Tank Chair T. 7 - Par Manabu Yashiro - Éd. Kana

Par Malgorzata NATANEK Très bon 1er décembre 2025 
Chaos, violence et regrets. Nagi à terre, Uzu en furie… et pourtant, chaque personnage, même le plus dangereux, rêve d’un foyer. Tank Chair explore des liens familiaux improbables dans un monde chaotique peuplé de marginaux.

Ce tome s’ouvre dans une intensité brute : Nagi est totalement vulnérable face à Uzu, qui s’est emparé du corps de Nina et du poulpe migraineux. Programmé pour accomplir la dernière mission que lui a confiée le Professeur (tuer Nagi), Uzu s’accroche désespérément à cet ordre. C’est tout ce qui lui reste, et ce qui rend cette confrontation aussi tragique qu’impressionnante. La tension physique se mêle à l’émotion contenue, accentuant la fragilité de Nagi et la confusion d’Uzu.

Tank Chair T. 7 - Par Manabu Yashiro - Éd. Kana
Tank Chair planche
© Manabu Yashiro / Kodansha Ltd.

Comme souvent dans Tank Chair, le lien familial constitue le cœur émotionnel du récit. La relation entre Nina et Uzu, d’abord imposée par les circonstances, évolue peu à peu vers un attachement fraternel maladroit mais réel : Uzu projette un rôle de “grand frère”, tandis que Nina perçoit sa souffrance. Cette dynamique étrange, née de l’accident et transformée en famille, illustre la manière dont l’auteur explore des liens atypiques mais profondément touchants.

La dimension familiale s’exprime également autour de Naozumi, avec un flashback poignant suivi d’un moment de gratitude symbolique envers sa sœur Tôko. Parallèlement, la relation entre Nina, Naozumi et Radio forme une famille recomposée : bancale mais soudée, d’autant plus étonnante qu’Uzu est responsable de la mort de Tôko. Ces fils narratifs se répondent, montrant que chacun, dans ce monde chaotique, cherche quelqu’un à protéger ou à rejoindre.

Les antagonistes gagnent également en profondeur. Le Professeur apparaît moins comme un monstre omniscient et davantage comme un être isolé, dépassé par ses propres expériences. Uzu, longtemps présenté comme un tueur monstrueux, révèle une sensibilité inattendue : solitude, regrets et désir maladroit d’être accepté. Malgré sa silhouette terrifiante, Manabu Yashiro rend perceptible chaque émotion (hésitation, tristesse…) grâce à la finesse de sa mise en scène, démontrant que la violence peut coexister avec l’humanité.

Tank Chair planche
© Manabu Yashiro / Kodansha Ltd.

Après cette première moitié intense, le récit bascule vers une parenthèse déjantée avec la visite de Guicheng Land, un parc d’attractions cauchemardesque parfaitement cohérent avec l’univers de l’île : zones aux noms sanguinolents, mascottes mutilées, chara designs grotesques et hilarants… Un Disneyland pour criminels et marginaux.

Ce passage humoristique ne se limite pas à la détente : c’est un espace idéal pour faire vivre les personnages. Nina s’y promène comme si tout était normal, Yûri tente maladroitement de se rapprocher de Nagi, et Shizuka la soutient discrètement. La compétition absurde qui s’ensuit apporte une légèreté bienvenue après l’affrontement initial et démontre encore une fois la capacité du mangaka à mêler humour et tension dramatique sans rompre la cohérence de son univers. Le comique naît autant des situations grotesques que de la manière dont chaque personnage tente d’exister au sein de ce chaos.

Planche Tank chair
© Manabu Yashiro Kodansha Ltd.

La fin amorce un nouvel arc avec l’apparition de l’Ordre, une organisation à l’esthétique quasi sectaire. Cette nouvelle menace semble redéfinir les enjeux : les anciens antagonistes pourraient devenir des alliés circonstanciels, et les forces en présence s’annoncent bien plus dangereuses.

Ce septième volume illustre parfaitement ce que Tank Chair construit depuis ses débuts : un équilibre instable mais fascinant entre violence brute, burlesque assumé et émotion sincère. Les personnages cabossés continuent de chercher un endroit où se sentir à leur place, et l’auteur fait toujours preuve d’une maîtrise de la mise en scène et de la narration visuelle, capable de rendre touchante la complexité de personnages initialement perçus comme monstrueux.

Par Malgorzata NATANEK

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Code EAN : 9782505133872
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