvages, ces humains qui cohabitent et luttent contre le vent en quête d’un équilibre intérieur, les traces du passé, la vie, la joie, la danse et la fraternité.
Si l’opus précédent, Voyage aux îles de la Désolation, était empreint de nostalgie, celui-ci ne nous fait pas seulement danser avec le vent, mais surtout avec les couleurs. Elles sont omniprésentes et laissent transparaître la diversité, la force et la splendeur de la nature.
Dans un monde souvent plein de tensions, Emmanuel Lepage nous partage ici, par de magnifiques portraits, le quotidien de ces humains, reclus volontaires, qui, malgré leurs différences, arrivent à inventer un monde fraternel, plus égalitaire et soucieux du vivant.
Par Philippe LECLERC
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Danser avec le vent, par Emmanuel Lepage, éditions Futuropolis. Paru le 5 novembre 2025. 29,00 €.