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Alice au-delà des étoiles T. 2 - Par Kiko Urino - Éd. Glénat

Par Milan MORALES Excellent 18 septembre 2026 
Parlons d'une jeune fille qui pense parfaitement mais qui perd tout à la sortie. le deuxième tome d' "Alice au-delà des étoiles " campe un portrait d'adolescence où le langage devient enjeu de pouvoir, et où réussir signifie d'abord se faire entendre.

Avec Alice au-delà des étoiles, Kiko Urino poursuit l’aventure d’une jeune fille orpheline aux prises avec un défi que bien peu d’entre nous connaissent véritablement. Cette série, couronnée du Manga Taishô 2025 — l’une des plus prestigieuses récompenses du manga japonais — a commencé par révéler l’histoire d’Alice Asahida, adolescente « semilingue » ayant grandi loin du Japon, incapable de maîtriser pleinement ni le japonais ni l’anglais. Le premier tome la plaçait sur le seuil d’un rêve : devenir astronaute. Le deuxième franchit un pas décisif : lui faire affronter l’épreuve de sélection elle-même.

Alice se présente à un examen de sélection décliné sous forme d’ateliers pour élèves de collège. Autour d’elle se présentent des candidats à l’intelligence affûtée, des adolescents qui alignent les réponses justes, qui comprennent les consignes avant la fin de la phrase, qui rient au bon moment des blagues du professeur.

Alice, elle, entre terrorisée. Elle comprend ce qu’on lui dit, mais toujours deux secondes trop tard. Elle saisit une consigne, puis réalise soudain qu’elle l’a mal entendue. Elle n’est pas muette, elle est mal traduite : elle pense parfaitement, mais la sortie vers le langage se dérègle.

La mangaka reste collée au quotidien pour traiter cette réalité : pas de pathos, pas de grandes envolées dramatiques ; juste l’accumulation des petits décalages et la charge sourde qu’ils produisent.
Une consigne mal comprise, une blague qu’on saisit deux secondes trop tard, un professeur qui répète plus fort au lieu de reformuler… Chaque détail résonne d’une vérité crue, celle de l’école vue depuis la marge.

Inuboshi, le jeune génie qui a promis de l’aider, conçoit pour elle un projet secret dont dépendra sa réussite. Parviendra-t-elle à franchir cette première étape et à accéder à la phase finale du concours ? Tel est l’enjeu de ce second opus.

Sur le plan graphique, Kiko Urino conserve son approche volontairement sobre. Le trait est épuré et lumineux, privilégiant la lisibilité et les émotions plutôt qu’une profusion de détails. Cette simplicité sert un propos : faire ressentir qu’à travers cette simplicité graphique se noue toute l’émotion vécue par les personnages. La mangaka refuse le spectaculaire pour mieux explorer l’intime.

Ce qui confère à Alice au-delà des étoiles sa singularité, c’est son refus des convenances narratives. Le dispositif du tome 1 — « Alice réalisera son rêve » — était annoncé dès le départ. L’enjeu ne porte donc jamais sur « si » elle réussira, mais sur « comment » elle se construira en chemin.

Alice n’est pas muette, elle est mal traduite. Elle pense parfaitement, et perd tout à la sortie. Le récit fait de la maîtrise du langage un enjeu de pouvoir sans jamais théoriser : voilà la force majeure de la thématique de ce manga.

Dans un monde scolaire où le langage décide, où celui qui « parle bien » décide et celui qui décide raconte l’histoire, notre héroïne bute contre une inégalité que nos systèmes éducatifs ne reconnaissent que trop rarement.
Le manga aborde aussi des enjeux proches du nôtre : le bilinguisme, l’identité culturelle et la difficulté de trouver sa place dans une société qui aime ranger chacun dans une case. Alice ne rentre dans aucune case.
La collaboration entre Alice et Inuboshi continue de fonctionner comme le cœur battant du récit : une relation d’aide qui échappe aux poncifs du shônen ou de la rivalité artificielle. Elle est simplement… juste. Humaine, imparfaite, reposant sur des malentendus qu’on résout ensemble.

On peut néanmoins reprocher au récit un rythme qui peut sembler inégal. De plus, le ton « contemplatif » et la lenteur volontaire de la narration peuvent donner l’impression d’un récit trop étalé.
Enfin, il faut noter que ce tome 2 se présente comme une suite directe du premier, sans résolution narrative définitive. Cette série exige de la cohésion, de la patience. Ce n’est pas un manga qui se digère facilement, tome après tome.

Alice au-delà des étoiles tire sa force d’une adéquation remarquable entre sa forme et son sujet. Kiko Urino est terriblement dans l’air du temps avec cette tranche de vie qui prend en compte les disparités et les particularités de chacun, dans un monde où la course à la performance est partout. Elle intervient à un moment où les questions d’inclusion scolaire, de neurodiversité, de plurilinguisme, gagnent enfin une audience réelle.

Cette deuxième livraison confirme notre premier ressenti : Kiko Urino tente de séduire les lecteurs en quête d’histoires introspectives et sensibles, en mettant en exergue que le vrai suspense réside dans les mots échangés, pas dans les explosions.

Pour d’autres, elle restera une belle proposition intellectuelle, mais sans la chaleur émotionnelle qui convertit l’idée en expérience partagée. La série trouvera son public. Elle l’a d’ailleurs déjà trouvé au Japon : six tomes existent là-bas, attestant d’une continuation que Glénat pourrait bien poursuivre au rythme d’un tome par trimestre environ (le tome 3 est annoncé pour le 18 novembre 2026).

Nous, en tout cas, nous sommes conquis !

Par Milan MORALES

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Code EAN : 9782344075715
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