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Excellent
9 septembre 2026
On vilipende assez facilement les séries qui multiplient les suites ad libitum, presque par habitude, jusqu’à affadir l’œuvre d’origine, voire à la recouvrir de reproductions si maniérées et si éloignées de sa magie initiale qu’elles finissent par la démonétiser. Or, comme le veut la loi de Gresham en économie, « la mauvaise monnaie chasse la bonne ». Parfois, le phénomène est délibéré, voire cynique : il obéit à une stratégie d’« attendrissement » de l’œuvre, destinée à mieux l’aliéner à une marchandisation où l’originalité devient l’ennemie d’une exploitation commerciale multisupport. Nous vous laissons citer des noms dans les commentaires (dûment argumentés, c’est mieux), ils ne manquent pas…
Tout dépend, en fait, de l’investissement du dessinateur, de son appropriation de l’œuvre d’origine et des codes graphiques qui lui sont confiés, mais aussi de la vigilance de l’éditeur et de sa volonté de préserver l’esprit des créateurs.
La rencontre entre Léo Malet et Jacques Tardi était presque inévitable : le premier avait situé la plupart de ses romans dans Paris, et le second était sans doute l’un des meilleurs illustrateurs du Paris haussmannien. Malet fréquentait un chouia plus les classes populaires parisiennes que son confrère entomologiste Simenon, ce qui convenait parfaitement au tempérament « anar » du dessinateur du Soldat inconnu. L’écriture même de Malet, dont Nestor Burma dans l’île, publié en 1970 au Fleuve noir, est le dernier roman consacré à son détective, s’accordait parfaitement avec l’efficacité narrative de Tardi, chez qui le décor joue toujours un rôle primordial.
Ce que l’on ressent dans cet album de François Ravard - et le sentiment était le même à la lecture de son précédent album, Les Rats de Montsouris - c’est qu’il s’amuse. Certes, il conserve de Tardi l’efficacité des portraits et ses bulles-nuages caractéristiques, mais son approche de l’encrage est plus souple, plus appliquée dans les décors. Il soigne particulièrement les ambiances : l’insularité et la présence de la mer, aux humeurs mouvantes, sont palpables, ce qui nous change du climat parisien. Sans doute Malet recherchait-il le même effet. On saluera, au passage, les couleurs de Philippe de la Fuente, particulièrement réussies.
Toujours est-il que nous avons été séduits par cette enquête sur l’île bretonne de Men-Bahr, avec ses disparitions à répétition et la rudesse de ses habitants. Tout est crédible, bien amené, et le retournement final, révélé par un coup de crosse, agréablement surprenant. Voilà un album qui prolonge la magie de la collaboration entre Malet et Tardi. Comme quoi, une reprise n’est pas fatalement une tromperie.
Par Didier PASAMONIK
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Nestor Burma, T. 14 : Nestor Burma dans l’île - Par Léo Malet et François Ravard, d’après l’univers de Jacques Tardi - Éd. Casterman.
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