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Dans les années 1980, on avait tous été bluffés par Le Bal de la sueur que signaient Cromwell & Riff Reb’s. On y voyait clairement les influences : « J’ai aimé passionnément le dessin dynamique à la Franquin, mais j’ai adoré l’encrage de Milton Caniff et de Will Eisner… », nous dit Riff Reb’s.
Cette fusion des styles se perpétue dans des œuvres aux thématiques trash et adultes, comme cette histoire punkoïde peuplée de nanas à poil et de mecs à la quéquette à l’air. Un pur produit de l’atelier Asylum que Riff Reb’s a fondé avec Qwak, Edith, Cromwell, Ralph et quelques autres. Surtout versés dans le dessin animé, tous ces talents s’exprimeront avec fougue, en BD ou ailleurs, dans les années suivantes.
Après différentes expériences disparates, notamment dans la SF humoristique, Riff Reb’s se met à surfer sur l’écume des vagues en adaptant le roman de Pierre Mac Orlan, ce disciple de Gus Bofa, À bord de l’Étoile Matutine (Ed. Soleil).
Le cap est fixé, « hisse et haut ! » : Riff Reb’s fait désormais partie des Travailleurs de la mer, comme les qualifiait le poète de Hauteville House. Au-delà du dessin, ses travaux de ces dernières années sont un vrai conservatoire des textes oubliés : il adapte Le Loup des mers de Jack London, mais aussi des auteurs comme Joseph Conrad, William Hope Hodgson, Edgar Allan Poe, Marcel Schwob ou encore Robert Louis Stevenson , que l’on retrouve notamment dans sa Trilogie maritime aux éditions Soleil.
En 2025, il met en bande dessinée Kernok le Pirate d’Eugène Sue (éd. Oxymore), un prototype violent et cruel du feuilleton d’aventure qui lancera la mode des romans de pirates et de corsaires au XIXe siècle.
Ce sont ces œuvres maritimes que l’on retrouve dans son exposition (conjointe à celle de Patrick Prugne) à la Galerie Daniel Maghen ces jours-ci, jusqu’au 16 mai 2026.
Des dessins qui font la part belle aux « coups de théâtre » que réserve l’océan : paysages traversés de lumières invraisemblables qui surgissent de ciels gonflés de fureur. On craint, rien qu’en les voyant, ces bourrasques qui fouettent à mort la vanité des coquilles imprudentes qui ont osé défier la mer par gros temps.
Le trait de Riff Reb’s est noueux, subtil, énergique, souvent burlesque. Il caractérise à merveille ces marins aux traits creusés, au visage brûlé par le soleil, dont le regard a vu moulte fois l’abîme. Une expérience visuelle de premier plan.
Par Didier PASAMONIK
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Galerie Daniel Maghen
36 rue du Louvre
75001 Paris
Tel. : 01 42 84 37 39
Du Mardi au Samedi
de 10h30 à 19h00