Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html

Raton Voyer (Les Chroniques de Karnoie) « C’est dark parce que la vie, c’est dark » [INTERVIEW]

Par Akira OIKAWA 24 septembre 2025 
On vous avait parlé sur ActuaBD des Élus Eljun, le fer de lance du manga québécois. Mais ils sont loin d'être les seuls ! Sous la houlette de la maison d'édition Isekai Touch, le scénariste québécois Raton Voyer a lancé sa série Les Chroniques de Karnoie. D'abord publié en format magazine, tel le Shônen Jump, le manga voit ses premiers chapitres publiés dans un album. Le tome 1, prévu pour sortir le 23 octobre au Québec, n'est malheureusement pas encore prévu pour sortir dans les librairies françaises. MAIS ! Il existe une solution. La maison a mis en place un système de prévente, qui garantira aux acheteurs un exemplaire dédicacé, ainsi que la contribution à des récompenses additionnelles. ActuaBD a rencontré l'auteur pour en parler.

Pourrais-tu te présenter, ainsi que ton parcours ?

Bonjour, mon nom de plume, c’est Raton Voyer, je suis le scénariste des Chroniques de Karnoie. J’ai un parcours très atypique parce que j’ai commencé dans l’armée, j’ai fait des études d’administration et, en ce moment, je travaille dans l’industriel. Mais j’ai toujours aimé écrire, et pendant le Covid, j’ai décidé de me lancer. J’ai commencé par écrire Les Chroniques de Karnoie en une trilogie de romans jeunesse, un peu comme Amos Daragon.

Puis, j’ai juste voulu mettre cette histoire dans mon média préféré, qui est le manga. Ça faisait longtemps que j’aimais les Naruto, les Bleach, les One Piece. Puis, bien, on m’a présenté Ayaluna, qui était la première dessinatrice. Puis Ayaluna est partie faire ses propres projets, comme Elle est moi, chez Jungle. C’est mon ami Okaah qui a repris pour la suite.

Raton Voyer (Les Chroniques de Karnoie) « C'est dark parce que la vie, c'est dark » [INTERVIEW]
Okaah, le nouveau dessinateur des Chroniques de Karnoie
© Okaah

Comment as-tu découvert le manga ?

Alors, j’ai un peu honte de le dire, mais j’ai participé à un site de scanslations pour Naruto et Hitman Reborn. J’étais dans l’équipe de lettrage, qui transformait le chapitre japonais en français. Mon travail, c’était d’enlever le texte en japonais et après de rajouter les mots de la traductrice. Ce n’est pas très légal de faire ça, mais j’étais jeune et tout le monde le faisait parce qu’il n’y avait pas vraiment d’alternatives légales. Maintenant, il y a Mangas.io et MANGA Plus, il n’y a plus d’excuses pour lire des scans. Mais dans le temps, si on voulait suivre un manga, il fallait attendre le livre, qui parfois ne sortait pas du tout au Québec. La France avait des années d’avance sur nous. C’est comme ça que je suis tombé dans la marmite, parce que j’en lisais, deux, trois, quatre… C’est très mal vu, le scan, mais ça aide beaucoup à faire rentrer les gens dans cet univers. De la mauvaise façon, certes, mais quand même. Il y a des gens qui découvrent les films par le streaming.

Aussi, je ne sais pas si vous connaissez le site Mangadraft. C’est un site où énormément de gens amateurs font du manga. Il y en avait beaucoup quand j’ai commencé, quasiment un chapitre par semaine. C’était une communauté à part, un réseau social avant les Twitter et Instagram, où tout le monde pouvait mettre ses chapitres et s’entraider. C’était une mine d’informations, ça l’est toujours en vrai. Pour moi, les mangakas, c’était des gens qui avaient passé toute leur vie à faire du manga. Moi, à 25 ans, je pensais que je ne pouvais plus faire ça. Mais j’ai vu des gens le faire et j’ai commencé à dessiner. Ce que j’aimais faire, c’était surtout écrire et faire des storyboards. Et à l’inverse, j’ai vu des gens qui aimaient dessiner, mais qui n’aimaient pas écrire. J’ai toujours travaillé en équipe, j’adore ça. J’ai travaillé au début avec Ayaluna et aujourd’hui, je travaille avec Okaah.

Mangadraft, l’un des sites de référence pour les artistes qui veulent se lancer en manga !
© Mangadraft

Peux-tu nous raconter l’histoire des Chroniques de Karnoie ?

La jeune Taka va devenir la plus grande épéiste du royaume !
© Isekai Touch - Raton Voyer - Ayaluna

Les Chroniques de Karnoie, c’est l’histoire de Taka, une jeune fille de 16 ans qui a le rêve impossible de devenir la meilleure épéiste du royaume. Mais elle ne peut pas pour deux raisons, un parce qu’il faut être un garçon, et deux, parce qu’il faut être riche. On a un personnage qui a un rêve impossible, et son but, c’est de l’atteindre.

C’est un postulat de shônen classique, mais je voulais le faire à ma façon, plus réaliste. J’ai eu le même problème quand j’étais jeune avec un rêve irréaliste. Taka va devoir trouver des solutions plus proches de nos valeurs ici, de nos réalités. L’histoire, c’est un personnage haut en couleurs qui souhaite atteindre son rêve. Moi, en tant qu’auteur, j’essaie de tout faire pour qu’elle ne réussisse pas. C’est un jeu toujours intéressant, de faire évoluer un personnage, et de mettre des murs devant.

Tu es scénariste de manga. Comment se passe ton processus de création ?

Même si je suis scénariste, il faut savoir certaines bases de dessin, les bases du manga. Je donne des ateliers aujourd’hui sur comment créer une page dynamique, comment faire du storyboard. Je pense qu’il faut faire du manga tous les jours pour s’entraîner. Je fais des pages de storyboard tous les jours. Je ne fais pas qu’écrire du texte et l’envoyer. Il y en a qui fonctionnent comme ça. Chaque travail d’équipe est différent. Mais moi, j’aime beaucoup le storyboard, c’est là que tout se crée.

Quand je fais le storyboard, je pense aux bulles. Chaque fois que j’ai envoyé un storyboard à Ayaluna ou Okaah, j’ai toujours retravaillé les textes pour qu’ils soient mieux agencés sur la page. Souvent, j’ai été obligé de supprimer des textes, de retravailler des cases. Est-ce que la bulle aide à avancer l’intrigue ou développer le personnage ? Si ce n’est ni l’un ni l’autre, je peux juste l’enlever.

Raton Voyer écrit son storyboard, avant de l’envoyer à son dessinateur
© Isekai Touch - Raton Voyer - Ayaluna

Comment s’est passé ta collaboration avec les illustrateurs du manga ?

La première chose, c’est que chaque duo doit avoir une dynamique de travail différente. Quand j’ai commencé avec Ayaluna, elle avait beaucoup d’expérience, elle m’a appris beaucoup de choses. Travailler avec elle, ça m’a vraiment aidé à me professionnaliser. Je n’ai pas eu de cours de dessin, je n’ai pas eu de cours de scénario, j’ai appris sur le tas. Je lui donnais le texte de chaque chapitre, un peu comme un texte de théâtre avec les personnages, les dialogues, les didascalies. Elle me faisait des retours. Après ça, je faisais le storyboard en rouge, et elle me faisait ses retours en bleu. Même avec Okaah, on fonctionne pratiquement pareil, on fait confirmer par l’autre à chaque étape.

Quand j’ai commencé à écrire, je faisais toutes les erreurs classiques des scénaristes. Dans les salons du livre, je rencontrais des dessinateurs et je leur demandais : « Qu’est-ce que vous n’aimez pas qu’un scénariste fasse ? » les dessinateurs détestent quand c’est trop rigide, quand ils n’ont pas de liberté. Mais j’ai appris, et avec Okaah, je mets toujours beaucoup de flou. Je veux que ce soit autant son histoire que la mienne.

Raton Voyer note ses commentaires en rouge pour indiquer les changements à faire
© Isekai Touch - Raton Voyer - Ayaluna

Le manga est un shônen, mais il a quand même des thèmes et des scènes très sombres ? Pourquoi cette décision ?

Je ne voulais pas faire une histoire qui existe déjà. Les shônen « nekketsu » japonais ont souvent les mêmes principes de base. Souvent, le message est que, si tu travailles, tu peux réussir. On m’a beaucoup dit ça aussi quand j’étais jeune, mais ce n’est malheureusement pas vrai. La méritocratie, c’est une chimère. Je pense que c’est important de l’apprendre, et je pense que c’est important de lire dans une histoire parce que j’en ai fait les frais. Il y a des moments où il faut relativiser et changer son fusil d’épaule. Est-ce que je me frustre et j’essaie jusqu’à me briser en deux ? Est-ce que j’abandonne ? Est-ce que je trouve un autre moyen pour quand même atteindre mon rêve ?

Il faut avoir des échecs assez intenses. En vrai, dans les shônen, ce sont souvent de faux échecs. Les méchants empêchent les héros, ils deviennent plus forts, ils le battent, etc. Ce n’est pas ça, la vraie vie. Oui, c’est dark parce que la vie, c’est dark.

Les discussions à cœur ouvert, le « must » de tout shônen qui se respecte !
© Isekai Touch - Raton Voyer - Ayaluna

Peux-tu nous parler d’Isekai Touch ? Comment ton manga s’est retrouvé dans les pages du magazine ?

Je suis un peu une licorne pour Isekai Touch. Les Chroniques de Karnoie existaient déjà sur Internet, puis la maison Isekai Touch m’a contacté en me proposant d’en faire un magazine. Comme j’avais déjà pris de l’avance, je n’avais pas besoin de retravailler les chapitres. Les autres artistes, comme Blue Suzaku, faisaient des histoires oneshot pour Isekai. Moi, c’est plutôt j’ai fait une histoire et Isekai Touch est venu me chercher, c’est ça, la différence.

Mais il n’y aura plus de magazine chez Isekai Touch. C’est trop difficile de fonctionner sur le principe japonais comme avec Shônen Jump. On passe au format albums. Pour Les Chroniques de Karnoie, on a signé pour 3 tomes minimum. Je me suis amusé à tout réécrire parce que j’ai voulu changer certains points d’écriture, mieux caractériser certains personnages… mais on reste officiellement le premier manga d’Isekai Touch.

Du magazine à l’album !
© Isekai Touch

Quand on parle de manga québécois, on pense très vite aux Élus Eljun ? Comment est-ce que ton œuvre s’inscrit dans ce paysage manga québécois ?

J’aime pas comparer. Chaque fois qu’un bon manga sort au Québec, je pense que ça va juste aider tout le monde. J’ai rencontré Jean-François Laliberté et Sacha Lefebvre, ce sont des super bonnes personnes. Nos stands étaient côte à côte lors de mon premier salon du livre, et ils disaient aux gens qui achetaient leurs livres d’acheter Les Chroniques de Karnoie. On s’entraide. On avait même fait une conférence, les trois ensemble, pour parler du manga au Québec. Je sais aussi qu’il y a plein de projets en ce moment dans l’ombre. Ils ne me font pas peur, dans le sens où ils vont aider tout le monde, je pense.

Tu parles beaucoup de la langue française, comment est-ce que tu mélanges ça avec le genre du manga, qui est japonais d’origine ?

J’ai forcé l’écriture pour que le tome 1 soit très québécois, il y a beaucoup d’expressions québécoises. Par exemple, Gauthier pose une question à Taka en disant « Tu veux-tu ? » Je n’ai jamais autant aimé ma culture que quand j’ai déménagé dans l’Ouest. J’ai travaillé à Vancouver deux ans. Je ne me suis jamais autant senti québécois que quand j’ai quitté le Québec.

La végétation est très québécoise aussi. Okaah et moi, on travaille beaucoup sur le tome 2, et si on voit un chevalier européen face à un autochtone des Premières Nations, le monde va dire « Ah ! » J’ai fait énormément de recherches sur les contes et légendes québécoises et autochtones, et je veux apporter ça. Je taquine souvent les gars des Élus Eljun en disant qu’ils ont fait un truc commercial parce qu’ils ont fait des Vikings (je ne le pense pas évidemment). Moi, je fais un truc pas du tout commercial parce que j’ai essayé de faire passer ça au Québec !

Les dialogues sont bien québécois !
© Isekai Touch - Raton Voyer - Ayaluna

Tu es très actif sur les réseaux sociaux. Quelle place occupent ces réseaux dans ton processus de création ?

Pour vendre son contenu, même si les chapitres sont gratuitement en ligne, il faut quand même attirer des gens. Moi, j’aime beaucoup l’idée du 50-50. 50% du temps dans la création 50% dans la promotion. J’ai déjà reproché ça à mes amis qui ne passaient que leur temps à créer. Parce qu’on est cinq à lire ce qu’ils font, mais on pourrait être 1000.

Avec Ayaluna, on faisait la promotion sur Internet avec un Patreon. Après lui avoir envoyé un storyboard, le temps qu’elle finisse les dessins, je prenais du temps pour faire du contenu promotionnel. Je vois certains éditeurs qui n’osent pas demander aux artistes de faire la promotion, mais en vrai, il n’y a personne de mieux. Moi, j’adore ça, en vrai.

Donc, l’un des outils marketing est une campagne de prévente ?

Oui, alors, du 1er septembre au 23 octobre, le tome 1 des Chroniques de Karnoie est en prévente ! Attention, ce n’est pas une campagne de financement participatif, le livre sortira le 23 octobre, peu importe. Mais cette prévente est pour mes followers français. Chaque livre vendu en prévente viendra avec une dédicace personnalisée et bien travaillée. La campagne est plus orientée pour ceux qui ne pourront pas acheter le livre en librairie, tout simplement. Si la campagne marche bien, on pourra peut-être même amener le livre en France.

On met aussi un pourcentage des revenus pour créer des cadeaux. Si on atteint les 25 préventes, on fera une chanson, où Taka chante une chanson de motivation pour faire du sport. Puis, à 65 préventes, on fera un clip pour la chanson. Il n’y a aucun désavantage.

L’un des paliers de la campagne de prévente !
© Isekai Touch

Quel est ton projet pour la suite ?

Je veux surtout faire un début et une bonne fin aux Chroniques de Karnoie. Je ne vais pas faire une fin ouverte, je vais faire un bon début et une bonne fin. Si ça fonctionne et qu’il y a une suite, j’aimerais bien sûr continuer.

Les gens sont toujours étonnés dans les salons, de voir que des non-Japonais font du manga. En France, il y a des dizaines et des dizaines de mangakas aussi, donnez la chance aux mangakas québécois. On va vous surprendre, je suis sûr. Et si vous êtes dessinateur manga au Québec, appelez Isekai Touch, ils voudront de vous.

Voir en ligne : PRÉCOMMANDEZ VOTRE EXEMPLAIRE ICI !

Par Akira OIKAWA

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN :

Nos remerciements à Raton Voyer pour avoir répondu à nos questions.
Nos remerciements à François Bussières pour avoir facilité cette interview.

Les Chroniques de Karnoie Isekai Touch ✍ Raton Voyer ✏️ Ayaluna ✏️ Okaah Arts martiaux, Combats Heroic Fantasy Fantastique Action Québec (Canada) Québec
 
CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Akira OIKAWA  
A LIRE AUSSI  
Interviews