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Excellent
15 septembre 2026
Nous sommes à la toute fin du match crucial contre Ryonan. C’est le dernier segment des qualifications régionales : une seule place reste à prendre pour le tournoi national, et elle se joue sur ce parquet. Shohoku mène de quelques points, mais Sendō (le génie de Ryonan) refuse de plier. L’absence du coach Anzai, hospitalisé, pèse lourdement sur Shohoku. L’équipe est épuisée. Mitsui a dû quitter le terrain.
Ce seizième tome (sur 24) se concentre sur les cinq dernières minutes décisives du match, une durée qui s’étire sur les pages grâce au génie narratif d’Inoue Takehiko. Il ne s’agit plus de basketball technique, c’est de la psychologie pure. Shohoku doit tenir bon. Ryonan, menée par Sendō qui joue sur plusieurs tableaux tactiques, resserre l’étau. Chaque rebond peut basculer le match.
Ce qui rend ce dénouement particulièrement brillant, c’est la manière dont son mangaka déploie les vrais rouages d’une victoire sportive. La stratégie du coach de Ryōnan révèle une compréhension diabolique du jeu. Tout au long du match, il a méthodiquement forcé Shohoku à accumuler les petites fautes. De minuscules infractions qui s’accumulent comme du poison distillé goutte à goutte.
En fin de match, cette stratégie porte ses fruits : chaque joueur de Shohoku joue désormais dans la terreur, conscient qu’une faute de plus signifie l’expulsion et l’affaiblissement fatal de l’équipe. Cette peur paralyse, enferme les gestes et transforme la confiance en prudence. Machiavélique !
Et c’est là que Inoue déplie une seconde couche tactique, tout aussi redoutable : le banc de Shohoku. Contrairement à Ryonan qui peut se permettre de laisser sortir un joueur maladroit de fautes, Shohoku n’a personne pour le remplacer dignement dans son quintet. Il n’existe aucune réserve capable de maintenir le niveau.
Cette conscience devient un poids supplément qui écrase les épaules. C’est du basketball à l’état brut : la victoire ne se joue pas seulement sur le talent des cinq joueurs sur le parquet, mais sur la profondeur de l’effectif, sur les stratégies d’usure, sur la composition même de l’équipe.
Et puis il y a cette absence cruciale : celle du coach Anzai. En pareille situation, au cœur du chaos et de l’épuisement, avoir quelqu’un qui sait quoi faire aux joueurs, qui les remotive, qui insuffle un second souffle est primordial. Monsieur Anzai aurait pu crier les bons ajustements, réorganiser la défense, remotiver ses troupes. Les joueurs de Shohoku doivent se battre non seulement contre Ryonan, mais aussi contre le doute, l’incertitude tactique et l’absence de cette voix rassurante.
La fatigue devient visible sur chaque visage. Le capitaine Akagi, bien qu’handicapé par sa cheville, continue de se battre corps et âme. Rukawa, épuisé mais inébranlable, prend les responsabilités offensives. Et puis il y a Sakuragi, ce « génie » maladroit qui, malgré son inexpérience, trouve au fond de lui les ressources pour faire la différence quand elle compte vraiment.
Inoue maîtrise ici l’art du suspense sportif avec une précision chirurgicale. L’alternance de cases larges et de gros plans serrés nous projette littéralement sur le parquet. On retient notre souffle à chaque possession. Le lecteur, comme les spectateurs dans la salle, ne sait pas qui va l’emporter jusqu’aux dernières secondes - et c’est sur l’ultime dernière planche de ce tome que le destin bascule enfin. C’est cette incertitude même, maintenue jusqu’au dernier instant, qui fait palpiter le cœur.
Ce tome 16 ne siffle pas seulement la fin de rencontre, elle est aussi une métaphore sur la résilience, sur la victoire arrachée au-delà des limites. Shohoku n’est plus l’équipe qu’elle était au premier tome. Elle s’est forgée à travers des matches qui semblaient impossibles à gagner, en apprenant que le basket se joue à plusieurs niveaux simultanément : celui du talent, certes, mais aussi celui de la stratégie d’usure, de la gestion des ressources humaines, et de la résilience morale.
Par Milan MORALES
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