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Detroit Roma - Par Elene Usdin & Boni - Ed. Sarbacane

Par Philippe LEBAS Favori de la rédaction 2 décembre 2025 
Après un premier ouvrage déjà très remarqué, René.e aux bois dormants, lauréat du Grand Prix de la Critique ACBD 2022, Elene Usdin revient, accompagnée de son fils Boni, avec un ouvrage encore plus impressionnant, hors norme pour tout dire : Detroit Roma, un road trip entre ces deux villes… américaines.

On prend la route de nos ancêtres en sens inverse.

Cela aurait pu commencer ainsi [1], car il s’agit bien d’un voyage à rebours entrepris par deux jeunes filles : Becki, une dessinatrice noire issue d’un milieu modeste, et Summer, jeune fille blanche née le même jour d’une mère très riche à la dérive. Cap plein Sud, pour ces deux jeunes filles, façon de revenir sur les terres où sont arrivés leurs ancêtres — noirs pour Becki, italiens pour Summer — et qui découvriront que Roma n’est pas seulement la célèbre ville d’Italie, mais aussi une petite ville de Géorgie ! Saviez-vous aussi qu’il existe un Paris au Texas ?

Au fil de 365 pages, d’une année en somme (2015), et de va-et-vient entre passé et présent, on comprend peu à peu l’histoire croisée de ces deux filles. Là où René.e aux bois dormants nous emmenait vers un territoire plus mystérieux et onirique, Detroit Roma suit une direction précise tout en empruntant des routes pour le moins sinueuses.

Ce faisant, cet ouvrage se révèle être un formidable hommage au cinéma (Lynch, Fellini, Cassavetes, Hitchcock, et bien d’autres). La mère de Summer, Gloria, porte d’ailleurs le prénom de la star du cinéma muet Gloria Swanson, dont Billy Wilder a tiré le formidable Sunset Boulevard, auquel la BD fait explicitement référence. Elle passe ses journées, souvent alcoolisée, à regarder vaguement tous ces films, se prenant pour l’actrice qu’elle aurait rêvé d’être. Le format à l’italienne de l’ouvrage permet d’ailleurs d’entrer dans les images comme si l’on était au cinéma.

Surtout, Detroit Roma est une réalisation graphique tout à fait exceptionnelle, fruit de quatre années de travail ! Et quel résultat ! C’est un véritable festival, mêlant des techniques variées, à commencer par un subtil crayonné au stylo Bic multicolore, à la manière d’Emil Ferris, qui donne notamment des ciels hallucinants rappelant Van Gogh.

Elene Usdin et Boni ont également recours à la peinture, à l’aquarelle et à la gouache — très colorées pour raconter le présent et en noir et blanc pour le passé — ce qui permet de se repérer facilement. Sont aussi intégrées des photographies, le plus souvent redessinées, Elene Usdin ayant elle-même effectué le voyage de Detroit à Roma, en Géorgie, armée de son appareil photo et de carnets de croquis. L’ouvrage est d’ailleurs rythmé par ces dessins sur le vif. L’ensemble est, visuellement, époustouflant.

Voici donc une œuvre totale, qu’une seule lecture ne peut épuiser, passionnante tant sur le fond (quête des origines, plongée dans l’Amérique profonde prête à voter Trump) que sur la forme. À défaut d’un prix au festival d’Angoulême, Detroit Roma fera un très beau cadeau sous le sapin.

Par Philippe LEBAS

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Code EAN : 9782377319145

Détroit Roma, par Elene Usdin & Boni, éditions Sarbacane. Paru le 5 novembre 2025. 35 €.

[1] Il s’agit là d’une référence, à quelques mots près, à une phrase plusieurs fois citée dans la BD Ça pourrait commencer là, qui propose plusieurs débuts possibles.

Sarbacane ✍ Boni ✏️ Elene Usdin Livre de voyage Intimiste Paris
 
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