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Favori de la rédaction
29 novembre 2025
Le métier de berger apparaît comme un métier singulier, à la fois solitaire dans sa pratique et inscrit dans le rythme collectif. L’image d’épinal nous renvoie en premier lieu celle de la solitude du gardien de troupeau seul face à la montagne, mais M. Cain nous montre que c’est une solitude toute relative. La conduite du troupeau qui rythme la vie de l’estive quant à elle est bien un exercice solitaire, mais les brebis ne sont pas les seules à peupler ces zones d’altitudes. Les randonneurs s’invitent dans l’espace occupé par le berger, les gardiens se rencontrent au hasard de leurs pérégrinations.
C’est qu’il faut les suivre les brebis ! Les amener d’un lieu à un autre en fonction de la pousse de l’herbe pour leur permettre de paître et de prendre du poids. Les employeurs qui confient leur troupeau à M. Cain le font avant tout dans un objectif productif et la relation, entre la confiance accordée et la méfiance vis-à-vis de son rôle de berger et de son dévouement, s’avère souvent ambiguë. L’ambiguïté commence dès la transhumance, vécue comme un rituel libérateur et moment de sociabilité rural ancré dans la vie locale pour les éleveurs, mais qui marque le début d’une saison de dur labeur, loin des villages, pour le berger. D’autres occasions de rencontre apparaissent au cours de la saison, quand les éleveurs montent pour aider aux soins des bêtes ou que le berger descend temporairement dans la vallée. Dans ces moments de sociabilité M. Cain conserve systématiquement une certaine distance.
La proximité est finalement plus grande avec les bêtes. Le troupeau fait société. Difficile de s’y retrouver dans cette multitude ! Au sein du groupe, il y a cell.eux qui se distinguent par leurs particularités, ceux que l’on connaît et qui donnent un point de repère pour veiller sur la masse indifférenciée. Car il faut le suivre ce troupeau, ramener les bêtes isolées (parfois parties à l’aventure par petits groupes hors de la portée du berger), repérer et soigner les malades, éviter la chute fatale au fond d’un ravin. Heureusement, Finet est là ! Plus qu’un auxiliaire, le chien partage le quotidien et les émotions du berger. Car la vie en estive est loin d’être un long fleuve tranquille. Il faut composer avec les moments de doute, les frayeurs liées à la gestion du troupeau, la confrontation aux éléments et aux montagnes escarpées.
M. Cain nous raconte une histoire de la montagne rythmée par des enchaînements de cases en noir et blanc, à l’image des brebis dont le berger a la garde, qui se succèdent avec une fluidité étonnante. La variété de composition des planches et l’alternance de style des bordures utilisées, voire l’absence de bordure, empêche la monotonie de la bichromie. Loin de morceler le récit, la succession des cases contribue à lui donner toute sa dynamique. Les vignettes emmènent le lecteur au sommet des montagnes, au fond d’un vallon, changent de taille et d’organisation en fonction de l’action, illustrant le temps qui s’écoule ou tenant le lecteur en haleine face aux péripéties qui s’enchaînent. Pour cela, l’auteur s’appuie sur un lexique riche pour désigner les lieux et donne à voir la relation intime qui se noue entre ces espaces de montagne morcelés par le relief et le berger qui se les approprie en les nommant.
Le tout constitue un album sensible, poétique qui s’éloigne de l’exercice documentaire pour proposer une expérience immersive dont il est difficile de rendre compte par une chronique. Il existe bien une solution ! Laissez vous guider par le trait sûr et alerte de M. Cain dont le récit ne manquera pas de vous embarquer dans l’aventure, au pas du berger, case après case.
Voir en ligne : Démontagner en résidence à La Marelle, La Belle de Mai
Par Hugues FRANCOIS
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