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Pas mal
13 juillet 2026
Nous avions déjà parlé des travaux de Xavier Cadieux, qui avait illustré l’improbable scénario d’Alexandre Fontaine Rousseau dans Les Canots de Satan, en lice pour le Prix Bédélys Québec 2025. Mais n’est pas le premier travail d’adaptation du bédéiste ! En effet, avant de mettre en images La Légende de la chasse-galerie d’Honoré Beaugrand, l’illustrateur avait déjà collaboré avec l’humoriste Charles Beauchesne en 2024 pour adapter son podcast Les Pires Moments de l’Histoire, diffusé encore aujourd’hui sur Radio-Canada. Dans cet album éponyme, paru aux éditions Front Froid, le duo met en BD les histoires rocambolesques et souvent tragiques de l’invention de l’imprimerie, de l’assassinat de l’archiduc Franz Ferdinand qui mènera à la Première Guerre mondiale, ou encore de l’inondation de mélasse qui engloutit Boston en 1919. Par ses parodies irrévérencieuses et son second degré, l’album se veut drôle, mais pas stupide.
Le point principal de l’album est son humour, plein d’audace et de références. Charles Beauchesne se présente lui-même en self-insert dans l’album, agissant comme un narrateur et commentateur de l’Histoire (celle avec un grand H). Il ajoute ainsi une couche de commentaires entre le lecteur et les événements historiques, tournant en ridicule les protagonistes respectifs de ces derniers. Il décrit avec humour les moments les plus trash et pointe du doigt les paradoxes des sociétés passées qui ont autorisé de telles catastrophes.
Dans la toute première histoire, celle de l’expédition ratée du capitaine John Franklin pour explorer l’Arctique, Charles Beauchesne décrit par exemple les expressions des matelots morts de froid par « Ish, maudit qu’y fait frette ». Comme au Québec, on connaît bien les températures en dessous de 0, la glace arctique paraît un lundi comme un autre. On est ici dans un humour tout à fait irrévérencieux, celui où on rit mais c’est mal de rire. Si ce n’est pas votre tasse de thé, vous allez détester l’album qui n’est rempli que de ça, mais sur nous, ça a plutôt bien marché.
L’autre pilier de l’humour de l’album, c’est son avalanche de références à la pop culture. Le livre est divisé en chapitres, chacun racontant une histoire différente. Le duo a pris le parti de mettre une page de couverture pour chaque chapitre en parodiant des œuvres connues. Le numéro d’Action Comics avec la célèbre première apparition de Superman (celui-là même qui s’est vendu pour 15 millions de dollars), les films d’horreur à la Frankenstein, ou même la série Martine, tout y passe !
On retrouve bien la patte de Xavier Cadieux, qui a toujours aimé intégrer des références à la pop culture dans ses albums. On se souvient encore du castor « Mario Kart » des Canots de Satan ! L’album propose presque un mini jeu de piste pour les fans de pop culture qui s’amuseront à identifier les références diverses et variées. Certaines sont d’ailleurs bien coriaces et demandent une compréhension parfaite de la culture québécoise pour les comprendre !
Faisons tout de même un point sur l’aspect pédagogique. Car ne l’oublions pas, mais Les Pires Moments de l’Histoire, le podcast comme la BD, est une œuvre historique où on apprend des choses ! Beauchesne et Cadieux ont fait leurs recherches, et le lecteur apprendra tout de même quelques informations derrière les rires et les blagues. Les auteurs ont raconté des histoires moins connues, ou du moins ont amené des éléments plus niches, au lieu de simplement recracher le contenu d’un manuel scolaire. On apprend ainsi que, lors de l’assassinat de Franz Ferdinand, sept assassins différents s’étaient préparés, mais que seul le dernier avait réussi sur une simple coïncidence. Le premier a abandonné par manque de courage, le deuxième a jeté une grenade qui a rebondi jusqu’à détruire une autre voiture du convoi, et les autres ont été surpris par les voitures qui accéléraient pour échapper à la cohue. Et c’est seulement car la voiture de l’archiduc s’est arrêtée par hasard devant le dernier assassin en train de déjeuner qu’elle a scellé le sort de ses passagers. Décrite ainsi avec le recul historique et l’humour de Charles Beauchesne, il est vrai que la situation est plus cocasse qu’autre chose… au moins, les quelques anecdotes et « fun facts » de ces histoires pas si fun vous seront toujours utiles lors de votre prochain Trivial Pursuit !
Pour illustrer ces histoires macabrement drôles, Xavier Cadieux a retrouvé son style très simpliste, sans pour autant tomber dans le cartoon sans fond de Snoopy. On retrouve un style légèrement « rubber hose » qui évoque les vieux dessins animés à la Mickey ou à la Popeye, avec très peu de profondeur. Les personnages sont également clairement définis par leurs visages très expressifs qui sont parfois aussi gros que le reste de leur corps. Simple mais efficace, le style de dessin se prête bien aux histoires humoristiques. Bien sûr, il ne sera pas du goût des puristes qui ne jurent que par l’ultra-réalisme.
Lorsqu’on lit Les Pires Moments de l’Histoire, on a un peu l’impression de lire les « Darwin Awards », ces fameux prix parodiques récompensant les morts les plus absurdes de l’Histoire. En traitant de sujets tout de même graves en adoptant un ton irrévérencieux qui nous permet de prendre du recul, on se surprend à rire (surtout quand c’est mal !) Sans chercher à être une biographie historique ultra-réaliste, l’album est un recueil d’histoires absurdes qui parlent finalement beaucoup plus de la stupidité humaine que de la vraie tragédie. Combien d’événements destructeurs ont été causés par la bêtise et l’arrogance humaine ? Probablement beaucoup plus qu’on ne le pense… sans révolutionner l’industrie de la BD ni celle de l’humour, Les Pires Moments de l’Histoire reste une lecture sympathique. Encore indisponible en France (sauf au format e-book) on espère voir la version papier arriver bientôt dans l’Hexagone.
Par Akira OIKAWA
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